v. a.
Trouver en réfléchissant, imaginer, combiner (ce qui est le sens le plus voisin du latin pensare, peser, méditer). J'ai pensé une chose qui vous tirera d'affaire. S'imaginer.
Entendre vos raisons, qui se rapportent fort à celles qu'on a déjà pensées — Mme de Sévigné (1626-1696)
Ne puis-je pas penser après eux [Horace et Boileau] une chose vraie, et que d'autres encore penseront après moi ? — La Bruyère (1645-1696)
Avoir dans l'esprit.
Enfin, que ne pense-t-on point quand on pense toujours, avec beaucoup de silence et de loisir ? — Mme de Sévigné (1626-1696)
La liberté qu'on se donne de penser tout ce qu'on veut [en fait de religion], fait qu'on croit respirer un air nouveau — Bossuet (1627-1704)
Dans le style philosophique. Penser une chose, en faire une pensée, une idée. Dans un style élevé et hardi, penser des pensées, entretenir certaines pensées.
Je pense les choses telles qu'elles sont, et elles se trouvent conformes à ma pensée, car elles sont comme je les pense — Bossuet (1627-1704)
Les âmes des hommes que l'Eternel créa par sa seconde idée après avoir pensé les anges — Chateaubriand (1768-1848)
Croire, juger. Je pense mes raisons meilleures que les vôtres. Je ne sais qu'en penser. Il est difficile d'en penser du bien. Je n'en pense ni bien ni mal. Ne pas savoir que penser d'une personne, d'une chose, ne pas pouvoir s'en former une opinion. À ce que je pense, suivant mon idée.
Car, soit que je vous pense ingrate ou secourable — Mathurin Régnier (1573-1613)
Nous apprendrons ce que nous devons penser de nos afflictions — Massillon (1663-1742)
V. n. Exercer son esprit en combinant des idées.
....Les Anglais pensent profondément ; Leur esprit, en cela, suit leur tempérament ; Creusant dans les sujets et forts d'expériences, Ils étendent partout l'empire des sciences — La Fontaine (1621-1695)
Ils [les compilateurs] ne pensent point : ils disent ce que les auteurs ont pensé — La Bruyère (1645-1696)
Former en son esprit des pensées, des idées. Penser finement, noblement, avoir des pensées fines, nobles. Penser subtilement, avoir des pensées subtiles.
Je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ; et, remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais — Descartes (1596-1650)
Il disait que nous ne pouvions avoir d'idées que de ce qui avait passé par nos sens ; mon fils disait que nous pensions indépendamment de nos sens : par exemple, nous pensons que nous pensons — Mme de Sévigné (1626-1696)
Croire, juger. Vous n'en êtes pas où vous pensez, c'est-à-dire vous vous mécomptez grandement.
Le plus âne des trois n'est pas celui qu'on pense — La Fontaine (1621-1695)
Le péril est pressant plus que vous ne pensez — Jean Racine (1639-1699)
Avoir telle ou telle opinion, manière de voir. Liberté de penser, la liberté de professer les opinions que l'on croit bonnes. Façon de penser, opinion, jugement. Familièrement. Dire à quelqu'un sa façon de penser, lui exprimer sans ménagement ce qu'on pense, lui faire des reproches, des remontrances. Penser tout haut, faire connaître sans réticence ce qu'on a dans l'esprit, ne pas se gêner pour exprimer son opinion. Penser bien, mal de, avoir bonne, mauvaise opinion de. Bien penser, mal penser, avoir en religion, en morale, en politique des sentiments conformes ou contraires aux véritables principes. Particulièrement. Penser bien, avoir des opinions réputées orthodoxes ou favorables à l'ordre établi ; penser mal, avoir des opinions contraires.
Nos caractères se ressemblent, il pense comme moi — Marivaux (1688-1763)
Si César et Pompée avaient pensé comme Caton, d'autres auraient pensé comme firent César et Pompée — Montesquieu (1689-1755)
Réfléchir. Il y a beaucoup à penser, c'est une affaire qui exige attention, précaution. Donner à penser, faire réfléchir, faire rentrer en soi-même.
Franchement, des plaisirs, des biens de cette sorte Ne sont pas, quand on pense, une chaîne bien forte — Gresset (1709-1777)
Comme il y a beaucoup à penser, je pense beaucoup aussi, et par malheur bien inutilement — Mme de Sévigné (1626-1696)
Raisonner.
Il faut chercher seulement à penser et à parler juste — La Bruyère (1645-1696)
Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons expliqué la génération des idées ; dans la seconde, nous avons fait voir comment on doit conduire son esprit : c'est tout ce que renferme l'art de penser — CONDIL.
Penser suivi, sans préposition, d'un verbe à l'infinitif, avoir une idée, une opinion dans l'esprit. S'imaginer. Espérer, se flatter. En ce sens il se construit aussi avec que.
Pardonnez-moi, grands dieux, si je me suis trompée, Quand j'ai pensé chérir un neveu de Pompée — Pierre Corneille (1606-1684)
Nous pensions partir aujourd'hui, ma chère fille, mais ce ne sera que demain — Mme de Sévigné (1626-1696)
Penser suivi de à, avec un substantif ou un verbe, réfléchir à, songer à, se souvenir de. Sans y penser, naturellement, sans effort. Pensez à moi, voy. MYOSOTIS. On a dit penser de. Voiture a dit penser en. Avoir en vue, avoir dessein. Penser à mal, avoir quelque mauvaise intention. Faire ou dire une chose sans penser à mal, la faire, la dire sans mauvaise intention. Ne pas se risquer à. Prendre garde. Vous avez des ennemis, pensez à vous. Aspirer. Penser à une personne, s'en occuper en idée d'amour, de mariage.
Et sans penser aux biens où le vulgaire pense — Mathurin Régnier (1573-1613)
Par un prompt sacrifice expiez tous vos crimes ; Et surtout pensez bien au choix de vos victimes — Pierre Corneille (1606-1684)
Être sur le point de, en parlant des personnes et des choses. Impersonnellement. Au sens d'être sur le point, penser se construit sans préposition, avec le verbe à l'infinitif ; Mme de Sévigné a péché contre cet usage :
Ce chien, voyant sa proie en l'eau représentée, La quitta pour l'image, et pensa se noyer — La Fontaine (1621-1695)
Mon tailleur m'a envoyé des bas de soie que j'ai pensé ne mettre jamais — Molière (1622-1673)
Se penser, v. réfl. Croire de soi, sur son compte. Être pensé. Cela se pensait en secret.
Qu'ils sachent que toutes les autres choses dont ils se pensent peut-être plus assurés, comme d'avoir un corps, sont moins certaines [que la notion de Dieu] — Descartes (1596-1650)
Je ne me pensais pas si fort dans sa mémoire — Pierre Corneille (1606-1684)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).