s. f.
Ce qui point, ce qui pique, piqûre. Fig.
Les cruautés... Ne me sont une pointe aux entrailles si dure Comme le souvenir de ta déloyauté — Malherbe (1555-1628)
Il est vrai qu'elle n'a pas souffert de ces cruelles pointes de douleur qui percent le corps, qui déchirent l'âme, et qui épuisent en un moment toute la constance d'un malade — Fléchier (1632-1710)
Saveur piquante et agréable. Fig. Une pointe de raillerie, d'ironie, un mot moqueur, un trait ironique. Une pointe de vin, un coup de vin qui a mis en gaieté. Être en pointe de vin, avoir un peu de vin dans la tête, être un peu échauffé par le vin.
La longue habitude de mépriser e plaisir du goût avait éteint en lui toute la pointe de a saveur — Bossuet (1627-1704)
La petite pointe d'ail l'assaisonnait [un mets], avec une finesse de saveur et d'odeur qui aurait flatté le goût du plus friand Gascon — Marmontel (1723-1799)
Trait subtil, recherché, jeu de mots. Pointe d'épigramme, la pensée piquante qui doit terminer une épigramme.
Il se hasarde même à faire des romans, Des chansons pour Gautier, des pointes pour Guillaume — Pierre Corneille (1606-1684)
Le style n'est pas plus élevé ci que dans Mélite ; mais il est plus net et plus dégagé des pointes dont l'autre est semée, qui ne sont, à en bien parler, que de fausses lumières dont le brillant marque bien quelque vivacité d'esprit, mais sans aucune solidité de raisonnement — Pierre Corneille (1606-1684)
La pointe de l'esprit, ce qu'il y a de plus pénétrant, de plus vif dans l'esprit.
Le chaud élément Qui donne cette pointe au chaud entendement — Mathurin Régnier (1573-1613)
Bout piquant et aigu. Fig. Pouvoir des pointes, propriété qu'ont les pointes de soutirer l'électricité des corps électrisés, et par conséquent d'en faire disparaître les signes. À la pointe de l'épée, les armes à la main. À la pointe de l'épée, en duel. On dit dans le même sens : à la pointe des armes. Fig. À la pointe de l'épée, de vive force, avec de grandes difficultés. Par extension, à la pointe de l'éloquence, de l'argent etc. par le moyen de l'éloquence, de l'argent, etc. Fig. Sur la pointe d'une aiguille, voy. AIGUILLE.
Avec quelle insolence ils ont de toutes parts Fait briller à nos yeux la pointe de leurs dards ! — Jean Racine (1639-1699)
L'aventure de Régulus, enfermé par les Carthaginois dans un tonneau garni de pointes de fer, mérite-t-elle qu'on la croie ? — Voltaire (1694-1778)
Terme d'escrime. Couper la pointe, faire un mouvement prompt et léger, par lequel, sans déranger la pointe de son fer de la ligne du corps, on la passe par-dessus le fer de son adversaire. Parer de la pointe, écarter la pointe de la ligne du corps, en faisant une parade. Un coup de pointe, un coup porté avec la pointe du sabre.
Terme de sculpteur. Outil de fer qui sert à ébaucher l'ouvrage, après que le bloc de pierre ou de marbre a été dégrossi ; ce qui s'appelle approcher à la pointe. Double pointe, ciseau fendu par le bout.
Lorsque le marbre est dégrossi, ...on avance l'ouvrage avec une pointe, et l'on se sert quelquefois, dans ce travail, de la double pointe, qu'on nomme autrement dent de chien
Terme de graveur. Pointe sèche, pointe dont on se sert pour former, sur le cuivre nu, des traits fins et délicats. Les graveurs à l'eau-forte ont aussi leur pointe, qui est une pointe d'aiguille emmanchée, pour dessiner sur le vernis. Manière d'opérer avec la pointe. Cette gravure est touchée d'une pointe fort spirituelle. Tige de cuivre à l'extrémité de laquelle est monté un diamant qui sert aux graveurs en pierres fines à creuser les parties des pierres qu'ils veulent graver.
Si l'on forme, avec une pointe aiguë, des traits ou des hachures, sans recourir à l'eau-forte, ni au burin, cela s'appelle graver à la pointe sèche — Diderot (1713-1784)
La pointe sèche ouvre le cuivre, sans en rien détacher
Terme d'imprimerie. Espèce d'alène, avec laquelle on enlève les lettres en corrigeant les épreuves.
Pointe de diamant, ou, simplement, diamant, diamant taillé en pointe qui sert à couper le verre. Pointes naïves, nom que les lapidaires donnent aux diamants bruts, d'une forme extraordinaire, qui viennent particulièrement de la mine de Soumelpour, au Bengale.
Avançant un pied, puis un autre, et prenant bien garde à les poser par mesure, comme si elle eût marché sur des pointes de diamants — La Fontaine (1621-1695)
Terme de relieur. Pointe à rabaisser, outil en acier, long de 24 à 30 pouces, ayant la forme d'un couteau à rogner, et qu'on fait glisser le long d'une règle en fer pour rabaisser les cartons d'un livre ; c'est ce qu'on appelle pointer.
Morceau de fer dont on se sert pour commencer un trou de mine.
Terme de serrurier. Pointe molle, le bout d'un lacet, d'un piton, dont les extrémités des branches sont en pointe et amincies de manière à être recourbées et rivées.
Terme de chirurgie. Pointe de feu, petite eschare que l'on produit à l'aide d'un cautère pointu. Terme de vétérinaire. Pointe de feu, morceau de fer long, terminé en pointe, que l'on fait rougir pour percer la peau d'un cheval en certains cas.
Clou long et mince, avec ou sans tête, différant du clou proprement dit en ce que la tige en est ronde et de grosseur uniforme. Ce morceau de bois est décollé, il faut y mettre quelques pointes. On se sert de pointes pour clouer un tapis.
De la fonte au fer fin, de la pointe de Paris à la plaque tournante des chemins de fer, on y élabore, on y fabrique tout — STÉPH. LIÉGEARD
Bout, extrémité des choses qui vont en diminuant.
Une des pointes de la montagne de Tarare vous empêcha de me voir — Voiture (1597-1648)
Je suis monté avec la multitude de mes chariots sur le haut des montagnes, sur le mont Liban, j'ai coupé ses grands cèdres et ses beaux sapins, je suis monté jusqu'à la pointe de son sommet — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Pointe de terre, ou, simplement, pointe, espace de terre ou de rochers qui s'avance plus ou moins dans la mer. Pointe, l'espace de terrain compris entre deux cours d'eau à leur confluent.
Les Portugais, naviguant sur l'océan Atlantique, découvrirent la pointe la plus méridionale de l'Afrique — Montesquieu (1689-1755)
On doit remarquer, au sujet de ces pointes formées par les continents, qu'elles sont toutes posées de la même façon : elles regardent toutes le midi — Buffon (1707-1788)
La pointe du pied, l'extrémité du pied opposée au talon. Sur la pointe du pied ou des pieds, se dit d'une personne qui, debout, fait porter son corps sur les orteils. Terme de danse. Avoir des pointes, se dit d'un danseur qui sait s'élever sur la pointe des pieds, et faire des pas sans porter le talon à terre. Fig. et populairement. Marcher sur ses pointes, être fier.
Il se mit à marcher doucement, je le suivis sur la pointe du pied — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Il s'en était allé là-dessus légèrement et sur la pointe du pied, ne se doutant pas qu'il avait offensé lord Nelvil — Mme de Staël (1766-1817)
Terme de guerre. La pointe de l'aile droite, de l'aile gauche, l'extrémité de ces ailes. En fortification, la pointe d'un bastion, l'angle du bastion le plus avancé du côté de la campagne.
Au lieu d'ouvrir la pointe et y faire un logement en diligence, il a voulu profiter d'une traverse que les ennemis avaient laissée vers la gorge de l'ouvrage — Pellisson (1624-1693)
Terme de marine. Se dit quelquefois pour cap du navire. Pointe de bordage ou de doublage, morceau de bordage ou de toile qui s'applique pour remplir un vide. Avirons à pointe, avirons montés de manière qu'il n'y ait qu'un aviron et qu'un rameur sur chaque banc de l'embarcation. Une des divisions du compas de mer ou boussole. Il y a trente-deux pointes qui marquent les vents. Un rumb de vent vaut quatre pointes.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).