pain
nom, masculin, /pɛ̃/
Définitions
Aliment de base obtenu par cuisson au four d'une pâte de farine, d'eau, de sel et de levain.
Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.
Nourriture assurant la subsistance, moyens de vivre.
Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.
Masse compacte d'une substance moulée ou façonnée, souvent utilisée pour désigner une forme solide obtenue par compression ou modelage.
Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (17 sens) — Académie 1935 (36 sens)
Littré (1873)
s. m.
Aliment fait de farine pétrie et cuite. Pain tendre. Pain rassis. (voy. quelques lignes plus bas le même fait raconté par Voltaire). Pain anglais, nom que porte à Paris un pain très blanc et très poreux. Petit pain, voy. PETIT. Pain second, nom, dans quelque provinces, d'un pain légèrement bis et qui vient immédiatement après le pain blanc. Pain de Gonesse, pain blanc renommé que les boulangers de Gonesse apportaient à Paris. Pain mollet, sorte de petit pain blanc qui est léger et délicat. Pain de rive, voy. RIVE. Pain de munition, pain qu'on fabrique pour les soldats. Ils vont faire la guerre au pain, se dit de gens qui rentrent affamés au logis. Il mange son pain dans sa poche ou dans son sac, se dit d'un avare ou d'un homme qui vit retiré. Il ne mange pas son pain dans sa poche, c'est-à-dire il est dépensier, généreux. Il ne vaut pas le pain qu'il mange, se dit d'un fainéant, de quelqu'un d'inutile. Il sait son pain manger, il sait plus que son pain manger, se dit d'un homme habile, qui a voyagé, qui a été de plusieurs conditions. Il mange son pain blanc le premier, se dit d'un enfant, d'un homme qu'on prévoit ne devoir pas être toujours dans une condition aussi heureuse que celle où il est présentement. Fig. Manger son pain à la fumée du rôt, ou, simplement, à la fumée, être témoin des plaisirs d'autrui sans y prendre part. Il a mangé plus d'un pain, il a couru le monde. Fig. Manger de plus d'un pain, user de variété, ne pas toujours puiser à la même source. Fig. Ne manger que d'un pain, n'avoir aucune variété. Fig. Pain dérobé, plaisir qu'on obtient en cachette et par une sorte de vol. Il a du pain, quand il n'a plus de dents, se dit d'un homme à qui le bien arrive quand il est vieux. C'est du pain bien long, c'est une entreprise de longue durée. C'est du pain bien dur, c'est une condition fâcheuse où le besoin force à rester. Long comme un jour sans pain, se dit d'une chose qui ennuie mortellement. Il est bon comme le bon pain, comme du bon pain, se dit d'un homme bon et doux. Il promet plus de beurre que de pain, se dit de quelqu'un qui promet plus qu'il ne veut tenir. On l'a donné pour un morceau de pain, se dit de quelque chose de valeur vendu très bon marché. Il y a là un morceau de pain à manger, c'est un ouvrage, une entreprise profitable. Pain sec, punition qu'on infligeait dans les colléges, et qui consistait à ne donner au délinquant que du pain pour son repas. Mettre au pain et à l'eau, se dit d'une punition dans laquelle on ne donne au délinquant que du pain et de l'eau pour toute nourriture. Fig. Populairement. Faire passer, faire perdre le goût du pain, tuer.
Il vous a donné pour nourriture la manne, qui était inconnue à vous et à vos pères, pour vous faire voir que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Pourquoi nous reprocher sans cesse que nous renversons la nature, et qu'un corps ne peut être en plusieurs lieux, ni nous être donné tout entier sous la forme d'un petit pain ? — Bossuet (1627-1704)
Par extension, la nourriture de chaque jour. Pain quotidien, expression employée dans l'oraison dominicale pour signifier la nourriture de chaque jour, les besoins journaliers. Fig. Pain quotidien, ce que l'on fait habituellement. Il médit sans cesse, c'est son pain quotidien. Pain des prisonniers, le pain que l'on distribue journellement aux prisonniers. On condamnait autrefois certains délinquants à payer tant pour le pain des prisonniers.
Chaque jour amène son pain — La Fontaine (1621-1695)
Ne te plains pas que Dieu te maltraite en te refusant toutes ces délices ; mon cher frère, n'as-tu pas du pain ? il ne promet rien davantage ; c'est du pain qu'il promet dans son Évangile, c'est du pain qu'il veut qu'on lui demande — Bossuet (1627-1704)
Pain du roi, se disait du pain que le roi donnait pour la nourriture des prisonniers, et qui se prenait sur le fonds des amendes. Il a mangé du pain du roi, il a été en prison. Il a mangé du pain du roi, se disait aussi pour signifier qu'un homme avait été militaire.
La cour envoya Chandenier au château de Loches, au pain du roi comme un criminel — Saint-Simon (1675-1755)
Nom donné au morceau de pâte, avant qu'il soit cuit. Mettre le pain au four. Du pain cuit, du pain qui a subi la cuisson au four. Fig. Du pain cuit, ouvrage fait d'avance, épargne faite pour l'avenir. Voilà du pain cuit. Avoir son pain cuit, avoir sa subsistance assurée. Avoir du pain cuit sur la planche, ou, simplement, avoir du pain sur la planche, avoir de quoi vivre en repos, sans travailler (en Berry, on dit avoir du pain sur l'ais). Fig. Elle a pris ou emprunté un pain sur la fournée, se dit d'une fille qui a eu un enfant avant de se marier. Pain sans levain, ou pain azyme, pain que les Juifs mangeaient en faisant la pâque.
Pétrissez vite trois mesures, et faites cuire des pains sous la cendre — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Ainsi que vous pleine d'enseignements, Oricène [la maîtresse d'Amadis] prêchait, faisant la chatte-mitte ; Après mille façons, cette bonne hypocrite, Un pain sur la fournée emprunta, dit l'auteur : Pour un petit poupon l'on sait qu'elle en fut quitte — La Fontaine (1621-1695)
Pain de proposition, se dit des douze pains qui étaient offerts à Dieu dans l'ancienne loi les jours de sabbat, et dont les prêtres et les lévites avaient seuls droit de manger. Pain d'affliction, pain que les Juifs mangeaient en souvenir de leur sortie d'Égypte. En style mystique, pain de douleur, le temps qu'on passe dans l'affliction. On dit de même : un pain de larmes. Pain d'amertume, chose qui afflige. En style de procédure ecclésiastique, être condamné au pain de douleur, être condamné au pain et à l'eau.
Comme il [David] entra dans la maison de Dieu, et mangea des pains de proposition, dont il n'était permis de manger ni à lui, ni à ceux qui étaient avec lui — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Vous ne mangerez point pendant cette fête de pain avec du levain ; mais pendant sept jours vous mangerez du pain d'affliction où il n'y ait point de levain, parce que vous êtes sortis de l'Égypte dans une grande frayeur — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Pain bénit, pain que le prêtre bénit, et qu'on coupe par morceaux pour le distribuer aux fidèles durant une messe solennelle. Un morceau, un chanteau de pain bénit. Rendre le pain bénit, donner à l'église le pain qui doit être bénit ; aller présenter ce pain à l'offrande. Fig. C'est pain bénit, se dit d'une disgrâce qui arrive à quelqu'un qui l'a bien méritée.
Il rendit le pain bénit d'une manière solennelle — Antoine Hamilton (1646-1720)
J'oubliais de vous dire que Mlle Clairon a déjà rendu le pain bénit, voilà ce que c'est que de quitter le théâtre — D'Alembert (1717-1783)
Nom que l'on donne quelquefois à l'hostie. Pain céleste, pain des anges, pain de l'âme, l'eucharistie. Fig. Pain du ciel, pain de vie, Jésus-Christ et sa doctrine. Pain de la parole de Dieu, ou, simplement, pain de la parole, enseignement des vérités morales et religieuses. Le pain des forts, les vérités de la religion chrétienne. En termes de l'Écriture, il ne faut pas donner aux chiens le pain des enfants, c'est-à-dire il ne faut pas communiquer les choses saintes aux personnes profanes.
Le sacrement auquel nous participons dans la communion, est le pain de l'âme et son aliment — Bourdaloue (1632-1704)
Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur a donné à manger le pain du ciel — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Fig. Subsistance. Gagner son pain. Manger le pain de quelqu'un, recevoir de lui de quoi vivre. Manger le pain de quelqu'un, signifie aussi être à son service comme domestique. Ôter le pain, faire perdre les moyens de subsister. Ôter à quelqu'un le pain de la main, même sens. S'ôter le pain de la bouche pour quelqu'un, se priver du nécessaire afin de lui fournir de quoi vivre. Mettre le pain à la main, fournir le pain qui fait vivre. Fig. Mettre le pain à la main de quelqu'un, être la première cause de sa fortune. Fig. Tremper son pain de ses larmes, vivre dans une componction continuelle. Ancien terme de droit. Être en pain de père et de mère, être soumis à la puissance paternelle. Dans le langage général, être au pain de quelqu'un, recevoir de lui un salaire pour quelque emploi.
Elle a considéré les sentiers de sa maison, et elle n'a point mangé son pain dans l'oisiveté — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Une erreur qui donne du pain à tant de personnes — Molière (1622-1673)
Pain de chien, pain grossier destiné à la nourriture des chiens. Pain de cretons, voy. CRETONS. Terme de vénerie. Pain salé, composition d'argile et de sel qu'on fait lécher aux cerfs, aux daims et aux chevreuils, dans les parcs.
Pain d'épice, voy. ÉPICE. Il aime le pain d'épice, se disait d'un juge qui taxait trop haut ses vacations. Pain d'épice, coquille univalve. Pain perdu, nom donné en cuisine provinciale, surtout dans la Flandre française, à la brioche frite.
Pain aux champignons, aux mousserons, à la crème, sorte de mets fait avec la croûte d'un pain, des champignons, des mousserons, de la crème.
Pain à cacheter, petit rond de pain sans levain, dont on se sert pour cacheter les lettres. Pain d'autel, hostie. On dit aussi : pain à chanter, voy. CHANTER, v. n. n° 1. Pain à chanter, se dit aussi du pain à cacheter et d'une espèce de pain qu'on emploie dans les offices, pour couvrir le dessus et le dessous des nougats. Voltaire a dit en ce dernier sens, pain enchanté.
Mme d'Argental, qui est l'adresse même, coupera le papier avec ses petits ciseaux, et le collera bien proprement à sa place, avec quatre petits pains qu'on nomme enchantés ; vous savez par parenthèse, pourquoi on leur a donné ce drôle de nom — Voltaire (1694-1778)
Certaines substances mises en masse, et dont la forme est comparée à celle d'un pain. Pain de sucre, pain de bougie, pain de vieux oing, pain de savon, etc. se disent de ces matières préparées sous la forme dans laquelle on les vend. En pain de sucre, en forme de cône. Pain sacré, morceau de cire bénit qu'on enchâsse dans des reliquaires. Pain de noix, pain d'olives, masse formée du résidu des noix, des olives, quand on en a extrait l'huile. Pain de noix est aussi le nom, en quelques provinces, du nougat de noix. Pain de roses ou chapeau de roses, nom qu'on donne au mare de roses qui reste dans l'alambic, après qu'on en a tiré l'eau, l'huile ou d'autres extraits. Terme rural. La masse de vendange qui surnage sur la cuve au-dessous du chapeau.
Les femmes, sous le règne de Charles VI, étaient coiffées d'un haut bonnet en pain de sucre ; elles attachaient au haut de ce bonnet un voile qui pendait plus ou moins bas selon la qualité de la personne — Saint-Foix (1698-1776)
On est surpris de voir cette montagne [le Môle], qui de Genève paraît un pain de sucre, se prolonger dans la direction de la vallée de l'Arve — Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799)
Pain d'acier, sorte d'acier qui vient d'Allemagne, différent de celui qu'on nomme acier en bille. Pain de liquation, alliage de cuivre avec trois fois son poids de plomb, auquel on donne la forme de pains aplatis. Terme de monnaie. Pain d'affinage, l'argent qui se fixe, en masse plate, dans la coupelle où il a été mis pour l'affiner.
Pain de nœuds, morceau, fragment de pierre d'ardoise. Terme de sculpteur. Masse de terre préparée et corroyée pour modeler.
Arbre à pain, le jaquier. Pain de coucou, alleluia. Pain-de-hanneton, les fruits de l'orme. Pain-de-loup, espèce de champignon. Pain-de-pourceau, voy. CYCLAME. Pain-de-singe, fruit du baobab.
L'arbre à pain sauvage porte des fruits hérissés de grosses pointes.... tandis que l'excellente variété qu'on cultive aux îles des Amis produit des fruits lisses, couverts d'une pellicule très mince — LABILLARDIÈRE
Quand on le cueille avant sa maturité, il a le goût d'artichaut, et on le mange comme du pain — Raynal (1713-1796)
Pain fossile, concrétion calcaire. Pain ou miche de quatorze sous, masse de strontiane sulfatée. Pain de corbeau, variété de mica en masse.
Étymologie : Picard, poin, pan ; wallon, pon, pan ; Basse-Normand. poin ; prov. pan, pa ; port. pão ; ital. pane ; du lat. panis. Dans panis, les étymologistes voient le radical sanscrit pā, nourrir, qui a donné le sanscrit pita, pain, le grec παίομαι, le latin pabulum, pascor.
Historique : XIIe s. As esquiers serai comme mendiz, Por aigue boivre ne por mengier pain bis Uns huem [un homme], fait lur li reis, qui a mun pain mangié, Qui à ma curt vint povres e mult l'ai eshalcié, Pur mei ferir as denz ad sun talun drescié XIIIe s. Les sergens seculers qui seroient au pain et sel de Pontegni [nourris par Pontegni] [Je] N'avoie qu'un cheval qui me trouvoit [gagnoit] mon pain Sire, tu nos pestras de pain de lermes Chascun pain d'oint [graisse], s'il poise cinq livres ou plus, doit obole de tonlieu Donner m'a mis au pain menu Compaignie se fet.... par solement manoir ensamble à un pain…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. m.
Aliment fait de farine pétrie et cuite au four. Pain blanc. Pain tendre. Pain frais. Pain rassis. Pain dur. Pain sans levain. Pain de froment, de seigle, d’orge, etc. Pain long. Pain rond. Pain fendu. Miche de pain. Gros pain. Petit pain. Pain mollet. Pain au lait. Une fournée de pain. Croûte de pain. Une miette de pain. Un morceau de pain. Un quignon de pain. Une bouchée de pain. De la mie de pain. Chapelures de pain. Soupe au pain. Du pain trempé dans du vin. Couper du pain. Rompre un pain. Manger son pain sec, du pain tout sec.
Pain bis ou Pain de seigle, Pain fait de farine de seigle et de froment.
Pain noir, Pain fait de farine de seigle, de sarrasin et de froment.
Pain complet, Pain fait d’un mélange de son et de farine.
Pain de fantaisie ou Pain riche, Pain long et mince, à la mie très blanche, à la croûte dorée.
Pain de gruau, Pain fait de fine fleur de froment.
Pain de ménage ou de cuisson, Pain fait de farine de froment et cuit dans un four privé. Il s’oppose à Pain de boulanger.
Pain de munition, Pain qu’on fabrique pour les soldats.
Pain de régime, Pain d’où sont exclus les éléments nuisibles dans certains états maladifs.
Pain de chien, Pain grossier destiné à la nourriture des chiens.
En termes de Cuisine, Pain perdu, Tranches de pain trempées dans du lait et des oeufs et que l’on fait frire à la poêle.
Pain aux champignons, Sorte de mets fait avec de la croûte de pain et des champignons.
Pain de poisson, de poulet, etc., Sorte de mets fait avec de la chair de poisson, de poulet, que l’on pile et que l’on fait cuire dans un moule.
Pain d’épice, Sorte de gâteau fait avec de la farine de seigle, du miel, des épices, etc. Pain d’épice de Reims.
Pain bénit, Pain qui est bénit au cours d’une messe solennelle et dont on distribue les morceaux aux fidèles dans les églises paroissiales. Prendre du pain bénit.
Prov. et fig., C’est pain bénit, C’est un malheur bien mérité, c’est bien fait. On dit dans un sens analogue : C’est pain bénit de le tromper, il croit tout ce qu’on lui dit.
Pain à cacheter, Sorte de petit pain sans levain et très mince dont on se servait pour cacheter des lettres et dont on se sert encore pour fixer un papillon de papier.
Pain à chanter, Pain sans levain, coupé en rond, portant l’image ou quelque symbole de JÉSUS-CHRIST et que le prêtre consacre pendant la messe. Par extension, il se dit de Tout pain azyme. Voyez
AZYME.
Fig., Le pain des anges, le pain céleste, L’Eucharistie. On dit aussi figurément : La parole de Dieu est le pain des fidèles. L’écriture sainte est le pain des forts.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- pains — pluriel — /pɛ̃/
- pain — singulier — /pɛ̃/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée pain#44871.