outré · outre

outré

adjectif, /utʁe/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (5 sens) — Académie 1935 (3 sens)

Littré (1873)

part. passé

  1. Poussé au delà de la mesure. Excessif, exagéré. Terme de beaux-arts. Se dit de l'exagération des formes, des ombres et des couleurs. Substantivement. L'outré.

    Quoi ! tu veux me donner pour des vérités, traître, Des contes que je vois d'extravagance outrés ? — Molière (1622-1673)

    Ils [les rois] s'astreignent à certaines lois, parce que la puissance outrée se détruit enfin elle-même — Bossuet (1627-1704)

  2. En parlant des personnes, qui passe la mesure. Qui pousse les choses à outrance.

    Tertullien, le plus figuré, pour ne pas dire le plus outré de tous les auteurs — Bossuet (1627-1704)

    M. Jurieu peut dire tant qu'il lui plaira, que saint Cyprien et saint Augustin étaient outrés sur l'unité — Fénelon (1651-1715)

  3. Surchargé de travail, de peine. Absolument. Surmené.

    Outrés du chaud et de la douleur de leurs plaies — Vaugelas (1585-1650)

    Et le dedans du royaume a été outré tellement, que la dévastation est sensible d'année en année — D'ARGENSON

  4. Fig. Saisi, pénétré, en parlant d'un sentiment pénible. Outré de colère, de dépit.

    Oranthe.... Le cœur outré de même ennui, Jura que, s'il mourait pour elle, Elle mourrait avecque lui — Malherbe (1555-1628)

    Mon cœur outré d'ennuis n'ose rien espérer — Pierre Corneille (1606-1684)

  5. Mis hors de soi, irrité. Absolument.

    Si bien qu'enfin outré de tant d'indignités — Pierre Corneille (1606-1684)

    La princesse est outrée de penser que le roi en est content, et qu'il le fera venir à la cour — Mme de Sévigné (1626-1696)

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

adj.

  1. Qui est excessif, exagéré, qui passe les bornes prescrites par la raison. Une pensée outrée. Des sentiments outrés. Des louanges outrées. Sa morale est outrée. Le caractère de ce personnage est outré. Dans ce sens, il se dit quelquefois des Personnes. Cet homme est outré en tout.

  2. Il signifie aussi Qui est poussé à bout, transporté. Outré de douleur, de dépit, de colère.

  3. Il est outré de vos refus, de vos injures, Vos refus, vos injures le révoltent. En ce sens, on dit absolument : Il est outré. Je suis outré.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (4)
  • outrées — pluriel féminin — /utʁe/
  • outrés — pluriel masculin — /utʁe/
  • outrée — singulier féminin — /utʁe/
  • outré — singulier masculin — /utʁe/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée outré#44641.

outre

préposition, /utʁə/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (9 sens)

Littré (1873) — entrée 2

prép.

  1. Au delà. Ce sens, qui est le sens propre, n'est plus usité, et il ne subsiste aujourd'hui que dans certains mots composés. Le pays d'outre-Meuse. Les Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand. Outre-mer, au delà de la mer. Terme de moyen âge. Outre se dit au sens figuré. Outre mesure, avec excès, déraisonnablement. Il travaille outre mesure. Terme de jurisprudence. Lésion d'outre moitié, lésion de plus de la moitié.

    Soit que le Rhône outre ses bords Lui vît faire éclater sa gloire — Malherbe (1555-1628)

    Isabelle de France, Amicie de Courtenay... suivirent leurs maris outre mer — Chateaubriand (1768-1848)

  2. Par-dessus, en ajoutant.

    Outre le respect et la vénération que nous devons à une personne [Mazarin] qui a acquis et qui acquiert tous les jours tant de gloire à cet État — Voiture (1597-1648)

    Outre le rapport que nous avons, du côté du corps, avec la nature changeante et mortelle, nous avons d'un autre côté un rapport intime et une secrète affinité avec Dieu — Bossuet (1627-1704)

  3. En outrepassant (sens qui n'est guère usité).

    Thungen, outre ses ordres, mourait d'envie de passer [la Sarre] et de faire du pis qu'il pourrait — Saint-Simon (1675-1755)

  4. Adv. Plus loin, plus avant (usité seulement avec les verbes passer, aller, etc.) Fig. Passer outre, aller plus loin. Fig. Passer outre à quelque chose, l'entreprendre, l'entamer, sans se laisser arrêter. Aller jusqu'au bout, en parlant d'une chose.

    . Je vis au détour d'une allée deux femmes assez bien vêtues, que deux jeunes Français avaient arrêtées, et ne voulaient pas laisser passer outre, que la plus jeune ne levât un voile qui lui couvrait le visage — Scarron (1610-1660)

    Quand ils y furent arrivés, soit qu'étant près des ennemis, ils eussent honte de ne point passer outre, soit que.... — Rollin (1661-1741)

  5. Plus outre, plus loin.

    Il n'alla pas plus outre

    Mais si de voir plus outre aux mortels est loisible — Mathurin Régnier (1573-1613)

  6. Outre plus, ajoutons ceci.

    Outre plus : le maître à chanter qui s'est chargé du divertissement.... est des amis de Lisette et des miens — Marc-Antoine Legrand (1673-1728)

  7. En outre, loc. adv. De plus. J'ai fait des démarches pour lui, et en outre je lui ai prêté de l'argent.

  8. D'outre en outre, loc. adv. De part en part. Un coup d'épée le perça d'outre en outre.

  9. Outre que, loc. conj. (avec l'indicatif). En ajoutant que.

    Outre qu'on doit rougir de s'en laisser surprendre — Pierre Corneille (1606-1684)

    Outre que de ton cœur ta foi me cautionne — Molière (1622-1673)

Étymologie : Wallon, oult ; prov. outra, oltra ; ital. oltre ; du latin ultra. Palsgrave écrit oultre et prononce outre, p. 23. L'étymologie la plus plausible de ultra est celle de Corssen, Beitr. p. 302, qui pense que ultra, ulterior, ultimus sont dérivés du radical démonstratif ul, qui est dans ollus (forme archaïque de ille), avee affaiblissement de o en u, comme poculum de pocolum, etc. ; ce ol qui vient lui-même de onol est un diminutif de onos (unus) ; à ultra s'oppose cis (du démonstratif ce dans ec-ce, hoc-ce, etc.), citra, citerior.

Historique : XIe s. Ultre, cuivert ! Charles n'est mie folz [Il] Empeint [empoint] le bien, tout le fer lui mist ultre Ultre cest jour ne serons plus vivant XIIe s. D'outre les monz [il] les avoit amenées E plus, s'ele vout [veut] qu'il ne moire [meure], L'or et l'argent de cest empire En utre m'enveit et amast [qu'elle envoie et amasse] Ainz [avant] que j'aille outre mer XIIIe s. Si [elle] me dit par felonie : Quant irez vous outre mer ? Si vous voulez honorer Vos prudommes et amer [aimer], Il feroient repasser Les Anglois outre la mer À force [ils] lui ouvrirent la bouche outre son gré Es vous venir Mora…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Grammaire et formes (1)
  • outre — forme de base — /utʁə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée outre#44633.

outre

adverbe

Grammaire et formes (1)
  • outre — forme de base

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée outre#151850.

outre

nom, féminin, /utʁə/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (3 sens) — Académie 1935 (1 sens)

Littré (1873) — entrée 1

s. f.

  1. Peau de bouc préparée pour contenir des liquides.

    Nous cessions souvent de manger, pour donner des accolades à l'outre, qui ne faisait que passer des bras de l'un entre les bras de l'autre — Lesage (1668-1747)

  2. Terme de botanique. Espèce de sac ouvert par une de ses extrémités, formé par le limbe ou le pétiole d'une feuille, et pouvant contenir du liquide ; les népenthès en offrent des exemples.

  3. Outre de mer, nom vulgaire des ascidies.

Étymologie : Lat. uter, ventre ; comparez le grec οὖθαρ, sein, mamelle ; sanscr. ūdhas, mamelle.

Historique : XVIe s. Les peaux sont accommodées en ouiltres, pour porter des huiles et des vins La peau sert à faire des ouistres pour le charroi des huiles et des vins

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Peau de bouc préparée pour recevoir des liquides. Une outre de vin, une outre d’huile.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • outres — pluriel — /utʁə/
  • outre — singulier — /utʁə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée outre#44632.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.