s. f.
Légères particules de terre desséchée qui couvrent le sol ou s'élèvent en l'air. Ce pain sent la poudre, il a été fait avec du blé qui avait un goût de poudre. Terme de manége. Battre la poudre, se dit d'un cheval qui met les pieds de devant près de l'endroit où il vient de les lever. C'est de la poudre à la Saint-Jean, se dit d'une chose qui est de saison et dont on ne doit pas s'étonner. Fig. et poétiquement. Dans la poudre, se dit des personnes qui cèdent et tombent devant une force supérieure. Mordre la poudre, voy. MORDRE, n° 4. Fig. Jeter de la poudre aux yeux, éblouir, surprendre par des discours, par des apparences. Au XVIIIe siècle, jeter, mettre de la poudre aux yeux, éclipser, surpasser. En ce sens, cette locution n'est plus usitée ; elle prend son origine des coureurs qui, gagnant le devant, jettent de la poudre aux yeux de ceux qui les suivent, en élevant le menu sable et la poudre par le mouvement de leurs pieds. En poudre, détruit, renversé. Familièrement, en poudre, abîmé. Mettre en poudre, ruiner, détruire. Fig. Mettre en poudre un raisonnement, un livre, critiquer un raisonnement, un ouvrage de manière à n'en laisser rien subsister. Réduire en poudre, anéantir. Fig. Faire de la poudre, faire des embarras, faire la mouche du coche.
Qu'ils soient comme la poudre et la paille légère Que le vent chasse devant lui — Jean Racine (1639-1699)
Contre le vent, la poudre et la soleil — La Bruyère (1645-1696)
Il se dit des particules de toute espèce qui se déposent dans les appartements et qui se soulèvent par la moindre agitation. La poudre des bibliothèques, la poudre qui s'accumule dans les bibliothèques, et fig. l'oubli qui atteint un livre. On dit dans un sens analogue : la poudre d'un greffe.
Ce grand escogriffe de maître d'armes qui remplit de poudre tout mon ménage — Molière (1622-1673)
Oh ! que d'écrits obscurs, de livres ignorés Furent en ce grand jour de la poudre tirés ! — Boileau (1636-1711)
Il se dit, dans le langage biblique, de la poussière, de la terre qui compose le corps de l'homme.
Vous êtes poudre, et vous retournerez en poudre — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Grande reine, je satisfais à vos plus tendres désirs, quand je célèbre ce monarque [Charles Ier] ; et ce cœur qui n'a jamais vécu que pour lui, se réveille, tout poudre qu'il est, et devient sensible, même sous ce drap mortuaire, au nom d'un époux si cher — Bossuet (1627-1704)
Ce qu'on met sur l'écriture pour empêcher qu'elle ne s'efface. Poudre de buis, de bois d'acajou.
Amidon pulvérisé et aromatisé dont on se sert pour les cheveux. Sac, boîte à poudre. Porter de la poudre. Un œil de poudre, une teinte légère de poudre.
M. le Prince fit faire hier sa barbe.... un valet de chambre, abusant de sa patience, le frisa, lui mit de la poudre — Mme de Sévigné (1626-1696)
Substance quelconque réduite en particules aussi petites qu'il est possible de le faire par les moyens mécaniques. De la poudre d'iris, de corail. Café en poudre. Tabac en poudre. Poudre de violette ou de violettes. Poudre impalpable, poudre si menue qu'on ne la sent presque pas sous les doigts. Poudre d'or, l'or qui est en petites parcelles. De la poudre d'or de Guinée. Poudre de plomb, synonyme de cendrée, plomb très menu dont on charge les fusils pour tuer le gibier de petite espèce. Poudre de diamants, poudre faite avec des diamants broyés, et dont on se sert pour tailler les diamants. Il se dit, par extension, de diamants si petits qu'à peine peut-on les mettre en œuvre. Ce n'est là que de la poudre de diamants.
Il faut payer à nos voisins quatre millions d'un article, et cinq ou six d'un autre, pour mettre dans notre nez une poudre puante venue de l'Amérique — Voltaire (1694-1778)
Poudre d'or, mica jaune réduit en poudre, dit aussi or de chat ; le mot scientifique est ammochryse. Poudre d'argent, mica blanc mêlé de sable. Poudre à mouches, arsenic natif testacé, réduit en poudre. Poudre de fusion, mélange de nitrate de potasse, de soufre et de sciure de bois, servant à faciliter la fonte de certains métaux ou minerais. Poudre à dorer le cuivre, or mussif. Poudre d'or des peintres, or de coquille, voy. OR, n° 3.
Préparation pharmaceutique résultant de la pulvérisation des substances médicinales solides. Poudre tempérante. Poudres simples, celles qui proviennent d'une seule substance ; poudres composées, celles qui résultent du mélange de plusieurs poudres simples. Poudres gazifères, poudres destinées à produire extemporanément des eaux gazeuzes artificielles. Poudre de Vienne, escharotique composé de 5 parties de potasse caustique à la chaux et 6 parties de chaux vive. Poudre vomitive d'Helvétius, poudre composée de 2 parties d'émétique, de 1 partie d'ipécacuanha, et de 16 parties de crème de tartre. Poudre du duc, ancienne préparation faite de cannelle et de sucre blanc et dont on usait après le repas pour fortifier l'estomac. Poudre impériale, poudre qui se faisait dans la Grande Chartreuse, et dont les vertus étaient vantées pour toutes sortes de plaies. De la poudre de perlimpinpin, voy. PERLIMPINPIN. Prendre de la poudre d'escampette, s'enfuir.
J'ai vu le bon homme de Lorme.... il veut que je prenne de sa poudre au mois de septembre — Mme de Sévigné (1626-1696)
Poudre de succession, poison dont une femme, nommée la Voisin, faisait commerce, vers le milieu du XVIIe siècle. Poudre de sympathie, voy. SYMPATHIE. Terme d'alchimie. Poudre de projection, voy. PROJECTION.
Poudre à canon, ou, simplement, poudre, mélange de soufre, de salpêtre et de charbon qui donne lieu à un violent dégagement de gaz dont la force d'expansion est utilisée dans les armes à feu pour lancer des projectiles ; on fabrique en France diverses sortes de poudres, différant par le dosage et le procédé de fabrication : poudre de guerre, deux espèces, poudre à canon, poudre à mousquet ; poudre de chasse, fine, extra-fine, superfine ; poudre de mine ; poudre de commerce extérieur. Poudre à giboyer, ou, poudre à tirer, ou, plus ordinairement, poudre de chasse, la poudre la plus fine qui sert à la chasse. Poudre de mine, la poudre la moins parfaite, dont on ne se sert que pour charger les mines. Poudre de traite, poudre fabriquée pour être vendue dans les contrées où se faisait la traite des nègres. Poudre vive, lente, brisante, ainsi dite selon la rapidité de l'inflammation et l'effet produit sur les armes à feu. Poudre comprimée, poudre qui, ayant été agrégée par une forte pression, peut être employée pour le chargement des armes à feu, sans être maintenue dans une enveloppe de papier, carton ou serge. Poudre radoubée, poudre primitivement avariée à laquelle on a rendu ses qualités à l'aide d'une opération spéciale nommée radoub. Magasin à poudre, magasin où l'on conserve la poudre. Conspiration des poudres, conspiration tramée en Angleterre, en 1603, par quelques catholiques, qui se proposaient de faire sauter le roi et le parlement au moyen d'une mine. Il n'a pas inventé la poudre, voy. INVENTER, n° 1. Fig. Tirer sa poudre aux moineaux, se donner de la peine inutilement. Fig. Ce pays sent la poudre à canon, il est limitrophe de l'ennemi. Faire parler la poudre, commencer la guerre. Fig. Mettre le feu aux poudres, commencer, faire éclater quelque grosse affaire, qui fera événement. Fig. Le feu prend aux poudres, se dit de quelqu'un qui s'enflamme tout à coup, qui se livre à un soudain accès de colère. À peine eut-on dit cela que le feu prit aux poudres. Il est vif comme la poudre, il est comme la poudre, se dit de quelqu'un qui prend feu tout de suite. On dit aussi dans le même sens : c'est la poudre. Les poudres, partie de l'administration militaire où l'on s'occupe de la fabrication et de la vente des diverses poudres.
Berthelot, commissaire général des poudres et salpêtres de notre royaume,
Tu sais que, depuis l'invention de la poudre, il n'y a plus de places imprenables — Montesquieu (1689-1755)
Poudre fulminante, poudre qui détone fortement par le choc ou le frottement, et dont la composition diffère de la poudre ordinaire. Le fulminate de mercure est une poudre fulminante ; on en obtient une aussi en mélangeant du chlorate de potasse à du sulfure d'antimoine.
Un grain de poudre fulminante [de platine], chauffé graduellement, détone avec dégagement de lumière, et produit un bruit plus fort qu'un coup de pistolet — Louis Jacques Thénard (1777-1857)
Poudre de coton, ou poudre-coton, voy. PYROXYLE.
Le thé poudre à canon, voy. THÉ.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).