Littré (1873)
s. f.
Musette, chalumeau ; ce qui est le sens propre, tout à fait oublié aujourd'hui.
Sorte de chalumeau dont le prêtre célébrant s'est servi autrefois pour humer le vin consacré.
Tuyau terminé par une espèce de petit vase dans lequel on allume du tabac dont on aspire la fumée. Allumer sa pipe, allumer le tabac qui est dans le fourneau de la pipe. Fumer une pipe, prendre en fumée autant de tabac qu'il en peut tenir dans le fourneau de la pipe. Fig. Fumer sa pipe, en parlant d'un apoplectique, voy. FUMER 1. Je n'en fais pas plus de cas que de ma pipe, je n'en tiens aucun compte. Fig. Populairement. Casser sa pipe, mourir. Fig. Fumer sans pipe, bouillir de colère.
N'ayant d'attention qu'à sucer une pipe à tabac qui était vide il y avait plus d'une heure — Scarron (1610-1660)
Qu'une pipe à la main, sur un large sopha Mollement étendu, le pesant Moustapha.... — Voltaire (1694-1778)
Habitude, action de fumer. La pipe diminue l'appétit.
Par extension du sens de tuyau, grande futaille qui contenait un muid et demi. Pipe commune de Saumur, contenant 420 litres. Pipe Cognac, contenant 624 litres Pipe Saint-Gilles, contenant 710 litres.
Terme de serrurier. Petite cale servant à serrer une barre de fer qui passe dans une autre barre, dans une pierre, ou dans une pièce de bois.
Poisson du genre des syngnathes.
Dans la Bourgogne et le Gâtinais, on donne le nom de pipes aux narcisses et, en général, aux fleurs printanières provenant d'oignons. Pipe-de-tabac, nom vulgaire de l'aristolochia sipho, à cause de la forme de sa fleur.
Étymologie : Prov. pipa, pipe, barre, bâton, tuyau, pimpa, pipeau, musette ; espagn. pipa, sorte de mesure ; ital. pipa et piva ; du lat. pipare, crier, piauler. La série des sens est : musette, puis tuyau ; pipe à fumer, puis pipe, mesure de liquide, pipe, tonneau ; et même, dans l'ancien français et le provençal, bâton, barre. L'all. Pfeif ; angl. pipe ; isl. pîpa ; dan. pibe ; gall. et écoss. pib, viennent des langues latines.
Historique : XIIIe s. Ne ne prisent [et ils n'estiment pas] tresor deus pipes XIVe s. Et est la pippe des dites heures garnie de deux balaiz et un saphir, Hist. litt. de la France, t. XXIV, p. 370 Jehan de Montauban vendit au dit exposant une pipe de vin à la mesure du dit païs ; la quelle mesure est telle que la pipe de vin tient quatre chevaux ou sommiers chargiés de vin Il avoit desiré ou souhaidié la pipe ou musette de un varlet de la ville XVe s. Icellui Girart feri l'exposant de son plançon ou pipe un grant cop Pipes, canemeaux et flagos, Et musettes à bourdons gros Le roy Edouard fit mourir son frer…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).