nourrir

nourrir

verbe, /nuʁiʁ/

Définitions

  1. Donner des aliments à un être vivant pour assurer sa subsistance.

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  2. Apporter à l'organisme les éléments nécessaires à son entretien, en parlant d'un aliment.

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  3. Procurer à quelqu'un les moyens matériels de vivre.

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  4. Entretenir en soi un sentiment, un espoir ou un projet.

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Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (18 sens) — Académie 1935 (23 sens)

Littré (1873)

v. a.

  1. Allaiter un enfant (ce qui est le premier sens de nutrire en latin). Cette femme ne saurait nourrir d'enfants, c'est-à-dire elle a le malheur de perdre tous ses enfants dès le bas âge. Absolument. Cette femme nourrit.

    Et qui [une fille] sous de feints noms, pour ne rien découvrir, Par son époux aux champs fut donnée à nourrir — Molière (1622-1673)

    Au sein qui m'a nourri cette main s'est plongée — Voltaire (1694-1778)

  2. Entretenir la vie par ce qui en répare les déperditions, alimenter. Les aliments les plus propres à nourrir l'homme. Les fruits de la terre nourrissent l'homme et les animaux. N'être pas nourri, n'avoir pas des aliments en qualité ou quantité suffisante. Absolument. Il y a des aliments qui nourrissent trop. Le vin nourrit.

    Trois lapins.... qui.... Sentaient encor le chou dont ils furent nourris — Boileau (1636-1711)

  3. Entretenir d'aliments, fournir des aliments. Il ne nourrit pas ses domestiques, il leur donne leurs vivres en argent. On est bien nourri, on est mal nourri dans cette pension. Il nourrit tant de chiens, de chevaux.

    Que Sibâ le [David] nourrissait — Bossuet (1627-1704)

    Tous les jours je l'invoque [le Seigneur] ; et d'un soin paternel Il me nourrit des dons offerts sur son autel — Jean Racine (1639-1699)

  4. Par extension, élever, mener au terme de la croissance. Nourrir à, élever dans. Nourrir dans, donner, par l'éducation, certaines habitudes, certaines idées, etc. Fig. Il nourrit un serpent dans son sein, il protége, il assiste un ingrat, un méchant qui le perdra. Dans un sens analogue.

    Attale qu'en otage ont nourri les Romains — Pierre Corneille (1606-1684)

    Rome, qui m'a nourri, vous parlera pour moi — Pierre Corneille (1606-1684)

  5. Élever des bestiaux, en trafiquer. Nourrir des moutons, des bœufs, des chevaux. Nourrir des vers à soie, les élever jusqu'à ce qu'ils soient en cocons et en soie.

  6. Il se dit de ce qui donne, fournit de quoi vivre. La Sicile nourrissait Rome. Ces provinces nourrissaient la capitale. Cette terre le nourrit, lui et toute sa famille. Je veux un métier qui me nourrisse.

    Entends ce jeune abbé, sophiste bel esprit : Monsieur fait le procès au Dieu qui le nourrit — Nicolas Gilbert (1750-1780)

  7. Produire, porter. Ce pays nourrit une nombreuse population.

    Et tout ce que l'Espagne a nourri de vaillants — Pierre Corneille (1606-1684)

    Son menton nourrissait une barbe touffue ; Toute sa personne velue Représentait un ours, mais un ours mal léché — La Fontaine (1621-1695)

  8. Fig. Il se dit des aliments intellectuels et moraux. En un sens défavorable. Nourrir son imagination de chimères.

    ....Notre plus grand soin, notre première instance Doit être à le nourrir [l'esprit] du suc de la science — Molière (1622-1673)

    Quand je veux nourrir mon esprit et ma pauvre âme — Mme de Sévigné (1626-1696)

  9. Entretenir, faire profiter. La bonne terre nourrit les plantes, les arbres. Mettre du fumier auprès d'un arbre pour le nourrir. La pommade nourrit les cheveux.

    Je vous souhaite souvent à l'air de ces bois [aux Rochers], qui nourrit le teint comme à Livry — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Assur, dit le saint prophète, s'est élevé comme un grand arbre ; le ciel l'a nourri de sa rosée, la terre l'a engraissé de sa substance — Bossuet (1627-1704)

  10. Particulièrement, entretenir, faire durer, en parlant de choses matérielles qui consument ou se consument. Nourrir le feu, entretenir une canonnade, une fusillade non interrompue.

    Ils lancent des torches ardentes et telles autres choses propres à nourrir le feu — Vaugelas (1585-1650)

    Il est probable que des comètes tombent dans le soleil ; les newtoniens conjecturent même que cela arrive, et ils le croient nécessaire pour nourrir cet astre, qui s'épuiserait insensiblement, puisqu'en répandant la lumière il perd continuellement de sa substance — CONDIL.

  11. Fig. Faire durer en soi des sentiments, des passions, etc. Il se dit des personnes ou des choses qui entretiennent, font durer un sentiment, une chose morale en quelqu'un.

    Et [son esprit] nourrissait ainsi d'éternelles douleurs — Pierre Corneille (1606-1684)

    Et l'accueil gracieux qu'il recevait de vous Lui permet de nourrir un espoir assez doux — Pierre Corneille (1606-1684)

  12. Nourrir une action, fournir un supplément de finance au capital d'une action. Nourrir un numéro à la loterie, mettre sur le même numéro à chaque tirage, en augmentant toujours la mise.

    Soit honneur, soit raison, soit impuissance, un grand nombre de personnes ne nourrissaient pas leurs actions, qui perdaient alors les trois quarts de leur prix originaire — Raynal (1713-1796)

  13. Terme de peinture. Nourrir un tableau de couleurs, mettre les couleurs assez abondamment pour qu'on puisse les mêler aisément et les empâter. Nourrir le trait, éviter la maigreur, la sécheresse. Terme de calligraphie. Nourrir ses lettres, faire que les traits soient suffisamment chargés d'encre, pour qu'ils ne soient pas trop maigres. En termes de musique, nourrir les sons, faire qu'ils soient pleins et retentissants, et les soutenir exactement pendant leur durée.

  14. Nourrir le style, le fortifier soit par des expressions abondantes, soit par des citations, etc.

  15. Nourrir ses grades, en matière bénéficiale, c'était renouveler l'insinuation dans le temps prescrit pendant le carême (voy. INSINUATION, n° 2).

  16. Se nourrir, v. réfl. Prendre pour aliment. Se nourrir de pain. Cet enfant, cet animal se nourrit bien, se nourrit mal, les aliments lui profitent bien, ne lui profitent pas. Cet arbre n'a pas de quoi se nourrir, il est planté dans une mauvaise terre.

    Maintenant, pour nous nourrir, il faut répandre du sang malgré l'horreur qu'il nous cause naturellement — Bossuet (1627-1704)

    C'est un personnage illustre dans son genre, et qui a porté le talent de se bien nourrir jusques où il pouvait aller ; on ne reverra plus un homme qui mange tant et qui mange si bien — La Bruyère (1645-1696)

  17. Fig. Il se dit des aliments intellectuels et moraux.

    Votre frère est tout à fait tourné du côté de la dévotion.... il viendra un jour [la mort] où l'on sera bien heureux de s'être nourri dans ces sortes de pensées chrétiennes — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Il fait un carême éternel ; et, durant ce carême, il semble qu'il ne se nourrisse que d'oraisons et de jeûnes — Bossuet (1627-1704)

  18. Terme de marine. Se nourrir, se dit de l'état du ciel qui annonce quelque tempête. Le ciel commence à se nourrir.

Étymologie : Bourg. norri ; picard, norir ; wallon, noûri ; Hainaut, norir ; provenc. nurir, noirir ; cat. nudrir ; esp. nutrix ; ital. nutrire ; du lat. nutrire, nourrir. Selon la conjecture de Corssen (Nachtraege, p. 293), nutrire est le verbe dénominatif de nulrix, comme pistrire de pistor ; il explique nutrix par chute de l's initiale, comme étant snutrix, du radical sanscrit snu, couler, goutter : celle qui fait couler [le lait], la nourrice. Snu a déjà perdu son s dans νέω, nare, etc.

Historique : XIe s. Li mien baron, nurrit [je] vous ai long temps XIIe s. Pese moi [je suis fâché] quant [je] fui onques en son ostel norris, Puisqu'estre me convient [il me faut] ses mortex enemis [son ennemi mortel] Qui molt fu ses norriz [de ses familiers] XIIIe s. Car je ne fu pas norriz à Pontoise Ai-ge paour que Diex me faille, Qui norrist les oiseaux aux chans ? Leans out un lion nourri d'ancesserie [depuis longtemps] Jà fu Berte ma fille en si bon lieu nourrie [élevée en si bonne famille] [Symon et Constance] Qui l'ont [Berte] avec leur fille mout doucement nourrie Car li rois de Hongrie fu en Fran…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

v. tr.

  1. Sustenter, servir d’aliment. Les aliments propres à nourrir l’homme. Cette fertile région produit tout ce qui est nécessaire pour nourrir hommes et animaux.

  2. Absolument, Le pain nourrit beaucoup. Certaines viandes nourrissent trop.

  3. Cet enfant, cet animal se nourrit bien, se nourrit mal, Les aliments lui profitent bien, ne lui profitent pas.

  4. Par analogie, Cet arbre n’a pas de quoi se nourrir, Il est planté dans une mauvaise terre où il ne trouve pas un suc convenable et suffisant.

  5. Fig., Ce blé, ce grain est bien nourri, Il est bien plein, bien rempli.

  6. Fig., Un style nourri, Un style riche, plein, abondant. Un ouvrage nourri de pensées, de réflexions, Un ouvrage où les pensées justes, les réflexions judicieuses abondent. On dit aussi Un écrivain nourri des bons auteurs, Un écrivain qui fait preuve d’une grande connaissance des bons auteurs.

  7. En termes de Peinture, Une couleur nourrie, Une couleur bien empâtée. Un trait nourri, Un trait qui n’est pas trop fin.

  8. En termes de Calligraphie, Cette lettre est bien nourrie, Les traits qui la forment ont beaucoup de corps. Elle n’est pas bien nourrie, Elle est plus déliée qu’il ne faut.

  9. En termes de Musique, Nourrir les sons, Faire qu’ils soient pleins et les soutenir pendant leur durée.

  10. En langage militaire, Feu nourri, fusillade nourrie, Fusillade violente.

  11. NOURRIR signifie aussi élever un nouveau- né on l’allaitant. Elle a nourri ses trois enfants. Absolument, Cette femme nourrit.

  12. Il signifie encore Entretenir d’aliments. Je l’ai vêtu et nourri pendant dix ans. Les enfants sont obligés de nourrir leur père et leur mère dans le besoin. Je lui donne tant par an pour me loger et pour me nourrir. On est bien nourri, on est mal nourri dans cette pension, dans cet hôtel. être logé et nourri. Les oiseaux de proie se nourrissent de chair. L’homme se nourrit de pain, de viande, de légumes, etc. Cet anachorète ne se nourrit que de racines sauvages.

  13. Fig., N’être pas nourri, N’être pas suffisamment nourri, être mal nourri. Les enfants ne sont pas nourris dans cette pension, dans ce collège. Les domestiques ne sont pas nourris dans cette maison.

  14. Par plaisanterie, Cet homme est bien nourri, Il a beaucoup d’embonpoint.

  15. NOURRIR signifie au figuré Instruire, élever. Ce jeune homme a été nourri dans l’amour de la vertu, dans la haine du vice. Il a été nourri aux lettres latines.

  16. Fig., Il nourrit un serpent dans son sein, Il élève, il protège, il assiste un ingrat, un méchant qui le perdra, qui le ruinera quelque jour.

  17. NOURRIR se dit aussi d’un Pays qui ordinairement en fournit un autre de vivres, d’une terre, d’un domaine qui donne au propriétaire de quoi le faire subsister, d’une profession qui procure de quoi vivre à celui qui l’exerce. La Sicile nourrissait Rome. Cette terre le nourrit, lui et toute sa famille. Ce métier ne nourrit pas son homme.

  18. Il signifie quelquefois Produire, porter, renfermer. L’Afrique nourrit beaucoup d’animaux féroces. Cette terre nourrit une race d’hommes forts et courageux. Cette mer nourrit des poissons voraces et destructeurs. En ce sens, il vieillit.

  19. NOURRIR signifie, au figuré, Donner un aliment. Nourrir son imagination de chimères. Se nourrir de la parole de Dieu. Il se nourrit d’idées tristes.

  20. Il signifie aussi, figurément, Entretenir, faire subsister, faire durer. Nourrir l’espoir, le mécontentement, l’orgueil de quelqu’un. Nourrir dans son âme une passion malheureuse, un amour sans espérance, des souvenirs pleins de charmes. Nourrir en soi une illusion.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (51)
  • nourririons — conditionnel présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /nuʁiʁjɔ̃/
  • nourrirais — conditionnel présent 1ʳᵉ pers. singulier — /nuʁiʁɛ/
  • nourririez — conditionnel présent 2ᵉ pers. pluriel — /nuʁiʁje/
  • nourrirais — conditionnel présent 2ᵉ pers. singulier — /nuʁiʁɛ/
  • nourriraient — conditionnel présent 3ᵉ pers. pluriel — /nuʁiʁɛ/
  • nourrirait — conditionnel présent 3ᵉ pers. singulier — /nuʁiʁɛ/
  • nourrissons — impératif présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /nuʁisɔ̃/
  • nourrissez — impératif présent 2ᵉ pers. pluriel — /nuʁise/
  • nourris — impératif présent 2ᵉ pers. singulier — /nuʁi/
  • nourrirons — indicatif futur 1ʳᵉ pers. pluriel — /nuʁiʁɔ̃/
  • nourrirai — indicatif futur 1ʳᵉ pers. singulier — /nuʁiʁe/
  • nourrirez — indicatif futur 2ᵉ pers. pluriel — /nuʁiʁe/
  • nourriras — indicatif futur 2ᵉ pers. singulier — /nuʁiʁa/
  • nourriront — indicatif futur 3ᵉ pers. pluriel — /nuʁiʁɔ̃/
  • nourrira — indicatif futur 3ᵉ pers. singulier — /nuʁiʁa/
  • nourrissions — indicatif imparfait 1ʳᵉ pers. pluriel — /nuʁisjɔ̃/
  • nourrissais — indicatif imparfait 1ʳᵉ pers. singulier — /nuʁisɛ/
  • nourrissiez — indicatif imparfait 2ᵉ pers. pluriel — /nuʁisje/
  • nourrissais — indicatif imparfait 2ᵉ pers. singulier — /nuʁisɛ/
  • nourrissaient — indicatif imparfait 3ᵉ pers. pluriel — /nuʁisɛ/
  • nourrissait — indicatif imparfait 3ᵉ pers. singulier — /nuʁisɛ/
  • nourrîmes — indicatif passé 1ʳᵉ pers. pluriel — /nuʁimə/
  • nourris — indicatif passé 1ʳᵉ pers. singulier — /nuʁi/
  • nourrîtes — indicatif passé 2ᵉ pers. pluriel — /nuʁitə/
  • nourris — indicatif passé 2ᵉ pers. singulier — /nuʁi/
  • nourrirent — indicatif passé 3ᵉ pers. pluriel — /nuʁiʁə/
  • nourrit — indicatif passé 3ᵉ pers. singulier — /nuʁi/
  • nourrissons — indicatif présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /nuʁisɔ̃/
  • nourris — indicatif présent 1ʳᵉ pers. singulier — /nuʁi/
  • nourrissez — indicatif présent 2ᵉ pers. pluriel — /nuʁise/
  • nourris — indicatif présent 2ᵉ pers. singulier — /nuʁi/
  • nourrissent — indicatif présent 3ᵉ pers. pluriel — /nuʁisə/
  • nourrit — indicatif présent 3ᵉ pers. singulier — /nuʁi/
  • nourrir — infinitif — /nuʁiʁ/
  • nourries — participe passé pluriel féminin — /nuʁi/
  • nourris — participe passé pluriel masculin — /nuʁi/
  • nourrie — participe passé singulier féminin — /nuʁi/
  • nourri — participe passé singulier masculin — /nuʁi/
  • nourrissant — participe présent — /nuʁisɑ̃/
  • nourrissions — subjonctif imparfait 1ʳᵉ pers. pluriel — /nuʁisjɔ̃/
  • nourrisse — subjonctif imparfait 1ʳᵉ pers. singulier — /nuʁisə/
  • nourrissiez — subjonctif imparfait 2ᵉ pers. pluriel — /nuʁisje/
  • nourrisses — subjonctif imparfait 2ᵉ pers. singulier — /nuʁisə/
  • nourrissent — subjonctif imparfait 3ᵉ pers. pluriel — /nuʁisə/
  • nourrît — subjonctif imparfait 3ᵉ pers. singulier — /nuʁi/
  • nourrissions — subjonctif présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /nuʁisjɔ̃/
  • nourrisse — subjonctif présent 1ʳᵉ pers. singulier — /nuʁisə/
  • nourrissiez — subjonctif présent 2ᵉ pers. pluriel — /nuʁisje/
  • nourrisses — subjonctif présent 2ᵉ pers. singulier — /nuʁisə/
  • nourrissent — subjonctif présent 3ᵉ pers. pluriel — /nuʁisə/
  • nourrisse — subjonctif présent 3ᵉ pers. singulier — /nuʁisə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée nourrir#42935.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.