s. f.
Production qui couvre le corps des oiseaux et qui se compose d'un tuyau, d'une tige et de barbes. Des plumes de coq, d'autruche. Un balai de plumes. Fig. et familièrement. Il y a laissé des plumes, de ses plumes, c'est-à-dire il ne s'est pas tiré de cette affaire sans y faire des pertes. Fig. Avoir des plumes de quelqu'un, lui gagner de l'argent au jeu. Fig. Arracher à quelqu'un une plume de l'aile, lui tirer des plumes, lui ôter quelque chose de considérable, en tirer quelque profit de manière ou d'autre. Fig. La plus belle plume de l'aile, se dit de ce que quelqu'un possède de plus avantageux. Cette place est la plus belle plume de son aile. Il a perdu la plus belle plume de son aile. Fig. Passer la plume par le bec, frustrer quelqu'un, voy. BEC, n° 1. Fig. Jeter la plume au vent, voy. VENT. Fig. Paré des plumes d'autrui, se dit d'un plagiaire ; métaphore tirée de la fable du geai paré des plumes du paon. Comme une plume, se dit de ce qui est très léger. Se sentir plus léger qu'une plume, se sentir dispos, allègre. N'être pas de plume, être fort lourd. Terme de fauconnerie. Donner une plume à l'oiseau, lui donner la curée emplumée.
Quelquefois de l'orage avant-coureur brûlant, Des cieux se précipite un astre étincelant.... Tantôt on voit dans l'air des feuilles voltiger, Et la plume en tournant sur les ondes nager — Jacques Delille (1738-1813)
À tirer quelque plume, monsieur ! oh ! Mme Simon n'est pas femme à se laisser plumer — Dancourt (1661-1725)
Collectivement. Un assemblage de plumes. La menue plume des oiseaux se nomme duvet. Acheter de la volaille en plume. Mettre de la plume dans un oreiller. Il est chargé d'argent comme un crapaud de plumes, c'est-à-dire il n'en a point. Ce chien est dressé au poil et à la plume, ou, simplement, est au poil et à la plume, c'est-à-dire il arrête le gibier à poil comme le gibier à plume. En fauconnerie, au poil et à la plume, se disait d'un oiseau qui était dressé également pour le lièvre et pour la perdrix. Fig. Il est au poil et à la plume, c'est un homme qui écrit aussi bien en prose qu'en vers. Se dit aussi de celui qui est propre à des occupations de genres très divers, ou d'un homme qui peut tenir tête à un autre. Dans un autre sens qui est du langage libre. Être au poil et à la plume, être adonné aux femmes et à l'amour contre nature. Plume s'est dit de la redevance en volaille que devait un bien-fonds. Cens en argent, plume et grain.
J'écris en vers et en prose ; je suis au poil et à la plume — Lesage (1668-1747)
Et je vous ferai voir que je suis au poil et à la plume — Molière (1622-1673)
Lit de plume, lit fait avec la plume. Par catachrèse, la plume, un lit fait avec la plume.
Dans le réduit obscur d'une alcôve enfoncée S'élève un lit de plume à grands frais amassée — Boileau (1636-1711)
Mais en vain dans leur lit un juste effroi les presse ; Aucun ne laisse encor la plume enchanteresse — Boileau (1636-1711)
Plumes préparées qu'on emploie comme parures. Un bouquet de plumes. Fig. C'est une plume à son chapeau, se dit de quelque chose qui est de distinction ou qui flatte la vanité.
Il aura cru sans doute, ou je suis fort trompée, Que les filles de cour aiment les gens d'épée ; Et, vous prenant pour telle, il a jugé soudain Qu'une plume au chapeau vous plaît mieux qu'à la main — Pierre Corneille (1606-1684)
Je suis sorti d'une maison où l'on n'a jamais eu de plume qu'au chapeau — SCUDÉRY
Gros tuyau de plume dont on se sert pour écrire. Un trait de plume. Plume hollandée, voy. HOLLANDER. Tenir la plume, avoir la plume, être chargé d'écrire les résolutions d'une assemblée, d'un prince, etc. Avoir la plume se disait pour : imiter si exactement l'écriture du roi, qu'elle ne s'en pût distinguer, et écrire en cette sorte toutes les lettres que le roi devait ou voulait écrire de sa main, sans toutefois en vouloir prendre la peine. Tenir la plume, écrire sous la dictée. Tailler une plume, la préparer avec le canif, de manière qu'elle puisse écrire. Fig. Tailler sa plume, se préparer à écrire. Fig. Passer la plume sur, raturer. Cela s'est trouvé, présenté au bout de ma plume, se dit des choses qu'on écrit par occasion, sans les avoir préméditées. Fig. Ce mot, cette syllabe est restée au bout de ma plume, c'est-à-dire j'ai oublié de l'écrire. Prendre la plume, commencer à écrire ; reprendre la plume, recommencer à écrire. Poser la plume, cesser d'écrire. Mettre la main à la plume, commencer d'écrire. Mettre la main de quelqu'un à la plume, l'obliger d'écrire. La plume à la main, quand on écrit, quand on compose. À coups de plume, sur le papier, par opposition à ce qui est en réalité. Laisser aller sa plume, écrire avec abandon. À course de plume, aussi vite qu'on peut écrire. Au courant de la plume, au gré de l'inspiration, sans méditation, sans travail. Fig. La plume tombe des mains, on est saisi d'étonnement en écrivant. La plume tourne dans les doigts, on hésite à écrire. Fig. Écrit sur la plume des vents, écrit sur des bagatelles, quand on n'a rien d'important à se dire.
Commencez la lettre, et après six lignes donnez la plume à Pauline — Mme de Sévigné (1626-1696)
Quand je commence, je ne sais point du tout où cela ira, si ma lettre sera longue ou si elle sera courte ; j'écris tant qu'il plaît à ma plume ; c'est elle qui gouverne tout — Mme de Sévigné (1626-1696)
Plume métallique, plume artificielle, se dit d'un bec semblable à celui d'une plume taillée, et formé d'une petite plaque demi-cylindrique, de fer ou d'alliage ; ce bec s'adapte à un porte-plume ou à une petite hampe.
Manière de former les caractères d'écriture. Une belle plume.
Plume se dit, par métonymie, de la manière de former les caractère de l'écriture, et de la manière de composer — Dumarsais (1676-1756)
La plume, le travail des écritures. Homme de plume, celui dont le travail consiste surtout à faire des écritures. La plume s'est dit aussi des emplois de l'administration. Ancien terme de marine. Officiers de plume, ou, absolument, la plume, ceux qui dans les vaisseaux et dans les ports sont employés à l'administration. On dit aujourd'hui officiers d'administration.
Il y aura plus de difficulté à découvrir ce que l'industrie de la plume rend à ceux qui en tirent aucuns émoluments sujets à être enregistrés — Vauban (1633-1707)
Entendez-vous par sauvages des rustres.... soumis à un homme de plume, auquel ils portent tous les ans la moitié de ce qu'ils ont gagné — Voltaire (1694-1778)
Fig. Composition des ouvrages d'esprit, style et manière d'écrire d'un auteur. Un trait de plume, manière d'écrire en laissant courir la plume. Guerre de plume, polémique entre des écrivains.
Nous montrant seulement de la plume ennemis — Mathurin Régnier (1573-1613)
Mazarin a été l'objet de l'invective publique, et les plumes et les langues se sont déchaînées dans la dernière licence — La Rochefoucauld (1613-1680)
L'auteur même (en parlant plutôt d'un prosateur que d'un poëte).
Votre Majesté verra.... que, dans les chambres et dunettes des vaisseaux, il y a des plumes françaises aussi affectionnées à son service qu'il s'en trouve au cœur de la France — LE P. FOURNIER
Plume se prend aussi pour l'auteur même : c'est une bonne plume, c'est-à-dire c'est un auteur qui écrit bien ; c'est une de nos meilleures plumes, c'est-à-dire un de nos meilleurs auteurs — Dumarsais (1676-1756)
Ancien terme de botanique. La partie supérieure du germe d'une graine qui commence à se développer ; on dit aujourd'hui plumule.
Terme de plombier. Pièce de cuivre qui est à un bout du moule à tuyau, et faite pour la continuation du tuyau que l'on fond.
Cuire à la plume, amener le sucre à un degré de cuisson tel qu'en soufflant à travers l'écumoire, il forme de légers globules qui tiennent les uns aux autres. Sucre à la petite plume, à la grande plume, voy. SUCRE.
Alun de plume, sorte d'alun raffiné.
Plume géométrique, instrument qui sert à tracer toutes sortes de courbes, par une combinaison de mouvements circulaires.
Plume marine nom vulgaire des pennatules, et, particulièrement, de la pennatule plume, dite aussi absolument pennatule.
Plume de paon, pierre fine, de couleur verdâtre, rayée comme les barbes d'une plume, et qui paraît pourpre à la lumière ; c'est une agate tendre.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).