pour
préposition · /puʁ/
Usage : parmi les mots les plus fréquents du français (6638 occurrences par million, Lexique 3.83).
Grammaire et formes (2)
- pour : forme de base · /puʁ/
- pr : forme de base
Témoignages historiques
Littré (1873), entrée 1 · 24 sens
prép.
Sert à marquer le motif, la destination. Faire de l'exercice pour sa santé. Il se dit de ce qui est destiné comme part, comme lot à quelqu'un. Cela est pour vous. Il se dit d'une destination toute fortuite. Pour mon malheur, je ne pus garder le silence.
Le soleil, la lune et les astres sont conduits pour l'utilité des hommes, et obéissent à DieuLemaistre de Sacy (1613-1684)
... Vivaient le cygne et l'oison : Celui-là destiné pour les regards du maître ; Celui-ci pour son goûtLa Fontaine (1621-1695)
À cause de. Il a été puni pour une faute légère. En raison de. En considération de. Familièrement. Et pour cause, signifie qu'on a des raisons, mais qu'on ne veut pas les exprimer. Je me tais et pour cause. Pour Dieu, se dit par manière de prière. Pour Dieu, ne me tourmentez pas. Pour l'amour de, en raison de l'intérêt qu'on porte à. Pour l'amour de, à cause de. En vue de.
Cette saison n'était guère propre à la navigation pour les grands calmes qu'il y aVoiture (1597-1648)
On abattit un pin pour son antiquitéLa Fontaine (1621-1695)
En faveur de, pour la défense de, pour l'intérêt de. Ce que je dis est autant pour vous que pour moi.
Vous nous diriez sans doute que la charité ne peut être bien employée que pour ceux qui la pratiquent envers les autresFléchier (1632-1710)
Avez-vous pu, cruels, l'immoler aujourd'hui Sans que tout votre sang se soulevât pour lui ?Jean Racine (1639-1699)
Pour exprime l'attachement, l'intérêt. S'inquiéter pour quelqu'un. Du parti de. Il se dit aussi des choses qu'on préfère. Absolument et sans régime. Êtes-vous contre ou pour ? Je parlerai pour.
Elle était fille, elle était amoureuse ; Elle tremblait pour l'objet de ses soinsMalfilâtre (1732-1767)
Il est pour Calvin contre les thomistesPascal (1623-1662)
Envers, à l'égard de. La tendresse d'une mère pour ses enfants. La haine qu'il a pour lui. Son aversion pour la vie de campagne.
Il est pour les choses saintes, comme il était pour les profanesMme de Sévigné (1626-1696)
Je vous aime et vous embrasse, et voudrais bien que mon cœur fût pour Dieu comme il est pour vousMme de Sévigné (1626-1696)
Il se dit pour exprimer ce qui sert contre quelque mal. Ce remède est bon pour la fièvre. Malgré.
L'une était vénérable par son âge et l'autre par sa beauté, qui pour toutes ses afflictions n'était point changéeVaugelas (1585-1650)
Eu égard à, par rapport à. Cet habit est bien chaud pour la saison. Quant à. Il se dit en ce sens devant de, pris partitivement et suivi de l'article défini. Il se dit quelquefois en ce sens devant un infinitif. Au XVIIe et au XVIIIe siècle on a construit pour devant une autre préposition, par ellipse du verbe qui précédait.
Commander à ses pleurs en cette extrémité, C'est montrer, pour le sexe, assez de fermetéPierre Corneille (1606-1684)
Vous êtes un grand extravagant, pour un si petit hommeScarron (1610-1660)
Pour sert à marquer le rapport entre une chose qui affecte, et la personne affectée. C'est une grande perte pour vous. Nouvelle fâcheuse pour tout le monde. Cela est heureux pour votre ami.
En échange de, moyennant un certain prix. Il a donné son cheval pour mille francs. Les meubles se donnaient pour rien à cette vente. Pour, devant un nom de nombre, indique une certaine proportion. Toucher, de commission, tant pour mille. Pour cent, voy. CENT, n° 3.
En la place de, au lieu de. Mon fils monte la garde pour moi. Il a pour lit un mauvais matelas. Pour, employé au sens de comme. En qualité de. Laissez-le pour ce qu'il est. Être pour beaucoup, pour peu en quelque chose, n'y être pour rien, y avoir contribué beaucoup, peu, n'y avoir contribué en rien. Passer pour, voy. PASSER, n° 29. Prendre pour, voy. PRENDRE.
Rougis pour moi, Nérine et dis-lui que je l'aimeDUFRESNY
Là, sans suite, sans faste et sans vain appareil, Pour temple les arceaux de cette voûte obscure, Ces prismes pour flambeaux, pour témoin la nature, Pour offrande leur cœur, un rocher pour autel, Le dieu d'hymen reçut leur serment mutuelJacques Delille (1738-1813)
Il se dit en un sens particulier à l'effet de mettre en regard un petit nombre en opposition à un grand. Pour, devant tout, exprime qu'il n'y a pas autre chose. Pour toute récompense il eut des reproches. Ne.... pour un..., ne.... pas pour un..., pas seulement un.
Pour un saint à qui Dieu, par des vues spéciales, peut avoir inspiré de rendre ses communions moins fréquentes, nous en trouvons mille autres à qui il inspire le contraireBourdaloue (1632-1704)
Pour deux amants heureux qu'Amour fait quelquefois, Il en fait tous les jours plus de cent misérablesPhilippe Quinault (1635-1688)
Au nom de. Il commande la province pour le roi, pour l'empereur.
Pour, joint à un mot qui exprime le temps, signifie pendant, mais avec le sens d'un futur. Je n'en ai que pour un moment. Il sert à indiquer l'époque où une chose s'est faite ou se fera, mais toujours avec le sens du futur. Ce sera pour demain. La cérémonie était pour hier (elle était pour hier, avant d'avoir lieu) ; elle est pour aujourd'hui (tant qu'elle n'est pas commencée ; dès qu'elle est commencée, on ne peut plus dire pour aujourd'hui). Pour quand, sans interrogation, pour le temps où. Pour jamais, ou pour toujours, pour un temps qui ne doit pas finir, pour une durée perpétuelle. Pour quand, avec interrogation, pour quel temps ? Pour quand est la fête ?
Souffrez que j'interrompe pour un peu la répétitionMolière (1622-1673)
Monsieur le Duc est ici pour un jour, il ira rejoindre monsieur son pèreMme de Sévigné (1626-1696)
Pour, précédé et suivi du même mot, marque la comparaison. Pour exprime la réciprocité. Pour marque la relation, la correspondance exacte. Traduire un passage mot pour mot. Pour marque l'échange. Faire troc pour troc.
Et mort pour mort, toujours mieux lui valait, Auparavant que sortir de la vie, Éprouver tout et tenter le hasardLa Fontaine (1621-1695)
Tout bien considéré, je te soutiens en somme, Que, scélérat pour scélérat, Il vaut mieux être un loup qu'un hommeLa Fontaine (1621-1695)
Pour, précéde d'assez, s'emploie dans des phrases qui indiquent la suffisance. Il a fait assez pour sa gloire. Avec un verbe à l'infinitif. Il est assez jeune pour s'instruire. Avec que, et avec le subjonctif. Il est assez riche pour que nous lui demandions de contribuer à cette bonne œuvre. Pour, précédé de trop, s'emploie dans des phrases qui expriment l'excès. Il a trop fait pour un ingrat. Avec un infinitif. Avec que et le subjonctif. Il est assez de mes amis pour que je puisse compter sur lui. Vous êtes trop faible pour que nous vous imposions ce fardeau. L'adverbe fort s'est employé avec pour d'une façon analogue à trop (cela n'est plus usité).
On dit que M. de Noailles, votre digne et généreux ami, a rendu de très bons offices à M. de Vardes ; il est assez généreux pour n'en pas douterMme de Sévigné (1626-1696)
La condition m'est trop avantageuse pour la refuserBourdaloue (1632-1704)
En être pour, perdre. Être pour, être capable de, être de nature à. N'être pas pour, ne pas devoir. Être pour, être sur le point de. Il était pour partir.
Il n'y a pas de femme qui l'écoute qui n'en soit pour sa réputationAntoine Hamilton (1646-1720)
M. de Sireuil en sera pour ses vers, Royer pour ses croches, et le prévôt des marchands pour son argentVoltaire (1694-1778)
Pour précédant un adjectif, et suivi de que a le sens de quelque.... que. Pour peu que, si peu que.
Vous savez que, pour matin que je sois levé, je vous ai toujours trouvé dans cette chambreGuez de Balzac (1597-1654)
Pour ingrat que soit un hommeMalherbe (1555-1628)
Pour avec un infinitif, à l'effet de. On sépare quelquefois pour de son verbe. Quoi que dise Vaugelas, c'est à l'oreille à juger. Suivi de que et du subjonctif, même sens. Je suis venu vous voir pour que nous parlions de nos affaires. Je lui ai parlé assez haut pour qu'il m'entendît. Pour que est pour ce que, comme on peut le voir à l'historique.
C'est pour vous dire que vous devez réserver votre humilité aux actions qui se passent entre Dieu et vousGuez de Balzac (1597-1654)
Pour juger de la beauté d'un ouvrage, il suffit de le considérer en lui-même ; mais, pour juger du mérite de l'auteur, il faut le comparer à son siècleFontenelle (1657-1757)
Pour, avec le passé de l'infinitif. signifie à cause que. Il se dit dans le même sens avec le présent de l'infinitif.
On ne s'avise point de dé fendre [empêcher, prohiber] la médecine pour avoir été bannie de Rome, ni la philosophie pour avoir été condamnée publiquement dans AthènesMolière (1622-1673)
Pour n'avoir pas fait cette remarque on perdit beaucoup de temps et de travailChateaubriand (1768-1848)
Pour devant un infinitif, au sens de quoique, bien que, mais toujours joint, comme on le voit par les exemples, à une phrase négative ou restrictive.
Vous me montrez que, pour être échappé de la mer et des pirates, je ne suis pas encore en sûretéVoiture (1597-1648)
L'hymen n'efface point ces profonds caractères ; Pour aimer un mari, l'on ne hait pas ses frèresPierre Corneille (1606-1684)
Étymologie : Wallon, po, por ; bourguig. po, pôr ; mâconnais, pre ; picard, por ; espagn. et portug. por ; du lat. pro.
Historique : IXe s. Pro deo amur [pour l'amour de Dieu] Xe s. Ne por or, ned argent, ne parament Mult laetatus, por que Deus cel edre [ce lierre] li donat XIe s. As tables juent pur els [se] esbaneier [divertir] Se li reis velt, prez sui por vus le face Sonent mil grailes [trompettes], pur ce que plus bel seit Et li aidez, et pur seignur tenez Je ne lerreie por tot l'or que Deus fist, Que ne lui die.... Ne lui faldront pur mort ne pur destreit XIIe s. Pour moi [en place de moi] n'iras tu mie Por ce qu'après sa mort on en puisse parler Por verdure ne por prée Nulle chançon ne m'agrée, S'el ne vient de fine …
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
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