perdu
adjectif · /pɛʁdy/
Usage : fréquent (47 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Qui ne se trouve plus, qu'on ne parvient plus à retrouver : des clés perdues.
Le bureau des objets trouvés garde tous les parapluies perdus.
Synonyme : égaré.
« Il [le navire] était déjà disparu, qu'il croyait le voir encore : et, quand il fut perdu dans la vapeur de l'horizon, il s'assit dans ce lieu sauvage »Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814)
« Cicéron avait fait un ouvrage sur ce sujet [la gloire] ; quoique son livre soit perdu, il existait encore du temps de Pétrarque, qui en possédait un exemplaire.... »D'Alembert (1717-1783)
Qui ne sait plus où aller ni que faire, désorienté : se sentir perdu dans une ville inconnue.
Je me suis senti perdu dans cette grande gare.
Synonyme : désorienté.
« Tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer.... »Beaumarchais (1732-1799)
« Il faisait quelquefois prendre à son esprit un essor si haut, qu'en le voulant suivre je me trouvais insensiblement en pays perdu »Boursault (1638-1701)
Qui est voué à l'échec, irrémédiablement compromis : une cause perdue d'avance.
Avec trois buts de retard, le match semblait perdu.
Synonyme : condamné.
« Quoique depuis longtemps elle [la 1re femme de Philippe V] fût perdue d'écrouelles »Charles Pinot Duclos (1704-1772)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : à corps perdu · à fonds perdus · à ses heures perdues · à ses moments perdus · cause perdue · ce n'est pas perdu pour tout le monde · être perdu d'avance · peine perdue · qui hésite est perdu · rattraper le temps perdu · salle des pas perdus · un trou perdu
Grammaire et formes (4)
- perdues : pluriel féminin · /pɛʁdy/
- perdus : pluriel masculin · /pɛʁdy/
- perdue : singulier féminin · /pɛʁdy/
- perdu : singulier masculin · /pɛʁdy/
Témoignages historiques
Littré (1873) · 14 sens
part. passé
Dont on a été privé. Espèce perdue, espèce qui a cessé d'exister. Le mastodonte est une espèce perdue. On dit dans le même sens : un peuple perdu. Fonds perdu, voy. FONDS, n° 6.
Ma foi ! sans moi, l'argent était perdu pour luiMolière (1622-1673)
Vous n'avez qu'à faire afficher, madame : Amant perdu, trente pistoles à gagnerDancourt (1661-1725)
Qu'on ne peut plus retrouver.
Quand on voit dans l'Évangile la brebis perdue préférée par le bon pasteur à tout le reste du troupeauBossuet (1627-1704)
Qui ne sait que Madeleine la pénitente a été sa fidèle et sa bien-aimée [de Jésus].... qu'il laisse tout le troupeau dans le désert pour courir après sa brebis perdueBossuet (1627-1704)
Terme de guerre. Sentinelle perdue, sentinelle postée dans un lieu très avancé. Enfants perdus, voy. ENFANT, n° 9.
Perdu se dit de ce qui n'est pas dirigé avec précision, de ce qui est fait avec un certain hasard. Coup perdu, coup tiré au hasard. Tirer à coups perdus, tirer au hasard, ou tirer hors de portée. Faire flotter du bois à bois perdu, à bûche perdue, le jeter dans de petites rivières non navigables pour le rassembler à leurs embouchures. Ouvrage à pierres perdues, à pierre perdue, construction qu'on établit dans l'eau en y jetant de gros quartiers de pierre. À corps perdu, avec impétuosité, sans se ménager. Fig.
Le gouverneur, dès les premiers jours du siége, avait été blessé à la gorge d'un coup perduPellisson (1624-1693)
Rade que M. de la Bretonnière proposait de fermer par une digue en pierres perduesGIRARD
Perdu se dit encore de ce qui est destiné à disparaître, à ne pas être vu. Ballon perdu, aérostat qui n'est pas retenu par une corde. Puits perdu, puits dont le fonds est de sable et où l'eau se perd. Reprise perdue, reprise faite de manière à se confondre avec le tissu de l'étoffe. Pain perdu, voy. PAIN. Moulage à cire perdue, moulage dans lequel la maquette en cire est détruite par l'opération même du moulage. Terme de maçonnerie. Pierre perdue, celle qui est jetée à bain de mortier dans la maçonnerie de blocage. Terme de marine. Cheville à tête perdue, celle qui est assez enfoncée pour que sa tête soit en dedans d'un bordage. Terme de peinture. Contours perdus, ceux qui ne tranchent pas sur le fond. Terme de gravure. Taille perdue, taille affaiblie, devenue moins sensible.
Qui est écarté, placé loin des voies de communication, désert. Fig.
Charles avançait dans ces pays perdus [l'Ukraine], incertain de sa routeVoltaire (1694-1778)
Que diantre va-t-on faire dans un pays perdu comme ça ?Mme de Genlis (1746-1830)
Dont on fait un mauvais emploi. C'est temps perdu, c'est peine perdue, se dit des choses pour lesquelles on emploie inutilement du temps ou de la peine. Salle des pas perdus, voy. PAS 1, n° 20.
Après trente-trois ans sur le trône perdus, Commençant à régner, il a cessé de vivre [Louis XIII]Pierre Corneille (1606-1684)
Les plus beaux jours de la vie Sont perdus sans les amoursPhilippe Quinault (1635-1688)
Qui demeure sans emploi, inutile. Perdu pour, dont on ne tire pas profit. Perdu pour, se dit aussi des personnes. Moments perdus, heures perdues, moments, heures de loisir d'une personne ordinairement fort occupée. C'est du bien perdu, se dit de tout ce qui survient d'agréable ou d'utile pour une personne qui ne sait pas ou qui ne peut pas en profiter.
Et j'ai pitié de voir tant de bonté perduePierre Corneille (1606-1684)
Il n'y avait rien de perdu dans sa conversationAntoine Hamilton (1646-1720)
Où on a eu le désavantage.
Je sais que sa brigade, à peine descendue, Rétablit à nos yeux la bataille perduePierre Corneille (1606-1684)
Qui est atteint sans ressource dans sa vie, dans sa fortune. Perdu auprès de, perdu dans l'esprit de, qui a perdu la bonne opinion qu'on lui accordait. Être perdu d'honneur, de réputation, avoir perdu l'honneur, la réputation. Perdu de goutte, de rhumatisme, dont la constitution est ruinée par la goutte, par le rhumatisme. Un homme perdu, un homme dont la vie ne laisse plus d'espérance. Il a une attaque d'apoplexie ; c'est un homme perdu. Un homme perdu, un homme sans ressources. Par exagération. Être perdu, encourir blâme, reproche. Un homme perdu, un homme sans moralité. Une femme perdue, une femme sans mœurs. C'est une tête perdue, c'est une personne égarée par la folie ou la passion.
Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimesPierre Corneille (1606-1684)
Un homme extrêmement perdu de consciencePascal (1623-1662)
Il se dit des choses auxquelles il n'y a plus de remède.
Pourvu que les ruines de votre tête se puissent réparer, il n'y a rien de perdu jusqu'iciGuez de Balzac (1597-1654)
Quoi ! ce n'est que cela ? je croyais tout perdu de crier de la sorteMolière (1622-1673)
Qui a disparu, qui ne peut plus être aperçus retrouvé.
Ou perdu dans la foule obscureJean-Baptiste Rousseau (1671-1741)
Tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer....Beaumarchais (1732-1799)
Absorbé, plongé.
Eudice, Statire étaient perdues dans la douleurMontesquieu (1689-1755)
Perdu dans cet abîme de pensées désolantes, il [Napoléon] tombe dans une si grande contention d'esprit qu'aucun de ceux qui l'approchent n'en peut tirer une parolePhilippe-Paul de Ségur (1780-1873)
Substantivement. Comme un perdu, comme un homme dont la tête est perdue.
Objet qui les fit rire tous, Comme des perdus ou des fousScarron (1610-1660)
Pour la Mousse il court comme un perduMme de Sévigné (1626-1696)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
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