perte

perte

nom, féminin, /pɛʁtə/

Définitions

  1. Fait d'être privé de ce qu'on possédait ou de ne plus pouvoir le retrouver.

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  2. Mort d'un proche, ressentie comme une privation douloureuse.

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  3. Somme d'argent ou valeur disparue dans une activité, déficit.

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  4. Usage inutile d'une ressource, notamment du temps ou de l'énergie, gaspillage.

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Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (16 sens) — Académie 1935 (26 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Privation de quelque chose d'avantageux, d'agréable. Privation parce qu'on a égaré, perdu. Il se dit aussi de la privation de l'esprit, du sommeil, etc. La perte des forces.

    La perte de nos biens et de nos libertés — Pierre Corneille (1606-1684)

    Nous sommes très sensibles à la perte que vous allez faire de votre aimable Comtat — Mme de Sévigné (1626-1696)

  2. Particulièrement, se dit des personnes dont on est privé par la mort. Ma perte, la perte que j'ai faite. Je prends part à la perte que vous avez faite, voy. PART 2.

    La perte d'un époux ne va point sans soupirs — La Fontaine (1621-1695)

    Je ne pouvais faire dans l'amitié une plus grande perte [que celle de Mme de Lavardin] ; je la sens très vivement — Mme de Sévigné (1626-1696)

  3. Terme de marine. Destruction. Il y a perte d'un navire, lorsque ce navire fait naufrage, se perd ou périt.

  4. Portion perdue en choses, en argent, en espace, etc. Il y aura de la perte dans la coupe de cet habit, dans la taille de ce bois, de cette pierre, de ce marbre. Quand on range, on dit aussi qu'il y a de la perte, quand on perd de la place. Il est, dans ce commerce, tous les ans en perte de tant. Être en perte d'une somme, l'avoir perdue. Absolument. Depuis longtemps il était toujours en perte.

    Ce qu'on a le plus désiré diminue de prix dès qu'on l'obtient, et les choses ne passent pas de notre imagination à la réalité sans qu'il n'y ait de la perte — Fontenelle (1657-1757)

  5. Se dit, au jeu, de ce qui passe entre les mains de l'adversaire. Une perte de dix mille francs. Se retirer sur sa perte, quitter le jeu quand on perd ; et fig. Se retirer du monde ou des affaires après un mauvais succès.

    Ces petites pertes fréquentes sont comme les petites pluies qui gâtent bien les chemins — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Un jeu effroyable, continuel.... où l'on est transporté du désir du gain, désespéré sur la perte.... — La Bruyère (1645-1696)

  6. On le dit des hommes tués et blessés dans les batailles. Être repoussé avec perte, en parlant d'une troupe, reculer en laissant des morts, des blessés ; et fig. avoir le désavantage dans une discussion.

    Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage — Pierre Corneille (1606-1684)

    La vue des pertes de l'ennemi ne consolait pas ; elle n'était pas double de la nôtre, et leurs blessés seraient sauvés ; on se rappelait d'ailleurs que, dans une pareille position, Pierre Ier, en sacrifiant dix Russes contre un Suédois, avait cru non-seulement ne faire qu'une perte égale, mais même gagner à ce terrible marché — Philippe-Paul de Ségur (1780-1873)

  7. Il se dit de ce qui s'échappe et se perd par des pertuis. La perte du Rhône, le lieu où il s'enfonce dans un trajet souterrain, pour reparaître plus loin ; on dit aussi perdition.

    [Dans un canal] les pertes d'eau dues aux filtrations — GIRARD

    Il [le Rhône] a pénétré dans ces rochers beaucoup plus avant que dans les terres ; il les a même creusés au point de se cacher et de disparaître entièrement ; c'est là ce qu'on appelle la perte du Rhône — Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799)

  8. Perte de sang, ou, absolument, perte, écoulement de sang, chez les femmes, irrégulier et abondant (en termes techniques, métrorrhagie, hémorrhagie utérine). Perte blanche, la leucorrhée. Pertes séminales, émission involontaire du sperme.

    Vous savez tout ce que la fortune a soufflé sur la duchesse de Fontanges ; voici ce qu'elle lui garde : une perte de sang si considérable qu'elle est encore à Maubuisson, dans son lit, avec la fièvre qui s'y est mêlée ; elle commence même à enfler — Mme de Sévigné (1626-1696)

  9. Ruine en ce qui regarde le gouvernement, la fortune, la réputation, les mœurs, etc. Ce serait la perte des affaires, de l'État. La perte de son crédit, de sa fortune. Jurer, résoudre la perte de quelqu'un, jurer, résoudre sa mort, sa ruine.

    J'attends la liberté qu'ici tu m'as offerte, Afin de l'employer tout entière à ta perte — Pierre Corneille (1606-1684)

    Misérable, tu cours à ta perte infaillible — Jean Racine (1639-1699)

  10. Terme de théologie. La perte de l'âme, la damnation éternelle.

    Que devons-nous éviter avec plus de soin que la perte entière de nous-mêmes et une perte irréparable ? — Bourdaloue (1632-1704)

    Il y a des hommes qui sont mal logés.... plus mal nourris.... et qui ont ainsi trouvé le secret d'aller à leur perte par le chemin le plus pénible : ce sont les avares — La Bruyère (1645-1696)

  11. Mauvais succès, issue fâcheuse d'une affaire, etc. La perte d'une gageure, d'une partie de jeu, d'un procès, d'une bataille.

    Et nos deux frères morts.... Sont trop payés de sang pour exiger des larmes : Quand la perte est vengée, on n'a plus rien perdu — Pierre Corneille (1606-1684)

    Perte sur perte est importune — Pierre Corneille (1606-1684)

  12. Mauvais ou inutile emploi d'une chose. Voilà une grande perte de temps. La perte des occasions.

  13. À perte, loc. adv. Avec perte, en perdant. Vendre à perte. Travailler à perte, se dit d'une usine dont les produits ne suffisent pas à payer un intérêt pour les actions, et à créer un fonds d'amortissement.

  14. À perte de vue, loc. adv. voy. VUE.

  15. À perte d'haleine, jusqu'à ne pouvoir plus respirer. Courir à perte d'haleine.

  16. En pure perte, loc. adv. Sans utilité, sans résultat. On dit aussi à pure perte.

    Il y a de certaines philosophies qui sont en pure perte, et dont personne ne nous sait gré — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Ils n'aiment pas à donner en pure perte des louanges — Massillon (1663-1742)

Étymologie : Wallon, piett ; Berry, parde, parte ; provenç. perda, perdea, perdoa ; cat. perdua ; esp. perdida ; port. perda ; ital. anc. perda ; ital. mod. perdita ; du part. passif perditus, perdita, de perdere, perdre.

Historique : XIe s. De cest message nous avendra grant perte XIIe s. Dont jà la perte ne sera restorée XIIIe s. Por ce est cil fouz qui done à perte Bone aventure quant il l'ot Le [la] seconde maniere de meffès doit estre vengie par longue prison et perts d'avoir XVe s. Qu'il ne convient humilier sa face en perte [en pure perte], puisque ainsi va XVIe s. Aussi y a il des pertes [défaites] triumphantes à l'envy des victoires

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Privation de quelque chose de précieux, d’agréable, de commode, qu’on avait. Grande perte. Perte légère. La perte totale de ses biens. La perte de la vie. La perte de l’honneur. La perte de la parole. La perte de la vue. Perte de mémoire. La perte du sommeil. Perte d’appétit. La perte des bonnes grâces de quelqu’un. Perte irréparable. Faire une perte. Essuyer une perte. Réparer une perte. Il a fait de grandes pertes au jeu.

  2. En termes de Jeu, être en perte de telle somme, L’avoir perdue. Quand je suis sorti, il était en perte de mille francs; et absolument, il était en perte. Depuis six semaines, je suis toujours en perte.

  3. Se retirer sur sa perte, Quitter le jeu quand on perd; et, figurément, Se retirer du commerce du monde ou des affaires, après un mauvais succès.

  4. PERTE se dit, dans un sens particulier, en parlant des Personnes dont on est privé par la mort. La perte de son père, de sa mère, de ses proches, d’un ami. Ce jeune homme est mort hier; c’est une grande perte, une perte cruelle.

  5. Je prends part à la perte que vous avez faite, se dit à une personne qui vient de perdre un parent ou un ami, pour lui témoigner que l’on compatit à sa peine, qu’on partage son affliction.

  6. PERTE désigne aussi les Hommes tués ou blessés dans une bataille; alors il se met presque toujours au pluriel. Les pertes de l’ennemi furent plus fortes que les nôtres.

  7. être repoussé avec perte, avec pertes, se dit au propre d’une Troupe qu’on fait reculer en lui tuant du monde; et, figurément et familièrement, d’un Homme qui a un désavantage marqué dans une dispute, dans une contestation.

  8. PERTE se dit encore de Ce qui s’échappe, se perd. Une perte de gaz. Dans ce canal il y a des pertes d’eau.

  9. La perte du Rhône, Le lieu où le Rhône disparaît sous les rochers, aux environs de Belle- garde.

  10. Perte de sang, Maladie qui survient quelquefois aux femmes et qui consiste en un écoulement de sang irrégulier et abondant. Elle est sujette à des pertes de sang, à de grandes pertes de sang et, absolument, à des pertes, à de grandes pertes.

  11. PERTE signifie aussi Dommage, diminution de bien, de profit. Ce négociant a trouvé plus de perte que de profit dans cette spéculation. C’est à peine si dans cette affaire la perte est compensée par le gain, si les pertes sont couvertes par les profits. Quand il mourrait, il n’y aurait pas grand-perte.

  12. En termes de Comptabilité, Profits et pertes, Compte général où l’on inscrit les pertes et les gains de l’exercice et où l’on porte les entrées et les sorties extraordinaires. Passer une créance au compte de profits et pertes, la passer par profits et pertes, La considérer comme définitivement perdue. Figurément, Il faut passer cela par profits et pertes, Il ne faut plus en tenir compte.

  13. PERTE signifie encore Ruine, en ce qui regarde le gouvernement, la fortune, la réputation, les moeurs, etc. Ce serait la perte des affaires, de l’état. Il ne doit qu’à son imprudence la perte de son crédit, de sa fortune, de sa réputation. Ce qu’il a entrepris causera sa perte, sera sa perte. Il y trouvera sa perte. Courir à sa perte. La perte d’un navire.

  14. Jurer, résoudre la perte de quelqu’un, Résoudre, jurer sa mort, sa ruine.

  15. En termes de Théologie, La perte de l’âme, La damnation éternelle.

  16. PERTE se dit quelquefois d’un Mauvais succès, d’un événement désavantageux dans une affaire, dans une entreprise, etc. La perte d’un procès. La perte d’un pari.

  17. Il désigne aussi le Mauvais usage ou l’emploi inutile que l’on fait d’une chose. Voilà une grande perte de temps. C’est une perte irréparable que celle d’une jeunesse mal employée. La perte d’une occasion si belle ne saurait causer trop de regrets.

  18. à PERTE

  19. loc. adv.

  20. Avec perte. Vendre à perte, donner à perte, Perdre sur la marchandise que l’on vend. Travailler à perte se dit d’une Entreprise dont les profits ne couvrent pas les dépenses.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • pertes — pluriel — /pɛʁtə/
  • perte — singulier — /pɛʁtə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée perte#46649.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.