profit

profit

nom, masculin, /pʁɔfi/ ou /pʁofi/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (5 sens) — Académie 1935 (8 sens)

Littré (1873)

s. m.

  1. Bénéfice, gain qu'on retire de quelque chose. C'est un de ces niais de Sologne qui se trompent toujours à leur profit. Terme de commerce. Profits et pertes, sommes que l'on gagne ou que l'on perd par des circonstances éventuelles. Cela est passé au compte de profits et pertes. Terme de commerce maritime. Profit aventureux, l'intérêt de l'argent qu'on a prêté sur un vaisseau marchand, sans être garanti des risques de la guerre et de la mer. C'est un profit tout clair, c'est tout profit, se dit d'un profit évident. Fig. Je ne suis point allé au spectacle, et j'ai employé ma soirée à travailler ; c'est un profit tout clair. Au profit de, pour le bénéfice de. Cette obligation est passée au profit d'un tel. Fig. À profit, à profit de ménage, utilement, de manière à être utile au ménage. Voilà un habit fait à profit. Usé à profit, extrêmement usé, de manière à prouver qu'on a tiré de la chose tout le profit possible. Faire du profit, se dit, dans le ménage, des choses qui ne se consomment pas vite, qui ne s'usent pas vite, ou qui, relativement à leur prix, produisent une grande utilité. Le pain tendre ne fait pas de profit. Un morceau de bœuf fait plus de profit en ménage qu'un poulet de même valeur. Mettre à profit, employer de manière à gagner. Mettre son argent, son temps à profit. Fig. Employer utilement. Faire profit, retirer un bénéfice. Faites-en votre profit, se dit d'une chose qu'on abandonne à quelqu'un. Fig. Faites-en votre profit, se dit d'un avis qu'on donne.

    En faisant de beaux et licites profits — Pascal (1623-1662)

    M. Corneille demeurait à Rouen, et ne venait à Paris que pour faire jouer ses pièces, dont il tirait un profit qui ne répondait point du tout à leur gloire et à l'utilité dont elles étaient aux comédiens — Voltaire (1694-1778)

  2. Absolument et au pluriel. Petites gratifications que reçoivent les domestiques. Il a tant, sans compter les profits. Fig.

    Et vos profits, que deviendront-ils ? — Marivaux (1688-1763)

    L'amour-propre de l'abbé Têtu, qui ne néglige pas les petits profits — Mme de Sévigné (1626-1696)

  3. Terme de jurisprudence. Profit du défaut, le gain de cause accordé par le juge à la partie qui comparaît contre celle qui ne comparaît pas. On dit dans les jugements : Le tribunal donne défaut contre N, et, pour le profit, le condamne envers A. Le profit joint (le profit du défaut sera joint, dit le Code de proc. art. 153), c'est quand, de deux défendeurs assignés ensemble, un comparaît et l'autre fait défaut. Alors le juge, donnant défaut contre le premier, n'en adjuge pas immédiatement le profit au demandeur, mais joint l'affaire à celle du deuxième défendeur comparant, pour qu'elles soient décidées ensemble ; en ce cas, le profit du demandeur n'est que dans cette jonction, et la formule est la suivante : Le tribunal donne défaut contre N, et, pour le profit, joint la cause à celle de M, pour être statué sur le tout par un seul et même jugement. De cette formule : et pour le profit joint..., les praticiens ont tiré le terme assez barbare de : défaut profit joint. Terme de jurisprudence féodale. Profits de fiefs, les droits de quint, requint, reliefs, lods, ventes, qui revenaient au seigneur à raison des mutations de vassaux ou de censitaires.

    On poursuivit lentement le procès contre le connétable [de Bourbon] ; il fallait trois défauts de comparaître, pour qu'on jugeât, comme on disait alors, en profit de défaut — Voltaire (1694-1778)

  4. Fig. Utilité intellectuelle ou morale. Lire avec profit.

    C'est le propre d'une personne avisée de tirer profit de ses fautes passées — La Mothe Le Vayer (1588-1672)

    Il y a une personne qui me disait l'autre jour qu'avec toute la tendre amitié que vous avez pour moi, vous n'en faites point le profit que vous auriez pu en faire — Mme de Sévigné (1626-1696)

  5. Progrès qu'on fait dans les études (peu usité en ce sens). Il a fait beaucoup de profit sous ce maître.

Étymologie : Berry, proufit ; avoir tout à point et à profit, ne manquer de rien ; provenç. profieg, profieyt ; catal. profit ; espagn. provecho ; ital. profitto ; du lat. profectus, avantage, qui vient de profectum, supin de proficere, gagner, de pro, en avant, et facere, faire.

Historique : XIIIe s. Jhesus Crist, qui est lumiere deu monde, nasqui au profit de ceus qui seront sauf Il vivent de bestaus et du proufit de la terre Uzages qui est fes [fait] contre le commun porfit, ne doit pas valoir que le [la] coze ne soit ramenée à son ancien estat XVe s. Mais avoit le roi saisi toute la terre de Cotentin, et en fesoit lever les profits Les damoiselles ou autres femmes voulant faire par le bas en leurs robes un rebours [bordure] nommé profit Ilz ne firent riens de leur prouffit [dans cette sortie], et perdirent deux ou trois gentilzhommes XVIe s. On fait un superieur, non pour son p…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. m.

  1. Gain, bénéfice, émolument, avantage, utilité. Profit médiocre. Profit légitime. Profit clair et net. Tirer du profit d’une affaire. Ils ont partagé le profit ensemble. C’est un homme qui ne songe qu’à son profit. Il a fait de grands profits dans le commerce, dans cette entreprise. Il fait profit de tout. Une amende applicable au profit des pauvres, des prisonniers. Il n’y a ni honneur ni profit à ce métier. Vous en aurez tout le profit. Il ne faut pas négliger les petits profits. Ce sont les profits de sa charge.

  2. Mettre une chose à profit, L’employer utilement; cette locution se dit au propre et au figuré. C’est un homme qui met tout à profit. Mettre son argent, son temps, ses moments, son loisir à profit. Mettre à profit de sages conseils.

  3. Fam., C’est un profit tout clair, C’est un profit évident, manifeste. Il se dit quelquefois au figuré. Je ne suis point allé au théâtre et j’ai employé ma soirée à travailler; c’est un profit tout clair. On dit plutôt C’est tout profit.

  4. Fam., Faites-en votre profit, se dit en parlant d’une Chose qu’on abandonne à quelqu’un. Il se dit aussi en parlant d’un Avis qu’on donne. Je vous donne un avis sage, faites-en votre profit.

  5. Fam., Faire du profit se dit, dans l’économie domestique, des Choses qui ne se consomment pas trop rapidement et qui sont d’un usage économique, avantageux. Cette sorte de bois à brûler fait beaucoup de profit. Ce morceau de viande fait plus de profit que cet autre.

  6. En termes de Comptabilité, Profits et pertes, Compte général où l’on inscrit les gains et les pertes de l’exercice, et où l’on porte les entrées et les sorties extraordinaires. Passer une créance au compte de profits et pertes, la passer par profits et pertes, La considérer comme définitivement perdue. Figurément, Il faut passer cela par profits et pertes, Il ne faut plus en tenir compte.

  7. PROFIT se dit aussi de l’Instruction qu’on acquiert par ses lectures, par ses études, etc., du fruit qu’on en tire. Pour lire avec profit, il faut... Il a tiré beaucoup de profit de ses lectures, de ses études. Il a consacré beaucoup de temps à cette étude; quel profit en a-t-il tiré? Il n’a tiré aucun profit des observations qui lui ont été faites.

  8. PROFITS, au pluriel et employé absolument, désigne les Petites gratifications que les domestiques reçoivent, les petits avantages qu’ils se procurent. Il y a beaucoup de profits dans cette maison. Ce domestique se fait tant par ses profits. Il a tant, sans compter les profits.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • profits — pluriel — /pʁɔfi/ ou /pʁofi/
  • profit — singulier — /pʁɔfi/ ou /pʁofi/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée profit#49325.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.