s. f.
Action de prendre, de s'emparer. Lâcher prise, lâcher, abandonner ce qu'on tenait. Fig. Lâcher prise, cesser une poursuite, une dispute, un combat, etc. Lâcher prise, signifie aussi rendre malgré soi ce qu'on a pris. Il s'était emparé du bien d'autrui ; mais on lui a fait lâcher prise. On dit de même : quitter prise.
On poursuit maintenant l'auteur de l'entreprise, Et nous serons tous deux satisfaits par sa prise — Pierre Du Ryer (1605-1658)
La prise des deux rois de Perse et de Médie De cette guerre enfin ferme la tragédie — Rotrou (1609-1650)
Action de prendre un navire ; navire capturé. Amener une prise dans le port. Le code des prises. De bonne prise, se dit des navires appartenant à l'ennemi ou chargés de contre-bande. Par extension, dans le langage général. Une chose de bonne prise, chose qui peut être ou qui est prise avec justice. Fig. Il peut se dire d'heureux emprunts que fait un écrivain. Part de prise, la somme d'argent qui revient à chaque marin d'un navire qui en a pris un autre, après la vente du navire et de la cargaison, et après le procès qui a décidé de la validité de la prise. Conseil des prises, commission extraordinaire établie autrefois en temps de guerre, pour juger les prises de navires capturés sur l'ennemi.
Je fus obligé de faire brûler toutes mes prises marchandes
Le roi, voyant que, dans toutes les prises qui ont été faites par les capitaines de ses vaisseaux pendant le cours de l'année dernière, il y a eu tant de malversations de leur part....
Se dit à l'hombre, du fonds que chaque joueur est obligé de faire ou d'avoir devant lui, avant de commencer le jeu.
Facilité de prendre de saisir. Avoir, trouver prise. Il n'y a point de prise pour saisir ce ballot. Fig. Cette chose est en prise, elle est exposée à être prise. Cette chose est hors de prise, on ne peut la dérober, on ne saurait y toucher, y atteindre. Fig. Au jeu d'échecs, il se dit d'une pièce qu'une autre pièce peut prendre. Mettre une pièce en prise. Votre dame est en prise. Au billard, il se dit d'une bille exposée à être blousée. S'ôter de prise, se mettre à l'abri d'être pris.
Le moins qu'on peut laisser de prise aux dents d'autrui, C'est le mieux.... — La Fontaine (1621-1695)
Sa queue [d'un singe] est toujours accrochée, et il ne reste que malgré lui dans une place où elle ne peut avoir de prise — Buffon (1707-1788)
Fig. Capacité à saisir, à comprendre. Possibilité d'exercer une action intellectuelle ou morale. Possibilité d'attaquer, de nuire. Avoir de la prise sur, modifier les sentiments. Avoir prise, trouver prise sur quelqu'un, avoir sujet de le reprendre, etc. Avoir prise sur quelqu'un, pouvoir l'arrêter, lui faire sentir de la peine ou du plaisir. Donner prise sur soi, ou, simplement, donner prise, s'exposer à être repris. Donner prise à la critique, s'exposer à être critiqué. Donner prise, permettre de saisir afin de profiter contre....
Quelque terme où nous pensions nous attacher et nous affermir, il branle et nous quitte ; et, si nous le suivons, il échappe à nos prises, nous glisse et fuit d'une fuite éternelle — Pascal (1623-1662)
Voyons si elle [l'intelligence] a quelques forces et quelques prises capables de saisir la vérité — Pascal (1623-1662)
Dispute, querelle. Familièrement. Prise de bec, querelle en paroles. En venir, en être aux prises, se saisir, se combattre. Les deux armées, les deux combattants en sont aux prises. Deux chiens qui sont aux prises. Par plaisanterie, en venir aux prises, attaquer un bon diner. Fig. Être aux prises, en être aux prises, se dit de personnes qui disputent les unes contre les autres. On dit de même : je les ai mis aux prises, je les ai laissés aux prises. Être aux prises, en être aux prises, se dit aussi de personnes qui jouent les unes contre les autres. Nos joueurs en sont aux prises, sont aux prises. Fig. Être aux prises avec soi-même, être dans un déchirement intérieur. Fig. Être aux prises avec la mort, être en grand danger de mourir, être a l'agonie. Fig. Être aux prises avec la mauvaise fortune, être dans l'adversité.
N'avez-vous pas eu prise avecque votre frère ? — Rotrou (1609-1650)
Vauban et du Metz ont eu aujourd'hui quelque prise ensemble devant le roi — Pellisson (1624-1693)
Terme de musique. Prise du sujet, l'instant où une partie s'empare du sujet de la fugue pour faire son entrée.
Terme de vétérinaire. Prise de longe, voy. LONGE.
Prise d'essai, morceau de monnaie pour essayer.
Ancien terme de jurisprudence criminelle. Prise de corps, action d'arrêter un homme en vertu d'un acte du juge. La sentence elle-même qui ordonne la prise de corps.
Ne décernez point de prise de corps contre ce coupable qui a une armée pour se défendre de vos sergents — Guez de Balzac (1597-1654)
Voici bien d'autres nouvelles, dit-il : des huissiers déménagent la maison de Monsieur et de Madame ; tout est saisi par des créanciers ; on parle de prise de corps — Voltaire (1694-1778)
Terme de procédure. Prise à partie, le recours qu'exercent les plaideurs contre leurs juges, dans les cas prévus par la loi. (La locution signifie : prise du juge comme partie, comme adversaire du plaideur.)
Terme de droit. Prise de possession, acte solennel par lequel on se met en possession d'une charge, d'un emploi, d'une contrée.
La première découverte bien constatée fut une prise de possession légitime — Raynal (1713-1796)
Prise d'habit, cérémonie, dite aussi vêture, qui se pratique quand on entre dans un ordre religieux.
Je veux bien que vous veniez à cette prise d'habit — Bossuet (1627-1704)
Prise d'eau, action de détourner d'une rivière, d'un étang, une certaine quantité d'eau pour un certain usage. Concession qui donne ce droit. L'eau elle-même qui est détournée. Prise d'air, action de percer une ouverture pour faire entrer l'air dans un endroit clos, et, particulièrement, dans un calorifère. Prise de vapeur, appareil servant à conduire la vapeur de la chaudière d'une machine dans le cylindre.
À mesure qu'on peut alimenter un canal dans ses parties inférieures par de nouvelles prises d'eau — GIRARD
Prise d'armes, action de prendre les armes, et de se réunir pour un service. Fig. Soulèvement, insurrection.
Il ne lui reste [à Jurieu], pour soutenir la prise d'armes de ses pères, ni autorité ni exemple — Bossuet (1627-1704)
Dose d'un médicament pour prendre en une fois. Une dose de quinquina en poudre divisée en six prises. Une demi-prise.
J'ai pris hier de la poudre du bonhomme ....je crois que cette dernière prise achèvera de me guérir — Mme de Sévigné (1626-1696)
Prise de tabac, pincée de tabac. Absolument. Prise de tabac. Donnez-moi une prise.
Dans les fabriques de soieries, nombre de cordes réunies qui composent une partie de fleurs ou de feuilles du dessin.
Action d'une substance qui se solidifie, qui se coagule. Faire prise, se dit d'une substance coagulable qui commence à se coaguler. Quand le collodion fait prise. On dit aussi en ce sens : prise de consistance.
La prise des ciments — FREMY
Des pouzzolanes à prises lentes ou à prises rapides — ID.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).