pauvreté
nom, féminin, /povʁəte/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (5 sens)
Littré (1873)
s. f.
Manque de biens. Il s'attache à lui comme la pauvreté à un pauvre homme, il ne le quitte pas.
Encore qu'ils [les riches] voient tous les jours non tant des pauvres et des misérables, que la misère elle-même et la pauvreté en personne, pleurante et gémissante à leur porte — Bossuet (1627-1704)
La pauvreté n'était pas un mal pour eux [les Romains] ; au contraire, ils la regardaient comme un moyen de garder leur liberté plus entière, n'y ayant rien de plus libre ni de plus indépendant qu'un homme qui sait vivre de peu — Bossuet (1627-1704)
Terme de dévotion. Pauvreté évangélique, la renonciation volontaire aux biens temporels. Pauvreté d'esprit, le détachement entier des biens de la terre. Pauvreté d'esprit, se dit aussi, dans le langage général, du manque d'esprit.
J'aime la pauvreté, parce que Jésus-Christ l'a aimée — Pascal (1623-1662)
Enfin, de la manière dont nous avons vu commencer cette hérésie [des Vaudois], il semble que Valdo ait eu d'abord un bon dessein ; que la gloire de la pauvreté dont il se vantait ait séduit et lui et ses sectateurs — Bossuet (1627-1704)
Fig. La pauvreté de la langue, l'absence des termes et des tours nécessaires pour exprimer la pensée.
L'extrême pauvreté des langues américaines annonce l'imperfection des peuples qui les parlent — Charles Bonnet (1720-1793)
Fig. État de ce qui est chétif, de peu de valeur.
Tâcher d'ennoblir la pauvreté des moyens par l'importance des objets : voilà toute la politique, ou je meure ! — Beaumarchais (1732-1799)
Si Lucrèce eût exprimé ce qu'on savait alors de positif, nous aurions aujourd'hui le plaisir, en le lisant, de comparer la pauvreté des connaissances anciennes avec la richesse des connaissances modernes — Jacques Delille (1738-1813)
Fig. Au plur. Chose basse, sotte, ridicule, qu'on dit ou qu'on fait. Il se dit aussi en ce sens au singulier.
Vous dites contre nous certaines pauvretés Qui me faisant rougir.... Je dis des vérités — Hauteroche (1617-1707)
Et les soins où je vois tant de femmes sensibles, Me paraissent aux yeux des pauvretés horribles — Molière (1622-1673)
Il se dit de ce qui est commun, plat, mauvais dans les ouvrages littéraires. Dans les beaux-arts, les formes petites, les détails minutieux, les accidents vulgaires qu'il est de l'essence de l'art d'agrandir ou de négliger.
[Elle] Pèse sans passion Chapelain et Virgile, Remarque en ce dernier beaucoup de pauvretés — Boileau (1636-1711)
Le public pardonne ces pauvretés aux gens à talent, parce que le public ne songe qu'à s'amuser — Voltaire (1694-1778)
Étymologie : Wallon, povrité ; picard, pauverté ; Berry, paureté, pauverté, poureté ; bourguig. pôvretai ; provenç. paupretat, paubretat, pauretat ; anc. catal. pobretat ; anc. espagn. pobredad ; ital. povertà : du lat. paupertatem. L'ancien français a deux formes : povreté et poverte ; le 1er vient de paupertátem, accent sur tá ; le 2e, de paupértas, accent sur pér.
Historique : XIIe s. [Gens] ki un petit enfant aorent, ki despitaules [méprisable] est.... par la poverteit des siens XIIIe s. Je Engerrans.... ai vendu bien et loiaument.... cheste [cette] devant dite vente j'ai fait par poverté et pour le [la] soustenanche de moi, de me femme et de nos enfans ; lequele [la quelle] poverté fu souffisamment prouvée en le [la] court noble homme le conte de Pontieu Dont doi je prendre en gré se j'ai froid et pouverte La terre meïsmes s'orgoille Por la rousée qui la moille, Et oublie la poverté, Où ele a tot l'yver esté ....Et sont autres choses que chascuns redoute, si comme…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. f.
Indigence, manque des choses nécessaires à la vie. Tomber dans une extrême pauvreté. Tirer quelqu’un de la pauvreté. Par extension, Cette région est d’une grande pauvreté.
Prov., Pauvreté n’est pas vice, Pour être pauvre, on n’est pas malhonnête homme.
En termes de Dévotion, Pauvreté évangélique, La renonciation volontaire aux biens temporels, suivant le conseil de l’évangile. Pauvreté d’esprit, Le détachement entier des biens de la terre.
Il se dit aussi figurément et désigne l’état de ce qui est insuffisant. L’abondance des mots couvre mal la pauvreté de la pensée. La pauvreté de la langue. Il a montré la pauvreté de son esprit.
PAUVRETÉ se dit encore, figurément et familièrement, de Certaines choses insignifiantes qu’on dit ou qu’on fait, de Ce qui est commun, plat, mauvais, dans les oeuvres littéraires ou artistiques. Un grand diseur de pauvretés. Il y a dans cet ouvrage beaucoup de pauvretés.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- pauvretés — pluriel — /povʁəte/
- pauvreté — singulier — /povʁəte/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée pauvreté#46131.