s. m.
Multitude d'hommes d'un même pays et vivant sous les mêmes lois. Fig. La souveraineté du peuple, doctrine politique d'après laquelle tout pouvoir réside dans le peuple. par opposition à la doctrine du droit divin. Mon peuple, son peuple, le peuple auquel j'appartiens, il appartient.
Ces peuples si braves et si belliqueux, et que vous dites qui sont nés pour commander à tous les autres, fuient devant une armée qu'ils disaient être composée de nos cochers et de nos laquais — Voiture (1597-1648)
Chaque peuple a le sien [gouvernement] conforme à sa nature, Qu'on ne saurait changer sans lui faire une injure — Pierre Corneille (1606-1684)
Au plur. Peuples se dit quelquefois des habitants d'un État composé de diverses provinces qui n'ont pas été réunies en même temps et qui sont régies par des lois différentes. Les peuples qui composaient l'empire romain.
Multitude d'hommes qui, bien que n'habitant pas le même pays, ont une même religion ou une même origine Le peuple juif est dispersé par toute la terre. Tout le peuple chrétien.
Dans le style biblique, le peuple de Dieu, ou, absolument, le peuple, le peuple juif. Au plur. Les peuples, les nations en dehors du peuple juif. Peuple se dit aussi des chrétiens, en tant que peuple de Dieu. Le peuple-roi, l'ancien peuple romain.
J'imprimerai ma loi dans leurs entrailles, et je l'écrirai dans leur cœur ; et je serai leur Dieu, et eux ils seront mon peuple — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Tandis que les prophètes ont été pour maintenir la loi, le peuple a été négligent ; mais, depuis qu'il n'a plus eu de prophètes, le zèle a succédé — Pascal (1623-1662)
Peuple se dit par rapport au gouvernement d'un roi, d'un évêque, etc.
Je m'écarte, je vais détrôner le sophi ; On m'élit roi, mon peuple m'aime — La Fontaine (1621-1695)
Bientôt chéri de son peuple, il [le cardinal de Fleury] l'édifie par ses exemples.... il le garantit des fureurs de la guerre par sa prudence — Dortous de Mairan (1678-1771)
Habitants d'une même ville, d'un même village, etc. Tout le peuple du bourg. Il y a beaucoup de peuple dans Paris (locution vieillie), c'est-à-dire la population de Paris est très grande.
Le même peuple [de Paris] qui avait fait treize mois auparavant des feux de joie pour leur emprisonnement, en fit tous ces derniers jours pour leur liberté — Cardinal de Retz (1613-1679)
Le peuple, considéré dans les républiques comme le souverain. Il se dit d'une partie de la nation considérée au point de vue des divisions établies en politique. Le sénat et le peuple romain. Orateur du peuple, s'est dit, pendant la Révolution, des chefs des attroupements populaires qui, admis à la barre de la Convention, y prenaient la parole au nom du peuple de Paris.
Le peuple, dit-il [Platon], est un animal inconstant, ingrat, cruel, jaloux, incapable de se laisser conduire par la raison — Rollin (1661-1741)
Le peuple, qui a la souveraine puissance... — Montesquieu (1689-1755)
Il signifie quelquefois la multitude, le public considéré en son ensemble. Populairement. Se moquer du peuple, insulter à l'opinion.
Le peuple raisonne ordinairement ainsi : une chose est possible, donc elle est — Pascal (1623-1662)
Encore que les opinions du peuple soient saines, elles ne le sont pas dans sa tête, car il pense que la vérité est où elle n'est pas — Pascal (1623-1662)
La partie de la nation, considérée par opposition aux classes où il y a soit plus d'aisance, soit plus d'instruction. Le petit peuple, le menu peuple, le bas peuple, les classes tout à fait inférieures. Familièrement. Le petit peuple, les enfants.
M. le Prince était si las de tout ce qui s'appelait peuple, qu'il n'y faisait pas seulement de réflexion — Cardinal de Retz (1613-1679)
Il y a le peuple qui est opposé aux grands, c'est la populace et la multitude ; il y a le peuple qui est opposé aux sages, aux habiles, aux vertueux, ce sont les grands comme les petits — La Bruyère (1645-1696)
Par extension, foule, rassemblement. Un grand peuple, une grande foule. Particulièrement, grand nombre de personnes considérées par des côtés qui leur sont communs.
En quelque endroit que j'aille, il faut fendre la presse D'un peuple d'importuns qui fourmillent sans cesse — Boileau (1636-1711)
Je n'ai percé qu'à peine Les flots toujours nouveaux d'un peuple adorateur — Jean Racine (1639-1699)
Petits poissons qui servent à peupler un étang. Mettre du peuple dans un étang.
Rejeton au pied des arbres, des plantes.
Adj. Qui tient du peuple, qui en a le caractère, qui ne s'élève pas au-dessus de lui. En un sens défavorable. Air peuple, air commun, vulgaire. En un sens favorable. La voix du peuple est la voix de Dieu, c'est-à-dire ordinairement le sentiment général est fondé sur la vérité.
Ils [les princes lorrains] avaient si bonne mine, qu'auprès d'eux les autres princes paraissaient peuple ; l'expression est de Mme la maréchale de Rais ; cette façon de parler est un peu hardie, et un grammairien scrupuleux dirait : paraissaient bourgeois — Guez de Balzac (1597-1654)
Il faut être bien peuple pour se laisser éblouir par l'éclat qui environne les grands — Dominique Bouhours (1628-1702)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).