v. n.
Articuler des mots, prononcer des paroles. Ce malade est à l'extrémité, il ne parle plus. Parler du nez. Parler du haut de la tête, parler d'un ton de voix très aigu. On a dit parler du crâne et à la petite octave, dans le même sens. Parler haut, parler bas, parler à haute voix, à voix basse. Fig. Parler haut, parler sans ménagement, avec insolence. Il parle bien haut, mais on le fera baisser de ton. Parler ferme, parler avec fermeté, roideur. Parler à l'oreille de quelqu'un, mettre sa bouche près de l'oreille de quelqu'un et lui parler bas. Fig. Fig. et familièrement. Parler la bouche ouverte, s'exprimer franchement. Familièrement. Parlez donc, sorte d'interpellation qu'on emploie pour demander compte de quelque chose à quelqu'un. Parlez donc, n'avez-vous pas vu le livre que je cherche ? Fig. Il sait ce que parler veut dire, c'est-à-dire il entend à demi-mot, il comprend les intentions, les explications, les menaces, etc. il ne se fait pas dire deux fois la même chose.
Il veut parler, l'écorce a sa langue pressée — La Fontaine (1621-1695)
Les jardins parlent peu si ce n'est dans mon livre — La Fontaine (1621-1695)
Il se dit des oiseaux qui imitent la voix humaine. Ce perroquet parle très bien. Parler comme un perroquet, parler sans savoir ce qu'on dit, et aussi parler d'après autrui.
Le vulgaire croit qu'on enseigne aux bêtes à parler : il ne sait pas que parler c'est lier les idées à des signes arbitraires qui les représentent — Charles Bonnet (1720-1793)
S'exprimer. Pour ainsi parler, locution usitée pour adoucir une expression trop forte, trop figurée. Pour parler avec, expression employée quand on cite quelque écrivain considérable, quelque autorité. Pour parler avec Montaigne.
Il condamne toutes nos expressions élevées, et prétend que nous parlions toujours terre à terre ! — Molière (1622-1673)
Vous me trouvez bon visage et vous désirez de m'en féliciter ; dites je vous trouve bon visage : mais, répondez-vous, cela est bien uni et bien clair, et d'ailleurs qui ne pourrait pas en dire autant ? qu'importe, Acis, est-ce un si grand mal d'être entendu quand on parle, et de parler comme tout le monde ? — La Bruyère (1645-1696)
Discourir, s'énoncer par le discours, causer. Parler en public. Parler sur des matières difficiles. Il n'y a que pour lui à parler, se dit d'une personne qui, dans une conversation, garde constamment la parole. Vous qui parlez, se dit à quelqu'un pour lui faire quelque avertissement, quelque reproche. Par menace. Je lui apprendrai à parler, je saurai le forcer de parler avec plus de retenue. Parler en public, tenir un discours devant une assistance nombreuse. Parler comme un livre, voy. LIVRE 1, n° 4. Parler pour parler, parler sans avoir rien à dire. Parler légèrement, parler sans être suffisamment informé, et aussi sans mesurer suffisamment ses paroles. Parler au hasard, parler sans réflexion, parler de ce qu'on ne sait pas bien. Parler avec passion, dire des choses que la passion suggère. Parler en maître, parler en qualité de maître ou comme ferait un maître. Parler d'or, voy. OR 2. Parler d'abondance, parler sans être préparé, ou du moins sans réciter de mémoire. Parler d'abondance de cœur, parler avec épanchement, avec une pleine confiance. Parler le cœur dans la main, parler à cœur ouvert, parler sincèrement, avec une entière franchise. Parler sur-le-champ, s'est dit autrefois pour improviser. Parler bien, parler avec élégance et pureté. Parler mal, parler sans élégance, ni correction. On dit dans le même sens : ne savoir pas parler. Parler juste, raisonner et s'exprimer avec justesse. Parler en l'air, parler sans attacher d'importance à ce que l'on dit, ou sans bons renseignements. Parler à bâtons rompus, parler sans ordre et sans suite. Parler à tort et à travers, parler sans discernement.
Quand une personne qui parle beaucoup se rencontre tête à tête avec une autre qui ne parle guère, et qui ne lui répond pas, elle en parle davantage — Scarron (1610-1660)
Il est bon de parler, et meilleur de se taire ; Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés — La Fontaine (1621-1695)
Parler que, au sens de dire, avec un verbe suivant subordonné. Parler de, avec le verbe à l'infinitif, dire, annoncer vaguement que.... Il parle de se marier.
Vous avez ouï parler que ce monsieur Oronte a une fille ? — Molière (1622-1673)
Il [le prince d'Orange] fut surpris, comme s'il n'avait pas ouï parler qu'il y eût une armée en Flandre — Mme de Sévigné (1626-1696)
Parler à, adresser la parole à. Il vaudrait autant parler à un sourd, se dit de quelqu'un que l'on désespère de persuader. Fig. Parler à un mur, aux rochers, parler à des gens que rien ne touche. Parler à cheval à quelqu'un, lui parler avec emportement, avec empire. Je n'ai trouvé personne à qui parler dans cette maison, tout le monde était sorti, je n'y ai rencontré personne. Je n'ai pu trouver à qui parler dans cette société, dans ce salon, je n'y ai rencontré personne de connaissance. Fig. Trouver à qui parler, rencontrer une personne qui nous comprenne, qui nous convienne. Ironiquement. Trouver à qui parler, trouver des gens qui vous tiennent tête. Moi qui vous parle, se dit pour appeler l'attention. Fig. Parler à son bonnet, se parler à soi-même, parler sans adresser la parole à personne. Fig. J'ai bien parlé à sa barrette, je l'ai réprimandé vertement. Fig. Parler des grosses dents à quelqu'un, le réprimander, lui parler avec menace. Parler à, avec un nom de chose pour régime, parler de manière à exercer une action sur cette chose. Parler au cœur, à l'imagination, aux passions, parler de manière à intéresser le cœur, à plaire à l'imagination, à exciter les passions. Fig. Dieu parle au cœur des pécheurs, c'est-à-dire il leur envoie de saintes inspirations, il leur donne de bons mouvements. Fig. Cet adagio parle au cœur. Ce tableau ne parle qu'aux yeux.
Il est ce que tu dis, s'il embrasse leur foi ; Mais il est mon époux, et tu parles à moi — Pierre Corneille (1606-1684)
Je dis que voilà un homme qui veut parler à vous — Molière (1622-1673)
Parler de, prononcer des paroles relatives à. Parler de la pluie et du beau temps, s'entretenir de choses indifférentes. Il en parle bien à son aise, se dit quand quelqu'un, à l'abri des inconvénients de la chose dont on parle, conseille ou excite. Il en parle comme un aveugle des couleurs, c'est-à-dire il se mêle de parler de choses dont il n'a aucune connaissance. Il en parle en maître, c'est-à-dire il parle sur une matière qu'il possède à fond ; il en parle en écolier, il n'a qu'une connaissance superficielle de ce dont il parle. Familièrement. Ce que j'en dis n'est pas que j'en parle, c'est-à-dire ne faites pas attention à mes paroles, je parle en l'air. Cela ne vaut pas la peine d'en parler, se dit des choses peu importantes. Ironiquement, cela ne vaut pas la peine d'en parler, se dit aussi pour relever l'importance de la chose dont on parle. Il lui a volé cent mille francs, cela ne vaut pas la peine d'en parler, qu'on en parle, ce n'est pas la peine d'en parler. Ne m'en parlez pas, ne me parlez pas de cette affaire, c'est-à-dire ne me mettez pas sur ce chapitre. Ne me parlez pas d'un tel, ne dites pas qu'on puisse compter sur lui. Dans un sens affirmatif et laudatif. Parlez-moi de.... se dit pour vanter.
Que parlez-vous, seigneur, de tête et de tyran ? — Pierre Corneille (1606-1684)
Est-ce que vous croyez que je veux parler de vous ? — Molière (1622-1673)
Se parler, se dit de personnes qui ont des entretiens ensemble. Se parler, s'adresser la parole à soi-même.
Il est vrai qu'elle et moi nous nous sommes parlé des yeux — Molière (1622-1673)
Cependant voulez-vous qu'avec moins de contrainte L'un et l'autre une fois nous nous parlions sans feinte ? — Jean Racine (1639-1699)
Terme de palais. Plaider. Cet avocat parle pour un tel.
Parler bien, parler mal d'une personne, en dire du bien, du mal.
Souvenez-vous de ne parler jamais ni en bien ni en mal de votre femme ; c'est le plus sot des personnages — Mme de Maintenon (1635-1719)
Je répondis que j'avais grand soin de ne parler mal de personne ; que, pour Sa Majesté, j'aimerais mieux être mort — Saint-Simon (1675-1755)
Parler pour quelqu'un, intercéder pour lui auprès d'un autre. Fig. Tout parle pour lui, c'est-à-dire toutes les circonstances sont en sa faveur. Son mérite, ses services parlent pour lui, parlent en sa faveur, son mérite, ses services le rendent recommandable, rendent ses prétentions légitimes. Parler contre, parler de manière à nuire. Fig. Il n'a rien qui parle pour lui, rien ne parle en sa faveur ; tout parle contre lui, c'est-à-dire il n'est recommandable, ou simplement agréable, par aucun côté. En matière d'affaires et de procès, cette pièce parle contre lui, elle est contraire à ses prétentions.
Vous parlez mieux pour lui qu'il ne parle lui-même — Jean Racine (1639-1699)
La nature ou l'amour parle pour chacun d'eux — Pierre Corneille (1606-1684)
Expliquer ses sentiments, ses opinions, ses volontés. Expliquez-vous mieux, ce n'est pas là parler. Le roi a parlé par la bouche de son ministre. N'avoir qu'à parler, se dit quand, pour qu'une chose se fasse, il n'est besoin que d'une parole. Il sait aller et parler, se dit d'un homme habile qu'on envoie négocier quelque chose.
Quand vous lui parlerez, parlez au nom de tous — Pierre Corneille (1606-1684)
Ou laissez-moi parler, sire, ou faites-moi taire ; Je ne sais point répondre autrement pour un roi — Pierre Corneille (1606-1684)
Faire connaître quelque chose qui devait être tu. Il faut que quelqu'un ait parlé.
Vous êtes fille, Eudoxe, et vous avez parlé — Pierre Corneille (1606-1684)
Gardez bien de le dire ; On m'appellerait poule ; enfin n'en parlez pas — La Fontaine (1621-1695)
Recommander, appuyer.
Il est difficile à la cour que de toutes les pièces qu'on emploie à l'édifice de sa fortune, il n'y en ait quelqu'une qui porte à faux : l'un de mes amis qui a promis de parler ne parle point ; l'autre parle mollement — La Bruyère (1645-1696)
Parler se dit quelquefois pour faire des propositions, et, particulièrement, des propositions d'argent. Voilà ce qui s'appelle parler, ou, simplement, voilà parler, ou encore, c'est parler cela, se dit lorsqu'une personne fait des propositions avantageuses, ou tranche un débat par des raisons claires.
Le compagnon ne put rien tirer d'elle Qu'il ne parlât — La Fontaine (1621-1695)
Perrin : Monsieu, ma mère est malade ; et vlà deux écus que je vous apportons pour nous bailler quelque remède. - Sganarelle : Ah ! je vous entends, vous ; voilà un garçon qui parle clairement, et qui s'explique comme il faut — Molière (1622-1673)
Parler se dit des bruits qui courent dans le monde. On parle, on en parle, se dit de bruits défavorables qui courent sur quelqu'un ou quelque chose. En un autre sens, on en parle, se dit d'hommes ou de choses dont la réputation dure. Il faut laisser parler le monde, ou, simplement, il faut laisser parler, c'est-à-dire il ne faut pas se mettre en peine de ce que le monde dit mal à propos. On en parle fort, c'est une chose qui fait le sujet de l'entretien public. On en parle diversement, se dit d'une action, d'un événement qui est raconté de différentes manières, ou d'une chose que les uns louent et que les autres blâment. C'est une femme, une fille dont on a parlé, c'est une femme, une fille dont la réputation n'est pas intacte. On en entendra parler, cela fera du bruit, de l'éclat dans le monde.
Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement : Les gens en parleront, n'en doutez nullement — La Fontaine (1621-1695)
Je veux croire qu'au fond il ne se passe rien, Mais enfin on en parle, et cela n'est pas bien — Molière (1622-1673)
Fig. Manifester ses sentiments par un autre moyen que par celui de la parole. Les muets parlent par signes.
Vois-je pas vos bontés à mon aide paraître, Et parler dans vos yeux un signe qui me dit, Que c'est assez payer que de bien reconnaître ? — Malherbe (1555-1628)
Tu lui parles du cœur, tu la cherches des yeux — Jean Racine (1639-1699)
Fig. Il se dit des choses inanimées qui ont ou qui semblent avoir une sorte de langage. La peinture parle aux yeux. Son visage parle. Les murailles parlent, c'est-à-dire il se trouve souvent des témoins des choses même les plus cachées. Il se dit de même des choses morales. Cela parle de soi, cela parle tout seul, ou, la chose parle d'elle-même, c'est-à-dire cela se comprend sans qu'il soit besoin de l'expliquer. La vérité parle par sa bouche, ce qu'il dit est rempli de vérité.
Dans les murs, hors des murs, tout parle de sa gloire — Pierre Corneille (1606-1684)
Car tout parle dans l'univers ; Il n'est rien qui n'ait son langage — La Fontaine (1621-1695)
Expliquer sa pensée par écrit. Les auteurs qui ont parlé de ce sujet. Parler dans un contrat, parler au contrat, déclarer sa volonté dans un contrat, intervenir au contrat, s'obliger par le contrat.
De quoi vous parle-t-il dans sa lettre ? Comme parle l'apôtre — Fléchier (1632-1710)
Il se dit de ce qui est exprimé dans un écrit. La loi est formelle là-dessus et parle très clairement.
L'ordonnance avec soi porte sa fin expresse ; C'est à nous qu'elle parle, à nous qu'elle s'adresse — Rotrou (1609-1650)
Vous diriez, à entendre parler l'Écriture, que Jésus-Christ.... — Bourdaloue (1632-1704)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).