s. m.
Métal d'un jaune brillant, d'une pesanteur très grande, dont on fait les monnaies de la plus haute valeur. Faire de l'or, nom donné à toutes les opérations par lesquelles les alchimistes ont essayé de transformer les métaux vils en or. Ce n'est qu'or et azur, se dit d'une maison bien parée. Or en barre, or en lingot, or qui a la forme de barre, de lingot. Fig. C'est de l'or en barre, se dit d'une marchandise de bon aloi et dont on peut faire argent sans peine, d'un billet dont on aura de l'argent comptant quand on voudra. C'est l'histoire de la dent d'or, se dit d'une prétendue merveille qu'il faudrait vérifier avant d'y croire ; une prétendue dent d'or venue à un enfant ayant servi de texte à beaucoup d'explications, avant qu'on eût examiné si la dent était d'or réellement. Juste comme de l'or ou comme l'or, se dit d'un poids très juste, à cause que l'or se pèse très exactement.
L'or est un charme étrange, un métal précieux, Qui corrompt toute chose et tenterait les dieux — Rotrou (1609-1650)
Qu'il ne s'ingère pas d'oser écrire encor Des lettres qu'il envoie avec des boîtes d'or — Molière (1622-1673)
Or se dit au pluriel pour signifier les différentes couleurs qu'on peut donner à l'or. Une boîte de deux ors. Des ors de différentes couleurs.
Terme de commerce. Ce métal considéré suivant sa pureté ou ses emplois. Or de coupelle, ou or affiné, celui que le feu a purgé de toutes sortes de mélanges. Or au titre, l'or à bijoux au titre de 834 millièmes environ. Or bas, or au-dessous de 750 millièmes. Or vierge, celui qui n'a pas souffert le feu, et tel qu'il est sorti de la mine. Or moulu, celui dont on dore, au feu, le bronze et le cuivre. Or de coquille, celui avec lequel on écrit en lettres d'or, et qui sert aux enlumineurs. Lettres d'or, lettres écrites avec l'or de coquille. Or mat, celui qui n'est pas poli et dont la surface est inégale. Or bruni, celui qui est poli avec la dent de loup. Or de la mosaïque, celui qui est partagé en petits carreaux pour paraître de relief. Or d'orfévrerie, or solide et massif, qui doit être mis en œuvre. Or en pâte, or prêt à fondre dans le creuset. Or en feuilles, or disposé dans un petit cahier et dont se servent les peintres décorateurs et les fabricants d'éventails. Or vert, composé de couleur verte formé par la combinaison de 708 parties d'or pur avec 292 parties d'argent pur. Or vert, or en feuilles appliqué sur ce que les doreurs nomment l'assiette, après l'avoir brunie. Or d'épée, celui dont on se sert pour damasquiner. Or de pistolet, celui qu'emploient les armuriers. Or d'apothicaire, celui dont on fait usage pour peindre et écrire.
L'or en coquille est de l'or en oxyde pourpre, précipité de sa dissolution et délayé avec une eau mucilagineuse ou une dissolution de gomme — Fourcroy (1755-1809)
On nomme or en chaux, celui que l'on prépare [pour la dorure] en broyant avec du miel les rognures de feuilles d'or.... pour faire l'or en drapeaux, on trempe des morceaux de vieux linge fin dans une dissolution nitro-muriatique d'or ; on les fait sécher et on les brûle ; quand on veut s'en servir, on trempe un bouchon mouillé dans les cendres de ces chiffons ; on en frotte l'argent sur lequel l'or très divisé s'applique facilement — Fourcroy (1755-1809)
Le veau d'or, voy. VEAU.
Or, la monnaie, les espèces d'or. Il m'a payé tout en or. Nos pièces d'or contiennent 29 centigrammes d'or par franc, plus 1/9 de cuivre, qui est ainsi le dixième du poids total. Il a coûté plus d'or qu'il n'est gros, c'est-à-dire on a dépensé beaucoup d'argent pour l'élever, pour l'entretenir.
Il leur jette de l'or ensuite à pleines mains — Pierre Corneille (1606-1684)
Nous n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles, Ni les mains à celle de l'or — La Fontaine (1621-1695)
Or, vaisselle d'or.
Que dans l'or mangent les grands ; Il ne faut à deux amants Qu'un seul verre, qu'une assiette — Béranger (1780-1857)
Or, fil d'argent doré dont on fait des passements, des galons, des franges, etc. Toile d'or. Drap d'or. Or de Paris, de Lyon. Défendre l'or et l'argent, défendre de porter des étoffes, des dentelles, tissues en fil d'argent doré. Terme de passementerie. Or fin, argent doré ou vermeil. Or faux, cuivre doré. Or demi-fin, cuivre qui a été doré trois fois ou plus. Fig. Il est tout cousu d'or, il est très riche. Poétiquement. Des jours filés d'or et de soie, des jours brillants et heureux.
Ce n'est qu'or et que pourpre dans votre armée — Vaugelas (1585-1650)
M. de Langlé a donné à Mme de Montespan une robe d'or sur or, rebrodé d'or, rebordé d'or, et par-dessus un or frisé rebroché d'un or mêlé avec un certain or, qui fait la plus divine étoffe qui ait jamais été imaginée — Mme de Sévigné (1626-1696)
Fig. Richesses, opulence. Fig. et familièrement. Il ne ferait cela ni pour or ni pour argent, il ne ferait pas cela pour tout l'or du monde, pour tout l'or du Pérou, c'est-à-dire il ne le ferait pas à quelque prix que ce soit. On n'en peut avoir ni pour or ni pour argent, se dit d'une chose très rare, qu'on ne peut se procurer. Acheter, vendre quelque chose au poids de l'or, l'acheter, le vendre très cher. Promettre des monts d'or, faire de grandes promesses. Faire un pont d'or à quelqu'un, voy PONT.
Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux — La Fontaine (1621-1695)
Car, si l'éclat de l'or ne relève le sang, En vain l'on fait briller la splendeur de son rang — Boileau (1636-1711)
Fig. et poétiquement. Il se dit de ce qui est jaune et brillant.
L'aurore aux cheveux d'or, au visage de roses, Déjà comme à demi découvrait toutes choses — Mathurin Régnier (1573-1613)
C'est l'or de tes cheveux qui doit parer ton visage, et non cette rose qui les cache et que ton teint flétrit — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Fig. Il se dit de ce qui a moralement une valeur comparable à celle de l'or. C'est un cœur d'or, c'est-à-dire c'est un excellent cœur. Il parle d'or, il dit d'or, c'est-à-dire il dit ce qu'il y a de mieux à dire en la circonstance, ou ce qu'il y a de plus satisfaisant pour celui à qui il parle. Il dit d'or, et si il n'a pas le bec jaune, il parle bien et à notre avantage. Un homme d'or, un homme très utile, très précieux pour ce qu'il y a à faire. C'est un livre d'or, se dit d'un livre excellent, et particulièrement d'un petit livre qui contient beaucoup d'idées justes et d'une utilité pratique. Il vaut son pesant d'or, se dit d'un homme qu'on veut louer, d'un homme excellent. Poétiquement. Une bouche d'or. Populairement. Saint Jean bouche d'or, se dit d'un homme qui ne peut garder les secrets, ou qui ne déguise pas sa pensée, Une affaire, un marché d'or, qui présente de grands avantages.
Me voici encore, ma fille, à dépenser.... mon pauvre esprit en petites pièces de quatre sous ; il n'y a pas un grain d'or à tout ce qu'on dit — Mme de Sévigné (1626-1696)
Tous les jours à la cour un sot de qualité Peut juger de travers avec impunité, à Malherbe, à Racan préférer Théophile, Et le clinquant du Tasse à tout l'or de Virgile — Boileau (1636-1711)
Terme de mythologie. L'âge, le siècle d'or, les temps où, sous le règne de Saturne, les hommes vivaient dans l'innocence et le bonheur. C'est un homme de l'âge d'or, un homme de mœurs pures, d'une grande vertu. On dit dans le même sens : il a les mœurs de l'âge d'or. Par extension.
Je transportais dans les asiles de la nature des hommes dignes de les habiter.... je me faisais un siècle d'or à ma fantaisie — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Je le dis sans blesser personne, Notre âge n'est pas l'âge d'or — Béranger (1780-1857)
Nombre d'or, voy. NOMBRE.
Eau ou liqueur d'or, l'eau-de-vie de Dantzick, sorte de ratafia dans lequel on a mis quelques paillettes d'or.
Terme de blason. Couleur jaune qui représente le premier métal ou le premier des émaux, et qui s'exprime, dans la gravure, par une infinité de petits points. Il porte un lion d'or.
Terme de chimie. Or fulminant, oxyde d'or obtenu en précipitant le chlorure par un excès d'ammoniaque, et qui détone par la chaleur ou la pression. Or potable, liquide huileux et alcoolique qu'on obtient en versant une huile volatile dans une dissolution de chlorure d'or, et qu'on regardait autrefois comme un cordial et un élixir de santé ; il est sans vertu.
L'or fulminant causa la mort de son inventeur — Jean Senebier (1742-1809)
Il fallait que ce fût quelque goutte d'or potable. - Cela pourrait bien être — Molière (1622-1673)
Nom de différentes substances qui n'ont rien de commun avec l'or. Or blanc, ancien nom du platine. Or de chat, nom vulgaire du mica lamelliforme ou ammochryse. Or graphique, tellurure d'or argentifère. Or paradoxal ou problématique, tellure. Or de Manheim, synonyme de similor (il faut prononcer manèmm, qui rime à Jérusalem). Or musif ou mussif, voy. MUSIF. Or de Judée, synonyme d'or mussif. Or faux, chrysocale. Bijoux en or faux. Or d'Allemagne, feuille très mince de cuivre jaune.
Or de couleur, sorte de vernis. Terme de doreur. Or couleur, couleur grasse et gluante dont les doreurs se servent pour appliquer les feuilles d'or battu. Or à huile, or en feuilles, or appliqué sur l'or couleur. Or de rapport, celui qu'on enchâsse dans du fer pour produire les damasquinures.
Ce qu'on appelle or de couleur n'en a que l'apparence ; ce n'est qu'un simple vernis qui ne contient point d'or — Buffon (1707-1788)
Terme d'alchimie. Or vif des philosophes, le feu qui est dans la matière de la pierre. Fleur de l'or, la couleur qui suit la citrinité. Or blanc, le mercure hermétique.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).