pays
nom, masculin, /pei/ ou /pɛi/
Définitions
Territoire d'une nation ; contrée. Désigne aussi la région d'origine : le pays natal.
Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — relu en interne · méthode.
Voir aussi : forme féminine payse
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (11 sens) — Académie 1935 (25 sens)
Littré (1873)
s. m.
Région, contrée. Pays plat, pays de plaine, par opposition à pays montueux. Plat pays, la campagne par opposition aux lieux fortifiés. Le haut pays, la partie montagneuse d'une contrée. Terme de chasse. Grand pays, grand bois, grande étendue de terrain dans laquelle on chasse. Pays de chicane, nom que les militaires donnent à des terrains entrecoupés, accidentés, propres à une guerre d'embuscades. Courir le pays, aller çà et là dans un pays. Fig. Courir le pays, être l'objet du bruit public. Passer pays, traverser un canton. Gagner pays, du pays, voy. GAGNER, n° 14. Tirer pays, s'en aller, s'enfuir, voy. TIRER. Battre du pays, parcourir beaucoup de lieux différents. Fig. Battre du pays, traiter beaucoup de sujets différents. Terme de guerre. Battre le pays, l'explorer. Voir le pays, parcourir un pays pour l'examiner. Voir du pays, voyager. Fig. Faire voir du pays à un homme, lui donner de l'exercice, de la peine, lui susciter beaucoup d'affaires. À vue de pays, voy. VUE. Fig. Savoir la carte du pays, connaître les gens avec qui l'on a à faire. Être en pays de connaissance, se trouver parmi les gens de sa connaissance, et aussi connaître ce dont il s'agit. Familièrement et fig. De quel pays venez-vous ? se dit à celui qui ignore une nouvelle, une chose connue de tout le monde.
Des pays sont tous de maçons, d'autres tous de soldats — Pascal (1623-1662)
Leurs années [des hommes] se poussent comme des flots ; ils ne cessent de s'écouler, tant qu'enfin après avoir fait un peu plus de bruit et traversé un peu plus de pays les uns que les autres.... — Bossuet (1627-1704)
Pays considéré par rapport à certaines conditions politiques ou administratives. Pays d'états, provinces de France où la noblesse, le clergé et la bourgeoisie nommaient des états provinciaux qui accordaient et asseyaient les impôts. Pays d'élection, provinces où les impositions étaient assises par les élus et autres officiers créés à cet effet. Pays d'obédience, provinces où le pape nommait à certains bénéfices. Pays de concordat, se disait des provinces où les matières bénéficiales devaient être réglées selon le concordat fait entre François Ier et Léon X. Pays de franc-salé, provinces qui étaient exemptes de la gabelle. Pays conquis, les conquêtes faites par la France depuis Louis XIII. Pays coutumier, provinces où l'on suivait une coutume locale. Pays de droit écrit, provinces où l'on décidait les affaires par l'autorité du droit romain. Pays de sapience, nom donné à la Normandie, parce que la coutume des Normands était une des plus sages de France. Pays rouges, pays où existaient les cours vehmiques.
Particulièrement. Région, contrée, ville où l'on est né, patrie. Absolument. Le pays, la patrie. On a accusé de néologisme pays pour patrie : Les exemples ci-dessus montrent que l'accusation est mal fondée. Fig. et familièrement. Il est bien de son pays, il est bien simple, bien malavisé (locution provenant de ce qu'il n'y a rien qui forme tant les hommes que les voyages).
Avant que d'être à vous, je suis à mon pays — Pierre Corneille (1606-1684)
Préparez-vous à voir vos pays désolés — Pierre Corneille (1606-1684)
Plus particulièrement encore. Le canton, la localité où l'on est né (sens le plus voisin de la signification étymologique) ; en cet emploi, il se dit d'ordinaire sans adjectif possessif. Vin de pays, vin recueilli dans le canton, lorsque le canton n'a pas un cru renommé. Des grammairiens condamnent l'Académie et veulent qu'on dise vin du pays ; mais l'Académie n'a fait qu'enregistrer l'usage ; puis vin de pays et vin du pays ne sont pas synonymes : le vin du pays, c'est le vin du pays dans lequel je suis, un vin du voisinage ; vin de pays est un vin du voisinage, mais sans renommée. Cheval de pays, celui dont la race est originaire du pays. Mal du pays, désir violent et qui rend malade, de revoir le canton où l'on est né (voy. NOSTALGIE).
Il est certain que, si elle n'avait pas été mangée, elle serait revenue au pays — Voltaire (1694-1778)
Tant qu'au pays le cousin restera — Louis-Benoît Picard (1769-1828)
Par catachrèse et populairement. Celui qui est du même pays, du même canton. Au féminin, payse.
Mon cher pays, secourez-moi, lui-dis-je — Voltaire (1694-1778)
C'est une bonne femme qui verra avec plaisir un pays de son fils et de son mari — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Les habitants mêmes du pays. Chaque pays a ses usages, ses mœurs. Pays légal, nom donné, dans le langage parlementaire, à l'ensemble des citoyens qui remplissent les conditions du cens électoral, par opposition à suffrage universel.
Fig. Un pays perdu, une localité éloignée, un lieu où il y a peu de ressources, un quartier éloigné du centre des affaires ou de la société.
Où la vas-tu chercher [la gloire] ? ce temple prétendu, Pour parler ton jargon, n'est qu'un pays perdu — Alexis Piron (1689-1773)
À Paris, le pays latin, le quartier où sont la plupart des colléges. Pays de cocagne, lieu où l'on a tout à souhait (voy. COCAGNE).
Les rois du pays latin Ont pour sceptre une férule — MAYNARD
Ce qui est mien, ce qui est sien, ce qui est vôtre sont des expressions venues du quartier de l'Université, qu'on appelle autrement le pays latin — CAILLIÈRES
Fig. Il se dit de tout ce que l'on compare à un pays. Le pays d'où l'on ne revient pas, le tombeau, la mort.
Mais puisque nous voici dedans les Tuileries, Le pays du beau monde et des galanteries — Pierre Corneille (1606-1684)
Quelque découverte que l'on ait faite dans le pays de l'amour-propre, il y reste encore bien des terres inconnues — La Rochefoucauld (1613-1680)
Familièrement et par plaisanterie. Une partie du corps. Le pays, les pays d'en bas, les parties inférieures du corps.
Parlez-moi un peu de votre santé en détail ; car vous avez des pays, hélas ! où il s'est fait autrefois de grands ravages — Mme de Sévigné (1626-1696)
Les Pays-bas, la Belgique et la Hollande. Par plaisanterie. Les Pays-bas, les parties inférieures du corps.
Par cas fortuit, l'enfant de chœur Lucas Avait usé l'étui des Pays-bas — Gresset (1709-1777)
Étymologie : Bourg. poyi, paï ; provenc. pays, pais, paes, pahis ; espagn. pais ; portug. paiz ; ital. paese. Les formes en es, ese viennent du latin pagensis ; les formes en is viennent de pagesius, tous deux dérivés de pagus, canton : ager pagensis ou pagesius, territoire d'un canton, d'où, par extension, région, patrie.
Historique : XIe s. En cest païs nous est venuz confondre XIIe s. Chascun plore sa terre et son païs, Quant il se part de ses coraus amis [amis de cœur] Alemaigne [ils] ont destruite, le grant païs plenier XIIIe s. Mout a eü grant guerre au païs longuement Par estrange païs [je] quiers mon chevissement [ma subsistance] Tout li païs i ert [était] venus communement XVe s. Le pays d'Angleterre estoit en branle et en differend l'un contre l'autre Alez vous en, prenez païs, Yver, vous ne demourrez plus Et ferma ledit conte un grand pays de son charroy et de son artillerie, et mist tout son ost dedans XVIe s. Ce…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. m.
Territoire d’un peuple, d’une nation. Pays riche, florissant. Pays catholique. Pays protestant. Pays civilisé. En pays nègre. Voyager en pays étranger. Il a visité tous les pays du monde. Chaque pays a ses usages, ses moeurs, ses habitudes. Telle est la coutume, tel est l’usage constant du pays.
Pays d’états se disait des Provinces de France où les impositions étaient consenties et réparties par l’assemblée des états; Pays d’élection, de Celles où les impositions étaient réparties par des agents du pouvoir central appelés élus.
Pays d’obédience se disait des Provinces où le pape nommait à certains bénéfices.
Pays coutumier se disait du Pays où l’on suivait une coutume provinciale ou locale; et Pays de droit écrit, du Pays où l’on suivait le droit romain.
Le pays latin s’est dit à Paris du Quartier où se trouvent la Sorbonne et la plupart des écoles. On dit plutôt aujourd’hui le Quartier latin.
Fig., Pays de cocagne, Pays où tout abonde, où l’on fait bonne chère à bon marché.
PAYS signifie, par extension, Patrie ou Province natale. La France est mon pays. Mourir pour le salut de son pays. Aimer son pays. L’amour du pays. Défendre, sauver son pays. Il n’est jamais sorti de son pays. Quitter son pays. Retourner dans son pays. De quel pays êtes-vous? Je suis né en Touraine : c’est mon pays.
Fig., Cet homme est bien de son pays, Il a bien le caractère des gens de son pays. Il signifie aussi : Il est bien simple, bien crédule. Vraiment vous êtes bien de votre pays pour croire de pareilles absurdités.
Prov., Nul n’est prophète en son pays, Un homme de mérite est souvent moins considéré dans son pays que dans tout autre.
PAYS désigne aussi, dans un sens restreint, le Village auquel on appartient. Aller au pays. Descendre au pays. Il est familier, excepté dans cette phrase : Avoir le mal du pays, être triste, abattu, malade parce qu’on est éloigné de son pays et qu’on désire vivement y retourner.
PAYS signifie aussi Région, contrée. Pays à blé. Pays de bois. Pays de chasse. Pays gras, maigre, riche, pauvre, stérile, fertile, inculte. Pays montagneux, marécageux. Pays chaud, froid, humide. Pays peuplé. Haut pays. Bas pays.
Pays plat, Pays de plaines, par opposition à Pays montueux; et Plat pays, La campagne.
Vin de pays, Petit vin qu’on boit dans le pays où il a été récolté. Voilà d’assez bon vin pour du vin de pays.
Gagner pays, Avancer, faire du chemin. La nuit vient, gagnons pays.
En termes de Guerre, Battre le pays, Explorer, reconnaître le pays.
Battre du pays, Voir, parcourir beaucoup de lieux différents; et, figurément, Traiter beaucoup de sujets différents.
Voir du pays, Voyager.
Fig. et fam., Faire voir du pays à une personne, L’obliger à prendre bien de la peine, lui susciter beaucoup d’embarras. Il signifie aussi, par extension, Entraîner une personne plus loin qu’elle ne l’eût voulu.
Fig. et fam., Savoir la carte du pays, Connaître les gens avec qui on doit vivre.
Fig., être en pays de connaissance, Se trouver parmi des gens de sa connaissance. Il s’applique aussi en général à Toutes les choses que l’on connaît.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (1)
- pays — forme de base — /pei/ ou /pɛi/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée pays#46161.