perdu
adjectif, /pɛʁdy/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (14 sens)
Littré (1873)
part. passé
Dont on a été privé. Espèce perdue, espèce qui a cessé d'exister. Le mastodonte est une espèce perdue. On dit dans le même sens : un peuple perdu. Fonds perdu, voy. FONDS, n° 6.
Ma foi ! sans moi, l'argent était perdu pour lui — Molière (1622-1673)
Vous n'avez qu'à faire afficher, madame : Amant perdu, trente pistoles à gagner — Dancourt (1661-1725)
Qu'on ne peut plus retrouver.
Quand on voit dans l'Évangile la brebis perdue préférée par le bon pasteur à tout le reste du troupeau — Bossuet (1627-1704)
Qui ne sait que Madeleine la pénitente a été sa fidèle et sa bien-aimée [de Jésus].... qu'il laisse tout le troupeau dans le désert pour courir après sa brebis perdue — Bossuet (1627-1704)
Terme de guerre. Sentinelle perdue, sentinelle postée dans un lieu très avancé. Enfants perdus, voy. ENFANT, n° 9.
Perdu se dit de ce qui n'est pas dirigé avec précision, de ce qui est fait avec un certain hasard. Coup perdu, coup tiré au hasard. Tirer à coups perdus, tirer au hasard, ou tirer hors de portée. Faire flotter du bois à bois perdu, à bûche perdue, le jeter dans de petites rivières non navigables pour le rassembler à leurs embouchures. Ouvrage à pierres perdues, à pierre perdue, construction qu'on établit dans l'eau en y jetant de gros quartiers de pierre. À corps perdu, avec impétuosité, sans se ménager. Fig.
Le gouverneur, dès les premiers jours du siége, avait été blessé à la gorge d'un coup perdu — Pellisson (1624-1693)
Rade que M. de la Bretonnière proposait de fermer par une digue en pierres perdues — GIRARD
Perdu se dit encore de ce qui est destiné à disparaître, à ne pas être vu. Ballon perdu, aérostat qui n'est pas retenu par une corde. Puits perdu, puits dont le fonds est de sable et où l'eau se perd. Reprise perdue, reprise faite de manière à se confondre avec le tissu de l'étoffe. Pain perdu, voy. PAIN. Moulage à cire perdue, moulage dans lequel la maquette en cire est détruite par l'opération même du moulage. Terme de maçonnerie. Pierre perdue, celle qui est jetée à bain de mortier dans la maçonnerie de blocage. Terme de marine. Cheville à tête perdue, celle qui est assez enfoncée pour que sa tête soit en dedans d'un bordage. Terme de peinture. Contours perdus, ceux qui ne tranchent pas sur le fond. Terme de gravure. Taille perdue, taille affaiblie, devenue moins sensible.
Qui est écarté, placé loin des voies de communication, désert. Fig.
Charles avançait dans ces pays perdus [l'Ukraine], incertain de sa route — Voltaire (1694-1778)
Que diantre va-t-on faire dans un pays perdu comme ça ? — Mme de Genlis (1746-1830)
Dont on fait un mauvais emploi. C'est temps perdu, c'est peine perdue, se dit des choses pour lesquelles on emploie inutilement du temps ou de la peine. Salle des pas perdus, voy. PAS 1, n° 20.
Après trente-trois ans sur le trône perdus, Commençant à régner, il a cessé de vivre [Louis XIII] — Pierre Corneille (1606-1684)
Les plus beaux jours de la vie Sont perdus sans les amours — Philippe Quinault (1635-1688)
Qui demeure sans emploi, inutile. Perdu pour, dont on ne tire pas profit. Perdu pour, se dit aussi des personnes. Moments perdus, heures perdues, moments, heures de loisir d'une personne ordinairement fort occupée. C'est du bien perdu, se dit de tout ce qui survient d'agréable ou d'utile pour une personne qui ne sait pas ou qui ne peut pas en profiter.
Et j'ai pitié de voir tant de bonté perdue — Pierre Corneille (1606-1684)
Il n'y avait rien de perdu dans sa conversation — Antoine Hamilton (1646-1720)
Où on a eu le désavantage.
Je sais que sa brigade, à peine descendue, Rétablit à nos yeux la bataille perdue — Pierre Corneille (1606-1684)
Qui est atteint sans ressource dans sa vie, dans sa fortune. Perdu auprès de, perdu dans l'esprit de, qui a perdu la bonne opinion qu'on lui accordait. Être perdu d'honneur, de réputation, avoir perdu l'honneur, la réputation. Perdu de goutte, de rhumatisme, dont la constitution est ruinée par la goutte, par le rhumatisme. Un homme perdu, un homme dont la vie ne laisse plus d'espérance. Il a une attaque d'apoplexie ; c'est un homme perdu. Un homme perdu, un homme sans ressources. Par exagération. Être perdu, encourir blâme, reproche. Un homme perdu, un homme sans moralité. Une femme perdue, une femme sans mœurs. C'est une tête perdue, c'est une personne égarée par la folie ou la passion.
Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes — Pierre Corneille (1606-1684)
Un homme extrêmement perdu de conscience — Pascal (1623-1662)
Il se dit des choses auxquelles il n'y a plus de remède.
Pourvu que les ruines de votre tête se puissent réparer, il n'y a rien de perdu jusqu'ici — Guez de Balzac (1597-1654)
Quoi ! ce n'est que cela ? je croyais tout perdu de crier de la sorte — Molière (1622-1673)
Qui a disparu, qui ne peut plus être aperçus retrouvé.
Ou perdu dans la foule obscure — Jean-Baptiste Rousseau (1671-1741)
Tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer.... — Beaumarchais (1732-1799)
Absorbé, plongé.
Eudice, Statire étaient perdues dans la douleur — Montesquieu (1689-1755)
Perdu dans cet abîme de pensées désolantes, il [Napoléon] tombe dans une si grande contention d'esprit qu'aucun de ceux qui l'approchent n'en peut tirer une parole — Philippe-Paul de Ségur (1780-1873)
Substantivement. Comme un perdu, comme un homme dont la tête est perdue.
Objet qui les fit rire tous, Comme des perdus ou des fous — Scarron (1610-1660)
Pour la Mousse il court comme un perdu — Mme de Sévigné (1626-1696)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Grammaire et formes (4)
- perdues — pluriel féminin — /pɛʁdy/
- perdus — pluriel masculin — /pɛʁdy/
- perdue — singulier féminin — /pɛʁdy/
- perdu — singulier masculin — /pɛʁdy/
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