pitié

pitié

nom, féminin, /pitje/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (2 sens) — Académie 1935 (9 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Sentiment qui saisit à la vue des souffrances et qui porte à les soulager. Au plur. Par pitié, par un sentiment qui porte à plaindre et à soulager. Fig. Sans pitié, d'une façon inexorable. Prendre pitié, être saisi de pitié. Avoir pitié, éprouver le sentiment de la pitié. Faire pitié, inspirer le sentiment de la pitié. Ô d'un illustre époux noble et digne moitié. Regarder en pitié, jeter un regard de pitié. C'est une pitié, c'est grande pitié, c'est grand'pitié, c'est une chose très digne de pitié. C'est grande pitié, c'est grand'pitié que de nous, c'est-à-dire la condition humaine est sujette à beaucoup de misères.

    La pitié d'un malheur où nous voyons tomber nos semblables, nous porte à la crainte d'un pareil pour nous, cette crainte au désir de l'éviter — Pierre Corneille (1606-1684)

    Je suis peu sensible à la pitié, et je voudrais ne l'y être point du tout ; cependant il n'est rien que je ne fisse pour le soulagement d'une personne affligée — LA ROCHEFOUCAULD

  2. Pitié, se dit quelquefois en un sens où il entre quelque mépris. Regarder, parler, traiter avec une pitié offensante, insultante, avec une apparence de pitié mêlée à des marques de mépris. C'est pitié, c'est une pitié, cela excite un certain dédain, fait hausser les épaules. Il se dit au pluriel dans le même sens. Avoir pitié, se dit en un sens de dédain. Regarder en pitié, avoir du dédain pour. Faire pitié, exciter une pitié mêlée de dédain. Raisonner, chanter à faire pitié, très mal. Quelle pitié ! c'est-à-dire que la chose mérite de dédain ! Quelle pitié ! c'est-à-dire quelle chose inexcusable ! De pitié, avec un sentiment de dédain.

    Elle en eut pitié, mais de cette sorte de pitié qui porte au mépris, et qui ramène aussitôt après à la colère — Cardinal de Retz (1613-1679)

    Vous voyez que l'affaire du syndic m'avait mis hors de combat ; enfin, c'est une pitié que d'être si vive — Mme de Sévigné (1626-1696)

Étymologie : Bourg. pidié ; prov. pietat, piatat, pitat, pidat; espagn. Piedad; portug. pidade ; ital. pietà ; du lat. pietatem. Le sens de piété a, par une analogie facile, passé, dans les langues romanes, à celui de pitié. Au reste, en quelques textes les deux sens se confondent.

Historique : XIe s. Cel nen i a qui de pitet ne plurt XIIe s. Qu'il ait de moi pitez De ceste lasse or vous prenne pitié Que ma dame fasse pitié descendre Ne je ne truis [trouve] qui de moi ait pitié XIIIe s. À icel jor serez tuit mal bailli [tous en mauvais sort], Se sa pitié [de Dieu] ne couvre sa puissance Seigneur, li baron de France.... vous crient merci, qu'il vous preigne pitié de la cité de Jerusalem Et sachiés bien veritelment, Qu'ele [tristesse] ploroit profondement : Nus [nul], tant fust durs, ne la veïst, à cui grant pitié n'en preïst On ne meffet pas en delaier le jugement por savoir se li sov…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Compassion, sentiment de commisération pour les souffrances, pour les peines d’autrui. Avoir pitié de son prochain. être touché, saisi de pitié. Son état est à faire pitié. Cela est digne de pitié. La tragédie doit exciter la terreur et la pitié. Un coeur sans pitié. On a pris pitié de sa peine, de sa misère. Regarder quelqu’un d’un oeil de pitié.

  2. Prov., Il vaut mieux faire envie que pitié.

  3. Prendre quelqu’un en pitié signifie éprouver pour quelqu’un des sentiments de compassion. Nous l’avons pris en pitié, vu sa misère.

  4. Prov., C’est grande pitié, c’est grand-pitié que de nous, c’est une étrange pitié que de nous, La condition humaine est sujette à beaucoup de misères.

  5. C’est grande pitié, c’est grand-pitié, C’est une chose très digne de pitié. C’est grande pitié de voir ce pauvre vieillard chargé d’un si lourd fardeau. Ce serait grand-pitié s’il ne trouvait pas la sécurité pour ses vieux jours.

  6. PITIÉ signifie aussi Détresse, état misérable. La grande pitié qu’il y avait au royaume de France. La grande pitié de nos églises de campagne.

  7. PITIÉ peut aussi marquer le mépris plutôt que la compassion. Il raisonne à faire pitié, Il raisonne de travers. Il chante à faire pitié, Il chante mal. Vous me faites pitié de parler ainsi. Vos menaces me font pitié. Je vous ménage, j’ai pitié de vous. C’est une pitié de voir sa façon de travailler.

  8. Regarder quelqu’un en pitié, Ne faire aucun cas de lui, le mépriser. C’est un homme follement orgueilleux, qui regarde en pitié tout le genre humain.

  9. Regarder, parler, traiter avec une pitié méprisante, Avec une apparence de pitié mêlée à des marques de mépris.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • pitiés — pluriel — /pitje/
  • pitié — singulier — /pitje/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée pitié#47579.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.