on

on

pronom, /ɔ̃/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (9 sens) — Académie 1935 (6 sens)

Littré (1873)

subst. abstrait

  1. Il indique d'une manière générale ou vague les gens, les personnes ; il n'est employé jamais que comme sujet du verbe, qui se met toujours au singulier.

    On est toujours trop prêt quand on a du courage — Pierre Corneille (1606-1684)

    On garde sans remords ce qu'on acquiert sans crimes — Pierre Corneille (1606-1684)

  2. On remplaçant un sujet déterminé.

    Vous êtes malade, ma chère enfant : vous dites quelquefois que votre estomac vous parle ; vous voyez que votre tête vous parle aussi : on ne peut pas vous dire plus nettement que vous la cassez, que vous la mettez en pièces — Mme de Sévigné (1626-1696)

    On [Mme de la Vallière dans la grille d'en haut et se faisant carmélite] vous dira de là haut qu'on peut quelque chose de plus difficile, puisqu'on peut embrasser tout ce qui choque — Bossuet (1627-1704)

  3. On, désignant en général les hommes, les gens, peut, selon la signification du discours, restreindre son sens à telle ou telle personne désignée par je, tu, il, nous, vous, ils. On se dit pour je. Soyez tranquille, on songera à vos intérêts. Il y a longtemps qu'on ne vous a vu. On se dit pour tu. On se dit pour il ou elle. On se dit pour nous, et alterne avec nous. On se dit pour vous. On se dit pour ils ou elles, ou pour une compagnie, une masse de personnes dont on fait partie.

    Allez, vous êtes fou dans vos transports jaloux, Et ne méritez pas l'amour qu'on a pour vous — Molière (1622-1673)

    On ne s'attache à nulle société, on ne prend aucun plaisir, on a toujours le cœur serré — Mme de Sévigné (1626-1696)

  4. On peut désigner très clairement une femme ; et alors, emportés par la signification, nous accordons l'adjectif avec le sens et non avec la forme du mot, et le mettons au féminin ; c'est une syllepse. On n'est pas plus belle que cette femme-là.

    C'est un admirable lieu que Paris, il s'y passe cent choses tous les jours qu'on ignore dans les provinces, quelque spirituelle qu'on puisse être — Molière (1622-1673)

    À quoi qu'en reprenant on soit assujettie, Je ne m'attendais pas à cette repartie — Molière (1622-1673)

  5. On, par une syllepse semblable à la précédente, peut prendre l'adjectif pluriel masculin ou féminin. Est-on allé là ? on y est allé deux. Ici on est égaux, en parlant d'un cimetière.

    On n'a tous deux qu'un cœur qui sent mêmes traverses — Pierre Corneille (1606-1684)

    Que tous deux on se taise — Molière (1622-1673)

  6. On admet devant lui l'article l', particulièrement dans les cas où l'euphonie l'exige.

    Pour paraître à mes yeux son mérite est trop grand, On n'aime pas à voir ceux à qui l'on doit tant — Pierre Corneille (1606-1684)

    Il faut mettre que l'on et non pas qu'on devant des mots qui commencent par con ; je ne dirais pas qu'on conduise, mais que l'on conduise — Vaugelas (1585-1650)

  7. Quand on suit le verbe dont il est le sujet, il s'y joint par un trait d'union. Si le verbe se termine par un e muet ou par un a, on le joint à on par un trait d'union et par un t euphonique. Pense-t-on que je céderai ? Prie-t-on ? Alla-t-on à Paris ? Ira-t-on à Lyon ?

    Pensait-on que je céderais ? Mon père y tient l'urne fatale [aux enfers] ; Le sort, dit-on, l'a mise en ses sévères mains — Jean Racine (1639-1699)

  8. On dit, sorte de locution jouant le rôle de substantif, et signifiant : ce qui se dit. Un on dit. Les on dit. Croire les on dit, croire des rapports sans preuve, ajouter foi à des bruits vagues.

  9. Le qu'en dira-t-on, sorte de substantif composé. Se moquer du qu'en dira-t-on, se moquer de ce que les autres peuvent dire. On est un sot, c'est-à-dire qu'un rapport vague et sans autorité doit être regardé comme une sottise.

    Anselme : Et partout sa vertu lui donne tant de lustre, Que sur ce qu'on en dit.... - Le marquis : Monsieur on est un sot — Thomas Corneille (1625-1709)

Étymologie : Picard, un, ein, o, ol, os ; Berry, ou ; provenç. et anc. catal. hom ; anc. espagn. omne ; anc. portug. ome ; anc. ital. huom ; du lat. homo, homme. Hom, om, on, est le nominatif du mot dont le régime est home. On comprend comment ce mot homme a pu devenir le substantif abstrait on. Dans l'ancien français on a dit souvent en pour on, par une tendance à changer la voyelle on en en, comme o latin en a (exemple dame de domina).

Historique : IXe s. Si cum om per dreit son fradra [frère] salvar dist [doit] XIe s. Ce sait hom bien que je sui tis parastres [ton beau-père] XIIe s. Ço est la lei à hume, ke hum te serve en simplicited e pureted Iluec dit on que Lucifer desçant Quant prez erent [étaient] de cel endreit Come hom piere jeter porreit, Rou, v, 6702. Ne dira l'on en France la louée.... Mais à dame de valor Doit on penser nuit et jor Mais se vos ieuz où l'on se puet mirer.... On ne puet [peut] pas servir à tant seigneur XIIIe s. L'en doit bien reculer pour le plus loin saillir Si en fache on [qu'on en fasse] un mangier faire U…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

Pronom masculin indéfini

  1. qui indique d’une manière générale une ou plusieurs personnes et qui est toujours sujet d’un verbe. On dit, on raconte que... On fait la guerre. Que fait-on ici? Aussi dit-on que... Prendra-t-on cette place? Ce qu’on aime. Si vous faites cela, que dira-t-on? Qu’en dira-t-on? On lui a confié un secret. On lui a écrit une lettre. On n’a pas plus d’esprit que lui.

  2. Quelquefois, pour l’euphonie, on met avant ce pronom l’article élidé. Il faut que l’on consente. Si l’on nous entendait.

  3. Il se prend, dans le langage familier, pour Je, nous. Ne craignez rien, on s’occupera de votre affaire. Il y a longtemps qu’on ne nous a vu. Il peut se prendre aussi pour Tu, vous, il, elle, ils, elles. On n’a pas été sage aujourd’hui, Malgré toutes mes avances, on n’a montré que de l’indifférence à mon égard.

  4. Quoique ce pronom soit ordinairement suivi d’un masculin, comme dans cette phrase : On n’est pas toujours heureux, il y a des circonstances qui marquent si précisément qu’on parle d’une femme, qu’alors On est suivi d’un féminin. On n’est pas toujours jeune et belle. Il s’emploie aussi, familièrement, avec le pluriel des et un nom. On n’est pas des esclaves pour endurer de si mauvais traitements.

  5. ON-DIT est employé substantivement et signifie Propos qui se répète de bouche en bouche. Croire sur un on-dit, sur des on-dit; condamner quelqu’un sur un on-dit, sur des on-dit, Croire quelque chose, condamner quelqu’un sur un simple rapport, sur des bruits vagues.

  6. QU’EN-DIRA-T-ON est aussi employé substantivement et désigne l’Opinion. Se moquer du qu’en-dira-t-on, braver le qu’en-dira-t-on, Mépriser tout ce que les gens pourront dire. Il est sensible au qu’en-dira-t-on.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (1)
  • on — 3ᵉ pers. singulier — /ɔ̃/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée on#43909.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.