pas

pas

adverbe, /pa/

Voir aussi : variante

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (7 sens)

Littré (1873) — entrée 2

adv.

  1. Il renforce la négation ne. Interrogativement. Abusivement, pas nie quelquefois, même sans ne, dans les phrases interrogatives. Cette suppression de ne est une licence qui se prend surtout en vers.

    Je ne vous réponds pas des volontés d'un père — Molière (1622-1673)

    Il n'eut pas fait une lieue qu'il en fut convaincu — Antoine Hamilton (1646-1720)

  2. On supprime pas et point devant ni, rien, jamais, plus, aucun, parce que ces mots sont autant de compléments de la négation ne : Je ne l'aime ni ne l'estime ; cela ne vaut rien ; je ne le verrai jamais ; je ne lui parlerai plus. Mais pas, qui ne se met point avec aucun, rien, personne, jamais, etc. dans un même membre de phrase, se met très bien avec ces mots, d'un membre de phrase à l'autre, ou même, simplement, avec l'intervalle de quelques mots. En cette affaire vous n'avez pas lieu de craindre personne. Je ne vois pas que je puisse y prétendre jamais.

    Autrefois j'ai connu cet honnête garçon ; Et vous n'avez pas lieu d'en prendre aucun soupçon — Molière (1622-1673)

    C'est pourquoi désormais il la gardera bien, Et je ne vois pas lieu d'y prétendre plus rien — Molière (1622-1673)

  3. Pas se met négativement devant les substantifs, les noms de nombre, etc. par un abus né de la rapidité du langage qui sous-entend la négation et le verbe. Pas d'argent, pas de Suisses. Pas se met négativement devant plusieurs adverbes, dans une réponse négative. Avez-vous de l'argent ? Pas trop, pas beaucoup. Il s'emploie de même hors de toute réponse (emploi qui s'autorise d'un assez grand usage, mais qui reste toujours suspect d'incorrection ; non, en ce cas, est préférable à pas). Terme de marine. Pas au vent ! Pas plus au vent ! commandement pour interdire au timonier de gouverner au vent du point du compas où est le cap au moment même. Dans le langage le plus familier ; pas vrai ? se dit pour : n'est-il pas vrai ? Vous m'aimez, pas vrai ? Populairement. Un pas grand' chose, un homme qui ne vaut guère.

    Pauvre esprit, pas deux mots ! — Molière (1622-1673)

    Vous vivrez sans joug et sans règles ; pas le plus petit retour sur vous-même — Massillon (1663-1742)

  4. Pas se place après le verbe simple : je n'aime pas, et, dans les temps composés, après l'auxiliaire : je n'ai pas fini, il n'est pas venu. Pas se place ordinairement avant l'infinitif. Il vaut mieux ne pas parler. On le place aussi, bien que plus rarement, après l'infinitif. Dans le style marotique, pas peut se mettre au commencement de la phrase.

    Ne vous obéir pas me rendrait criminelle — Pierre Corneille (1606-1684)

    Peut-on en le voyant ne le connaître pas ? — Jean Racine (1639-1699)

  5. Pas un, voy. UN. Pas, avec ni, voy. NI, n° 6 et n° 7. Non pas, voy. NON, n° 5. Non pas après un que de comparaison ; voy. NON, n° 5. Non pas que, ce n'est pas que. Il se déclara contre lui, non pas qu'il fût son ennemi, mais....

  6. Il n'est pas que.... ne (ce second ne étant dans la seconde proposition), signifie : sans doute.

    Il n'est pas que vous ne confessiez quelqu'un — Pascal (1623-1662)

  7. Pas aussi, avec le sens de ce que nous rendons maintenant par pas non plus.

    Nous ne voulons pas que les autres nous trompent.... il n'est donc pas juste aussi que nous les trompions — Pascal (1623-1662)

    Je ne suis pas un être nécessaire ; je ne suis pas aussi éternel ni infini — Pascal (1623-1662)

Étymologie : Provenç. et catal. pas. C'est le substantif pas pris pour renforcer la négation, comme les substantifs point, mie, goutte, brin, etc. Dans l'exemple suivant qui est du XIIe siècle, le caractère du substantif est manifestement conservé : Mun defens [ma défense] un pas ne gardas ; Delivrement le trespassas

Historique : XIe s. Vous n'irez pas uan [cette année] de mei si loin XIIe s. Douce dame, je ne vous os [ose] rover [demander] Ce dont amors ne me rove pas taire N'est pas amors dont on se puet mouvoir XIIIe s. Chanter m'estuet [il me faut chanter], que m'en est pris courage, Non pas pour ce que d'amors me soit rien Sa femme [il] enmene o lui, ne l'i a pas laissie Cil n'ont mort deservie, à ce pas ne pensons [ne pensons pas à cela] XVIe s. La plus belle royne vient-elle pas de mourir ? Il ne s'en est encore trouvé pas un, que moy seul, qui l'ait entierement achevé [traduire Plutarque] en quelque langue que …

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Grammaire et formes (1)
  • pas — forme de base — /pa/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée pas#45807.

pas

nom, masculin, /pa/

Définitions

  1. Mouvement consistant à poser un pied devant l'autre pour se déplacer.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.

  2. Longueur franchie à chaque enjambée, servant d'évaluation approximative des distances.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.

  3. Empreinte laissée par le pied sur le sol.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.

  4. Étape franchie dans une progression, avancée vers un objectif.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (28 sens) — Académie 1935 (65 sens)

Littré (1873) — entrée 1

s. m.

  1. Action de mettre un pied devant l'autre pour marcher. De quel côté tournez-vous vos pas ? Le pas est produit par l'écartement des deux membres inférieurs, auquel on ajoute la longueur du pied. La longueur ordinaire du pas, chez une personne de taille moyenne, est de 0 m, 86. La durée d'un pas est de 0 s, 33, dans la marche la plus rapide ; cette durée dans la marche habituelle peut varier, suivant les personnes entre 0 s, 33 et 0 s, 38. Aller un bon pas, marcher assez bien. À pas lents, en marchant lentement. Fig. Aller plus vite que le pas, courir précipitamment. Fig. et populairement. Faire aller quelqu'un plus vite que le pas, lui susciter des embarras, et aussi le remettre dans son devoir. Faire un pas, faire des pas en arrière, reculer d'un pas, de plusieurs pas. Porter ses pas vers un lieu, s'y rendre. Conduire les pas de quelqu'un, le diriger. S'attacher, être attaché aux pas de quelqu'un, le suivre partout. Aller à pas de loup, marcher si doucement qu'on ne soit pas entendu, dans le dessein de surprendre et de tromper. Au petit pas, lentement, sans hâter le pas. Marcher à pas comptés, marcher gravement et lentement. On dit dans le même sens : marcher à pas d'ambassadeur, et, par plaisanterie, à pas d'oie. Fig. Aller à pas mesurés, agir avec circonspection. Marcher de même pas que quelqu'un, aller aussi vite que lui. Du même pas, aussi vite l'un que l'autre. Fig. Suivre les pas de quelqu'un, l'accompagner. Fig. Suivre les pas de quelqu'un, suivre ses traces, son exemple. Aller, marcher sur les pas de quelqu'un, le suivre. Fig. Imiter l'exemple. Sur les pas, à la suite de. Fig. Sur les pas, à l'imitation de. Aller à pas de tortue, avancer lentement. À grands pas, en faisant de grands pas, en marchant vite. Fig. À grands pas, avec beaucoup de rapidité. Fig. Aller à grands pas aux dignités, aux honneurs, s'avancer rapidement dans la carrière des dignités, des honneurs. Fig. Faire des pas, de grands pas, faire des progrès, de grands progrès. Faire de grands pas dans l'étude. Fig. Aller à pas de géant dans quelque chose, y faire de très grands progrès en peu de temps. Fig. À chaque pas, à chaque moment. Dans le langage relevé ou poétique, sous les pas, à mesure que l'on marche. Retourner sur ses pas, retourner au lieu d'où l'on vient. Revenir sur ses pas, parcourir en arrière le chemin qu'on avait parcouru en avant. Par extension. Fig. Fig. Revenir sur ses pas, reprendre un sujet au point où on l'avait laissé. Fig. Revenir sur ses pas, renoncer à ce qu'on avait voulu d'abord.

    Cours, Narsès, courez tous du pas le plus pressé — Rotrou (1609-1650)

    J'avais doublé le pas sans vous apercevoir — Pierre Corneille (1606-1684)

  2. Terme d'escrime. Marcher à grands pas, laisser un espace de dix-huit pouces environ entre les pieds qui avancent sur la ligne droite ou qui reculent en arrière. Marcher à petits pas, se dit lorsque l'espace laissé n'est que d'environ neuf pouces.

  3. Les premiers pas, les pas que fait un enfant quand il commence à marcher. Fig. Fig. Faire les premiers pas, commencer à marcher vers quelque chose. Fig. Faire les premiers pas, faire les avances, les premières démarches. Fig. Le premier pas, le commencement de quelque affaire, de quelque entreprise. Fig. Tout dépend du premier pas, le succès dépend de la manière dont on commence. Fig. En être au premier pas, n'être pas plus avancé dans une affaire qu'au début.

    Le premier pas que nous devons faire pour nous renouveler en Notre-Seigneur, c'est de détruire en nous le péché, cette rouille invétérée de notre nature — Bossuet (1627-1704)

    Le premier pas, mon fils, que l'on fait dans le monde, Est celui dont dépend le reste de nos jours — Voltaire (1694-1778)

  4. Faux pas, pas dans lequel on glisse ou chancelle. Faire un faux pas. Chez le cheval, faux pas, pas mal assuré, irrégularité dans l'allure du pas, qui consiste en une flexion subite et prononcée sur l'une des extrémités ; c'est ordinairement signe de faiblesse. Fig. Une faute. On dit, au pluriel, de faux pas, ou, si l'on considère faux pas comme un substantif composé, des faux pas.

    Nous n'allons jamais si vite qu'après un faux pas — La Mothe Le Vayer (1588-1672)

    Mme de Guise a fait un faux pas à Versailles, elle n'en a rien dit : elle est accouchée à quatre mois d'un pauvre petit garçon qui n'a pas été baptisé — Mme de Sévigné (1626-1696)

  5. Terme de danse. Les différentes manières de conduire ses pas. Fig. Les pas sont simples ou composés. Le pas simple est tout mouvement par lequel on va d'un lieu à un autre (FEUILLET). Les pas simples ne prennent qu'un temps de la mesure ou consistent dans un seul mouvement. Il y en a cinq : a) le pas droit quand le pied marche en ligne droite, soit en avant soit en arrière ; b) le pas ouvert, lorsque la jambe s'ouvre en arc de cercle ; c) le pas rond, quand le pied fait un nœud ou rond en avançant, ou reculant, ou allant de côté ; d) le pas tortillé, quand le pied se tourne suivant une ligne sinueuse ; e) le pas battu, quand le pied vient battre contre l'autre (FEUILLET). Le premier et le second pas sont seuls usités dans les salons. Le pas droit peut être marché, glissé, sauté, plié, élevé, tombé. Le pas composé ou figuré est composé de plusieurs pas simples ; tels sont le balancé, le traversé, le tour de main, le moulinet, le pas de menuet, le pas de valse, etc. Pas de ballet, pas figuré qu'on fait dans les ballets. Pas de deux, pas de trois, entrée de ballet dansée par deux ou trois personnes. Pas seul, danse exécutée par un seul danseur. Pas de hache, voy. HACHE, n° 6.

    Ils y font des pas de bohémiens et de Bas-Bretons avec une délicatesse et une justesse qui charment — Mme de Sévigné (1626-1696)

    C'est quelque chose d'extraordinaire que cette quantité de pas différents, et cette cadence courte et juste — Mme de Sévigné (1626-1696)

  6. Terme militaire. Les différentes manières de marcher des troupes. Le pas de charge. Marcher au pas redoublé, au pas accéléré. Fig. Absolument, le pas, manière de marcher qui est la plus voisine de la marche naturelle. Ouvrir le pas, commencer à marcher. Changer de pas, quitter un pas pour en prendre un autre. Changer le pas, rapporter le pied qui est derrière à côté de celui qui est devant pour repartir de ce dernier pied. Pas gymnastique, pas qui s'exécute en levant la jambe et la cuisse de manière que la cuisse soit tout à fait horizontale et la jambe verticale, la pointe du pied tenue très basse. Marquer le pas, simuler le pas sans avancer. Fig. et familièrement. Mettre quelqu'un au pas, le forcer à faire son devoir. Pas de camp, mesure qui sert à fixer les espaces nécessaires à un campement.

    On les accoutumait [les soldats romains] à aller le pas militaire, c'est-à-dire à faire en cinq heures vingt milles — Montesquieu (1689-1755)

    Vous avez sans doute promptement reçu les résolutions de Poinsinet [Pichegru], et elles seront probablement suivies au pas de charge, tout en dépend

  7. Terme de musique. Morceau dont la mesure est appropriée au pas des troupes. On a fait un pas redoublé du motif de cet air. Se dit aussi d'un morceau arrangé pour la danse. On a fait un joli pas de cette cavatine.

  8. Terme de manége. L'étendue de terrain embrassée par un pas complet, c'est-à-dire par la succession des quatre membres, est mesurée par la distance de la piste quittée par un pied quelconque, au point où il se pose de nouveau. Remettre un cheval au pas. Pas de côté, sorte de travail de manége. La rapidité du pas relevé ne laisse pas à l'animal le temps de relever fortement ses membres, et l'oblige à raser le tapis. Cheval de pas, cheval qui va au grand pas, et fort à l'aise. Pas averti, pas réglé dans lequel le cheval semble compter lui-même le posé de chaque jambe. Pas écouté, pas raccourci d'un cheval qui se balance entre les talons. Pas de coq, sorte de flexion convulsive du jarret du cheval.

    L'une des allures naturelles du cheval, la plus lente et, en apparence, la moins compliquée, quoiqu'elle le soit plus que le trot et l'amble,

    Que vos chevaux par vous au petit pas réduits.... — Molière (1622-1673)

  9. Vestige, marque du pied sur le sol. On voyait des pas d'homme sur le sable du rivage. Des pas de cheval, de mulet marqués sur la poussière de la route. Fig. Vous devriez baiser chacun de ses pas, la trace de ses pas, c'est-à-dire vous lui devez beaucoup de reconnaissance pour tout ce qu'il a fait pour vous. Fig. Cela ne se trouve pas dans le pas d'un cheval, cela est difficile à trouver.

    Les pas empreints sur la poussière Par ceux qui s'en vont faire au malade leur cour, Tous, sans exception, regardent sa tanière, Pas un ne marque de retour — La Fontaine (1621-1695)

    Il n'y a qu'à baiser les pas par où il passe — Mme de Sévigné (1626-1696)

  10. L'espace qui se trouve d'un pied à l'autre quand on marche. Il y a des bornes de mille en mille pas. Pas géométrique, mesure de cinq pieds ou d'un mètre soixante-deux centimètres. Par exagération. Il n'y a qu'un pas, c'est-à-dire il n'y a que très peu de chemin à faire. Il n'y a qu'un pas d'ici chez moi. Fig. Il n'y a qu'un pas, il y a bien peu de différence. On dit, dans le même sens : à deux pas, à quatre pas. Fig. Ne pas quitter d'un pas, rester tout auprès. Il ne faut pas le quitter d'un pas, d'un seul pas, il ne faut pas le quitter du tout, il faut être toujours auprès de lui. Fig. Il ne veut pas s'éloigner, reculer, avancer d'un pas, il ne veut pas s'éloigner ; reculer du tout, il veut rester où il est. Fig. À cent pas, à une grande distance morale ou intellectuelle.

    J'ai fait dresser une allée aussi longue que la grande, qui s'appelle la solitaire : elle est si belle, si bien plantée, que mon fils devrait baiser les pas que j'y fais tous les jours ; mais comme elle contient douze cents pas et que ce serait un exercice un peu violent avec un sang aussi échauffé que le sien, je lui fais crédit de cette reconnaissance — Mme de Sévigné (1626-1696)

    On sait que le roi François Ier dormit sur l'affût d'un canon, à cinquante pas d'un bataillon suisse [à la bataille de Marignan] — Voltaire (1694-1778)

  11. Passage. Un mauvais pas, endroit où il est difficile ou dangereux de passer. Fig. Fig. Tirer d'un mauvais pas, faire sortir heureusement d'une affaire difficile, embarrassante ; se tirer d'un mauvais pas, en sortir heureusement. On dit de même : un pas glissant, une occasion où il est difficile de se bien conduire. Pas dangereux, pas hasardeux, pas délicat, même sens. Fig. Passer le pas, subir quelque chose de forcé. Passer le pas, se dit aussi pour mourir. Faire passer le pas à quelqu'un, le faire mourir, le tuer. Populairement. Sauter le pas, mourir. Le dernier pas, la mort. Fig. Franchir le pas, sauter le pas, faire une chose qu'on ne pouvait se résoudre à faire. Franchir le pas, se dit aussi d'un manquement au devoir.

    Elle a couru partout où le danger était, Et forcé tous les pas que l'on nous disputait — Tristan L'Hermite (1601-1655)

    Le duc.... L'attendait à main forte, et, lui fermant le pas : à lui seul, nous dit-il, mais ne le blessons pas — Pierre Corneille (1606-1684)

  12. Pertuis.

    La canalisation de l'Isle, entre Périgueux et la Dronne, avait été entreprise en 1696 ; il s'agissait alors d'ouvrir quarante et un pas ou pertuis vis-à-vis autant de moulins — E. GRANGEZ

  13. Passage étroit et difficile dans une vallée, dans une montagne.

    Il n'est permis de dire pas pour passage, que pour exprimer quelque détroit de montagne, ou quelque passage difficile, comme le pas de Suse, tant de l'ancienne Suse que de celle des Alpes, et d'une infinité d'autres détroits que l'on appelle pas : gagner le pas de la montagne — Vaugelas (1585-1650)

    Conduisant tout, et n'ayant point là de roi qui eût part à cette action comme vous à la Rochelle et au pas de Suse — Fénelon (1651-1715)

  14. Détroit, passage de mer. Le pas de Calais, le détroit entre Calais et Douvres.

    Nous étions enfin hors de tous les pas périlleux qui font redouter la navigation des Moluques à Batavia — Bougainville (1729-1811)

  15. Seuil.

    Douglas recommande bien à son valet de ne pas désemparer le pas de la porte — Saint-Simon (1675-1755)

    J'ai rencontré près de l'hôtellerie une fille qui ne m'a pas aperçu, je pense, qui causait sur le pas d'une porte — Marivaux (1688-1763)

  16. Marche au devant d'une entrée. Prenez garde, il y a ici un pas.

  17. Fig. Préséance, droit de marcher le premier. Fig. Avoir le pas, l'emporter. Prendre le pas, entrer, passer le premier. Fig. Donner le pas à quelqu'un, le laisser par civilité passer le premier.

    Il ne me siérait pas D'insulter mon aînée à qui je dois le pas — Hauteroche (1617-1707)

    ....Autrefois entre elles [deux chèvres] Il survint de grands débats Pour le pas — La Fontaine (1621-1695)

  18. Au moyen âge, pas d'armes, sorte de tournois qui avaient pour objet de défendre un poste quelconque, soit un chemin ou un sentier de forêt, soit enfin un passage en rase campagne, mais fermé par des barricades. Ouvrir le pas, commencer un tournoi. Fig. Commencer une discussion.

    Outre les tournois, on institua les pas d'armes, et ce même roi René fut encore législateur de ces amusements — Voltaire (1694-1778)

    Que d'alarmes ! Que de larmes ! Un pas d'armes, C'est très beau ! — Victor Hugo (1802-1885)

  19. Fig. Acte comparé à un pas qui se fait. Pas de clerc, voy. CLERC, n° 3.

    Un pas hors du devoir nous peut mener bien loin — Pierre Corneille (1606-1684)

    Je suis un peu triste de ne plus savoir ce qui se passe en Hollande ; quand je suis partie, on était entre la paix et la guerre ; c'était le pas le plus important où la France se soit trouvée depuis très longtemps — Mme de Sévigné (1626-1696)

  20. Allées et venues, peines qu'on prend pour quelque affaire. On dit aussi : pas et démarches. Salle des pas perdus, grande salle servant d'antichambre à toutes les chambres des tribunaux, ainsi nommée parce que les plaideurs y perdent souvent leurs pas et leur temps. Mettre une chose au rang des pas perdus, n'en tenir aucun compte. Regretter ses pas, regretter les peines qu'on s'est données. Plaindre ses pas, ne pas aimer à prendre de la peine pour autrui.

    Je ne songe qu'à vous ; les pas que je fais pour vous sont les premiers ; les autres viennent après comme ils peuvent — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Il faut qu'elle fasse des pas pour une intendance qui est vacante — Mme de Sévigné (1626-1696)

Étymologie : Provenç. pas ; esp. paso ; ital. passo ; du lat. passus, que l'on rapproche du grec πάτος, chemin frayé ; all. Pfad ; angl. path ; sanscrit, pad, aller ; lat. petere.

Historique : XIe s. Segnur barun, suef pas alez tenant Son petit pas [il] s'en turne chancelant XIIe s. Ne jamais en s'aië [à son aide] n'irons ne pas ne trot Je passerai le pas ù tuit passent ; mais or te haite [présentement sois allègre] Li roiz li vout [voulut] doner du regne la moitié ; Rou nel vout mie prendre, ainz li a tout laissié : Jà n'en ara, dit il, ne plain pas ne plain pié Tres-tout le pas [dans toute la marche] n'i ot noise ne cris Alez le pas, n'aiez soing de fuir XIIIe s. Il venoient le petit pas tuit ordené À grant richoise [richesse] l'espousa, Et molt grant joie en demena ; Quinze jors …

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. m.

  1. Le mouvement que fait une personne ou un animal en mettant un pied devant l’autre pour marcher. Le pas d’un homme. Le pas d’un enfant. Le pas d’un cheval. Il s’arrêtait à chaque pas. Il marchait à petits pas, à grands pas, à pas lents. Faire un pas. On ne peut le décider à faire un pas hors de chez lui. Permettez-moi de faire quelques pas avec vous. Hâter, presser, précipiter, ralentir, allonger le pas, son pas, ses pas. Doubler, forcer le pas. Régler son pas sur celui d’un autre. Aller à petits pas. Nous irons bon pas, un bon pas. Marcher d’un pas léger, d’un pas rapide, d’un pas chancelant. Assurer ses pas. Guider, diriger, suivre les pas de quelqu’un. Marcher sur les pas de quelqu’un.

  2. Emboîter le pas. Voyez

  3. EMBOÎTER.

  4. Retourner, revenir sur ses pas, Retourner au lieu d’où l’on vient.

  5. Fig., Suivre les pas de quelqu’un, marcher sur les pas, dans les pas de quelqu’un, L’imiter, le prendre pour modèle.

  6. Fig., S’attacher, être attaché aux pas de quelqu’un, Le suivre partout.

  7. Fig. et fam., Vous devriez baiser la trace de ses pas, Il vous a rendu de très grands services, vous lui devez beaucoup de reconnaissance.

  8. Prov. et fig., Il n’y a que le premier pas qui coûte, En toute affaire, ce qu’il y a de plus difficile est de commencer, ou bien Quand on a commis une première faute, la voie est ouverte à en commettre d’autres.

  9. Fig., Tout dépend du premier pas, Le succès d’une affaire dépend ordinairement de la manière dont elle a été commencée, entamée.

  10. Fig., En être aux premiers pas, N’être pas plus avancé dans une affaire que si on venait de la commencer.

  11. Fig., Faire les premiers pas, Faire les avances, les premières démarches, les premières propositions pour une affaire, pour une réconciliation.

  12. Fig., Faire un pas en avant, Progresser légèrement. Il signifie encore Faire une légère concession. On dit inversement Faire un pas en arrière.

  13. Fig., Faire des pas, de grands pas, Faire des progrès. Faire de grands pas dans la carrière des sciences. Il a fait faire de grands pas à la science. Voilà déjà un pas de fait, un grand pas de fait. L’affaire a fait un grand pas depuis votre départ.

  14. Faire un faux pas, Glisser ou chanceler en marchant, faute d’avoir bien assuré son pied. Il signifie figurément Faire quelque faute dans sa conduite, dans une affaire. Je ne lui ai jamais vu faire un faux pas. Il a fait beaucoup de faux pas, bien des faux pas dans sa vie.

  15. Fig. et fam., Pas de clerc, Faute commise par imprudence ou par ignorance dans une affaire. Il a fait un pas de clerc.

  16. Fig., Compter ses pas, Marcher lentement. Marcher à pas comptés, Marcher avec une extrême lenteur, avec une certaine solennité.

  17. Fig., Aller à pas mesurés, Procéder dans une affaire avec beaucoup de circonspection.

  18. Fig. et fam., Aller à pas de tortue, Avancer très lentement.

  19. Fig., Aller à pas de loup, Marcher si doucement qu’on ne soit point entendu, dans le dessein de surprendre ou de tromper quelqu’un.

  20. Fig., Aller à grands pas aux dignités, aux honneurs, Franchir avec rapidité les degrés qui conduisent aux dignités, aux honneurs, être sur le point d’y parvenir.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (1)
  • pas — forme de base — /pa/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée pas#45806.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.