pleuvoir
verbe, /plœvwaʁ/ ou /pløvwaʁ/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (9 sens)
Littré (1873)
v. n.
Il se dit de l'eau qui tombe du ciel ; sens auquel il est impersonnel. Il pleut à verse. Un écoute s'il pleut, voy. ÉCOUTER, n° 2. Il y pleut comme dans la rue, se dit d'une maison où la pluie perce le toit. Fig. Il a bien plu sur sa friperie, il a eu de grands désastres, de graves maladies. Je n'en ai non plus qu'il en pleut, se dit pour exprimer qu'on n'a pas la moindre partie de la chose dont il s'agit. Comme s'il en pleuvait, beaucoup. Il dépense l'argent comme s'il en pleuvait. Il faut faire comme on fait à Paris, il faut laisser pleuvoir. Fig. Il pleut dans son escarcelle, tout lui arrive en abondance. Fig. Il a bien plu dans son écuelle, il lui est venu quelque bonne succession, quelque grand profit.
Il n'a pas gelé un moment, et il a plu tous les jours comme des pluies d'orage — Mme de Sévigné (1626-1696)
Il se dit de ce qui tombe ou semble tomber du ciel comme la pluie. Fig. Quand il pleuvrait des hallebardes la pointe en bas, ou, simplement, quand il pleuvrait des hallebardes, c'est-à-dire quelque mauvais temps qu'il fasse.
Le peuple vautour, Au bec retors, à la tranchante serre, Pour un chien mort se fit, dit-on, la guerre : Il plut du sang ; je n'exagère point — La Fontaine (1621-1695)
Avez-vous peur qu'il ne pleuve des hommes ? et quand il en tomberait quelques-uns des nues, le grand mal ! le ciel nous devrait ce miracle — Marmontel (1723-1799)
Par extension, il se dit de tout ce qui tombe d'en haut en grande quantité, et alors il cesse d'être impersonnel. Impersonnellement. Il pleuvait des boulets et des balles. Fig.
Mais d'aller plus à ces batailles Où tonnent les foudres d'enfer, Et lutter contre des murailles D'où pleuvent la flamme et le fer — Malherbe (1555-1628)
Je sais que Danaé fut son indigne mère ; L'or qui plut dans son sein l'y forma d'adultère — Pierre Corneille (1606-1684)
Avec un nom de personne pour sujet, il signifie quelquefois faire pleuvoir.
Pleuvez donc, je vous en conjure, Et pleuvez à bonne mesure — Scarron (1610-1660)
Notre homme Tranche du roi des airs, pleut, vente, et fait en somme Un climat pour lui seul — La Fontaine (1621-1695)
Fig. Affluer, arriver en abondance. Les sarcasmes pleuvent sur lui de tous côtés, il est en butte à mille sarcasmes. L'argent, les biens, les dignités, les honneurs pleuvent chez lui, il reçoit coup sur coup des biens, des dignités, des honneurs. Il se dit aussi impersonnellement en ce sens. Il pleut des chansons, des épigrammes contre un tel, il se fait beaucoup de chansons, d'épigrammes contre lui.
Les avis, les conseils vous pleuvent l'un sur l'autre — Jean Mairet (1604-1686)
Sur qui pleuvaient de tous côtés les bonnes fortunes — Antoine Hamilton (1646-1720)
Absolument. Se dit d'argent donné en abondance. Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir quand il s'agit de la pluie. Mais quand il s'agit d'autre chose et qu'on veut marquer l'état non l'action, il se conjugue avec l'auxiliaire être : Il nous est plu aujourd'hui des fâcheux.
Cette pluie est fort douce, et quand j'en vois pleuvoir, J'ouvrirais jusqu'au cœur pour la mieux recevoir — Pierre Corneille (1606-1684)
Adieu, de ton côté si tu fais ton devoir, Tu dois croire du mien que je ferai pleuvoir — Pierre Corneille (1606-1684)
Étymologie : Berry, pleure, pleuve ; wallon, plour ; prov. ploure, pluoure ; catal. plourer ; espagn. llover ; portug. chover ; ital. piovere ; du lat. pluere, auquel Curtius, n° 309, compare πλύνω, laver, le rad. sanscr. plu, nager, le goth. flewin, flotter, laver. Le français vient, avec changement d'accent, et v intercalaire, de pluerē, qui donne pluoir, pleuvoir.
Historique : XIIe s. Beau tens faiseit seri e cler, Cum senz pluveir e senz venter E il pluveit tant fort qu'il ne voleit cesser XIIIe s. Par un jour si très bel qu'il ne pleut ne ne vente Il laissa le plouvoir, s'amenrit [s'amoindrit] la froidure Mès hom ne se doit jà movoir, S'il veoit tex [telles] lermes plovoir Ausinc espès cum onques plut [Les anges chassés du ciel] Trois jours et trois nuiz adès plurent [tombèrent comme la pluie], Qu'ainz [que onque] plus espessement ne plut Pluie qui si grevanz nous fust XIVe s. Car il plouvoit adont une pluie pesant XVe s. Ni les seigneurs.... n'espargnoient or ni …
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
v. intr.
Il se dit de l’Eau qui tombe du ciel, et dans ce sens il est toujours impersonnel. Il pleut très fort. Il ne pleut guère. Il commençait à pleuvoir. Il ne fait que pleuvoir depuis quelque temps.
Il pleut à verse, à seaux, à torrents, Il pleut très fort. On dit figurément et familièrement dans le même sens Il pleut des hallebardes.
Pop., Comme s’il en pleuvait, Beaucoup, en grande quantité. Il dépense de l’argent comme s’il en pleuvait.
Fig. et fam., C’est un écoute s’il pleut se dit d’un Homme faible, qui se laisse arrêter par les moindres obstacles. Il se dit aussi d’une Promesse illusoire, d’une mauvaise défaite, d’une espérance très incertaine.
PLEUVOIR se dit aussi de Diverses choses qui tombent ou semblent tomber du ciel comme la pluie. Le bruit courait qu’il avait plu du sang en tel endroit, qu’il y avait plu des pierres. Dieu fit pleuvoir le feu et le soufre sur Sodome et sur Gomorrhe.
PLEUVOIR se dit, figurément, de Choses qui tombent en grande quantité. Il pleut des obus en cet endroit. Les coups de fusil y pleuvent. On fit pleuvoir sur eux une grêle de coups, une grêle de pierres, une grêle de flèches, de traits. Les balles pleuvaient autour d’eux. Les coups pleuvaient sur ses épaules.
Fig., Il pleut des libelles, de mauvais vers, etc., Il s’en publie chaque jour une grande quantité. Il pleut des chansons, des épigrammes, etc., contre un tel, Il court beaucoup de chansons, d’épigrammes, etc., contre lui. Les sarcasmes pleuvent sur lui de tous côtés, Il est l’objet de mille sarcasmes.
Fig. et fam., Il pleut des mauvais plaisants, des ennuyeux, des importuns, etc., Quelque part qu’on aille, on rencontre beaucoup de mauvais plaisants, d’ennuyeux, d’importuns, etc.
Fig., Les biens, les dignités, les honneurs pleuvent chez lui, pleuvent sur lui, Il lui arrive de grands avantages coup sur coup; on lui prodigue les dignités, les honneurs.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (21)
- pleuvraient — conditionnel présent 3ᵉ pers. pluriel
- pleuvrait — conditionnel présent 3ᵉ pers. singulier — /pløvʁɛ/ ou /plœvʁɛ/
- pleuvons — impératif présent 1ʳᵉ pers. pluriel
- pleuvez — impératif présent 2ᵉ pers. pluriel
- pleus — impératif présent 2ᵉ pers. singulier
- pleuvront — indicatif futur 3ᵉ pers. pluriel
- pleuvra — indicatif futur 3ᵉ pers. singulier — /pløvʁa/ ou /plœvʁa/
- pleuvaient — indicatif imparfait 3ᵉ pers. pluriel — /pløvɛ/ ou /plœvɛ/
- pleuvait — indicatif imparfait 3ᵉ pers. singulier — /pløvɛ/ ou /plœvɛ/
- plurent — indicatif passé 3ᵉ pers. pluriel
- pluret — indicatif passé 3ᵉ pers. pluriel
- plut — indicatif passé 3ᵉ pers. singulier — /ply/
- pleuvent — indicatif présent 3ᵉ pers. pluriel — /plœvə/
- pleut — indicatif présent 3ᵉ pers. singulier — /plø/
- pleuvoir — infinitif — /pløvwaʁ/ ou /plœvwaʁ/
- plu — participe passé — /ply/
- pleuvant — participe présent — /pløvɑ̃/ ou /plœvɑ̃/
- plussent — subjonctif imparfait 3ᵉ pers. pluriel
- plût — subjonctif imparfait 3ᵉ pers. singulier — /ply/
- pleuvent — subjonctif présent 3ᵉ pers. pluriel — /plœvə/
- pleuve — subjonctif présent 3ᵉ pers. singulier — /plœvə/
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