v. a.
Mettre dans une place, dans un lieu, en parlant des personnes. Absolument. Indiquer les places dans une cérémonie, dans une assemblée. Il fut chargé de placer. Il se dit de la place dans le temps.
Où placerez-vous tout ce monde-là ? ...La garde au dedans par Sillace est placée — Pierre Corneille (1606-1684)
Je ferais bien de vous dire.... ce que je souffre tous les jours quand je fais réflexion en quel endroit la Providence nous a placées pour la passer [la vie] — Mme de Sévigné (1626-1696)
Il se dit aussi des choses que l'on met dans un lieu. Placer des meubles dans un appartement.
Lévite, il faut placer, Joad ainsi l'ordonne, Le glaive de David auprès de la couronne — Jean Racine (1639-1699)
Au jeu de paume, placer bien la balle, pousser la balle avec la raquette, afin qu'elle aille frapper l'endroit qu'on veut. On dit dans le même sens : Ce joueur place bien son coup. Terme de manége. Placer un homme à cheval, le mettre à cheval dans la position où il doit être. Placer un cheval, le maintenir en équilibre dans tous les mouvements qu'on lui fait exécuter, ou, simplement, le mettre dans une certaine position pour le faire voir. À l'escrime, placer bien son coup, porter une botte avec adresse et sûreté.
Qu'on ne dise pas que je n'ai rien dit de nouveau ; la disposition des matières est nouvelle ; quand on joue à la paume, c'est une même balle dont on joue l'un et l'autre ; mais l'un la place mieux — Pascal (1623-1662)
Fig. Faire entrer dans une maison, dans une famille. Il a bien placé sa fille. Procurer un poste, un emploi, un établissement. Placer un domestique, lui procurer une condition.
Non, elle n'était heureuse ni pour avoir placé auprès d'elle la princesse Anne, sa chère fille, ni pour l'avoir placée dans une maison où tout est grand — Bossuet (1627-1704)
Tibère, que l'hymen plaça dans sa famille — Jean Racine (1639-1699)
Placer de l'argent, le prêter à intérêt. Placer de l'argent, se dit aussi de l'emploi qu'on en fait pour en retirer une rente. J'ai placé mon bien à fonds perdu, en une terre.
Ceux qui, sans courir les risques de la mer, veulent tirer quelque profit de leur argent, le placent ou chez les banquiers, ou chez d'autres personnes, à douze pour cent par an, ou plutôt à un pour cent à chaque nouvelle lune [à Athènes] — Jean-Jacques Barthélemy (1716-1795)
Terme de commerce. Faire le placement, opérer le débit, la vente. Placer des denrées, des étoffes, des articles de commerce. Placer un ouvrage littéraire. Dans un sens analogue, placer des billets de loterie, des billets de spectacle.
Fig. Donner un rang, une position. Ses vertus le placent parmi les plus honnêtes citoyens de la ville. Placer dans un testament, faire un legs.
Sa disgrâce et ton crime Ont placé dans mon cœur ce héros magnanime — Jean Racine (1639-1699)
Dans le vulgaire obscur si le sort l'a placé [un enfant], Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé ? — Jean Racine (1639-1699)
Il se dit des choses auxquelles on attribue, par métaphore, une place qui n'est qu'idéale. Le philosophe place le bonheur dans la vertu. Placer un mot, un propos, etc. le dire dans un moment où il peut produire de l'effet. Placer un mot, dire quelques paroles. Placer un nom sur un visage, dire le nom de la personne que l'on voit. Placer bien, placer en bon lieu son amitié, son affection, sa confiance, les donner à des personnes qui en sont dignes. Placer bien ses grâces, ses faveurs, choisir des personnes de mérite pour leur accorder des grâces, des faveurs. Placer bien ses charités, ses aumônes, les faire à des personnes qui les méritent.
La Garde, qui revient à Paris, ne saurait-il placer son voyage utilement pour nous ? — Mme de Sévigné (1626-1696)
Je plaçai ma saignée brusquement, selon le besoin de mes affaires plutôt que sur celui de ma santé — Mme de Sévigné (1626-1696)
Se placer, v. réfl. Prendre une place. Terme de manége. Se placer à cheval, être placé à cheval, y être dans une bonne et belle position.
Je ne savais que devenir, ni où me placer — Marivaux (1688-1763)
Être mis en une certaine ordonnance. Se mettre en une certaine place.
Mes mots viennent sans peine et courent se placer — Boileau (1636-1711)
L'ombre de Conradin sanglant, percé de coups, Terrible, vous repousse et se place entre nous — C. DELAVIGNE
Prendre un rang. Obtenir un emploi, une dignité. Entrer en condition dans une maison pour quelque travail, quelque service.
Parmi tant de héros je n'ose me placer — Jean Racine (1639-1699)
Quelque grande difficulté qu'il y ait à se placer à la cour, il est encore plus âpre et plus difficile de se rendre digne d'être placé — La Bruyère (1645-1696)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).