nourrice
nom, féminin, /nuʁisə/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (8 sens)
Littré (1873)
s. f.
Femme qui allaite l'enfant d'une autre. Mettre un enfant en nourrice, le donner à une nourrice hors de chez soi. Retirer un enfant de nourrice, le retirer de chez la nourrice. Changer un enfant en nourrice, substituer un autre enfant en place de celui qui a été remis à la nourrice. Un enfant a été changé en nourrice, la nourrice l'a substitué à celui qu'elle avait reçu des parents. Son enfant a été changé en nourrice, la nourrice a remplacé l'enfant de cette mère par un enfant étranger. Fig. Il faut qu'il ait été changé en nourrice, se dit d'un enfant qui ne ressemble point à ses parents pour les traits, pour le caractère. On dit dans le sens opposé : il n'a pas été changé en nourrice. Mois de nourrice, le temps pendant lequel un enfant est en nourrice, et qui se compte par mois, parce que c'est par mois que la nourriture se paye ordinairement. Cette expression est surtout employée par moquerie quand une personne veut se rajeunir : J'ai vingt-deux ans à peine....- Sans compter les mois de nourrice. Fig. Battre sa nourrice, attaquer les choses ou les personnes auxquelles on est redevable de son éducation, de sa fortune. On dit dans le même sens : mordre le sein de sa nourrice.
Je ne sais qui fut ta nourrice ; Mais ton corps me paraît en merveilleux état — La Fontaine (1621-1695)
C'est une fille de ma mère nourrice que j'ai mise à la chambre, et elle est toute neuve encore — Molière (1622-1673)
Nourrice sur lieu, femme qui allaite un enfant dans la maison de la mère.
Mère qui allaite son propre enfant.
Malheur à celles qui sont enceintes ou nourrices en ce temps-là [lors de la désolation de Jérusalem] ! — Pascal (1623-1662)
Comme la véritable nourrice est la mère, le véritable précepteur est le père ; qu'ils s'accordent dans l'ordre de leurs fonctions ainsi que dans leur système — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Fig. Ce qui entretient, alimente. Il se dit d'une province qui fournit à une ou plusieurs villes de quoi se nourrir. La Normandie est la nourrice de Paris.
La mémoire est la nourrice du génie ; pour peindre le malheur, il n'est pas besoin d'être malheureux, mais il est bon de l'avoir été — Marmontel (1723-1799)
Fig. Ce qui, dans certaines professions, procure le plus de gain (sens qui vieillit). Les maladies chroniques sont les nourrices des médecins.
Jument qui allaite. Se dit des abeilles qui ont pour emploi de soigner les œufs et les larves.
Étymologie : Provenç. nuirissa, noyrissa, noirissa ; du lat. nutritia, de nutrire, nourrir. On serait tenté de le tirer de nutricem ; mais les noms en īcem donnent is, et non pas ice : imperatricem, empereïs ; la forme en ice dans les mots qui dérivent de mots en icem est moderne.
Historique : XIIe s. Terre norrice, par tanz, De chevaliers pruz e vaillanz E sa nurrice prist l'enfand, si s'en fuid Une norisse [il] a demandée Por l'enfant norir, e louée Roy voudrent [ils voulurent] faire, sy doubterent, Le quel des vallez [jeunes enfants] roy feroient ; Petit erent [ils étaient petits], et poy savoient, Encore estoient à nourrice XIIIe s. Nourrices poi curieuses [soigneuses] ont mis maint enfant à mort Il li avoit convent [fait promesse] qu'il metroit l'enfant à norrice et en bon liu XVe s. Et luy sembloit que le connestable estoit cause et vraye nourrice de ceste guerre Sachez que l'…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. f.
Mère qui allaite son enfant. Elle a été la nourrice de tous ses enfants.
Il se dit aussi d’une Femme qui allaite l’enfant d’une autre. Le médecin a recommandé une nourrice pour cet enfant.
Mettre un enfant en nourrice, Le donner à une nourrice hors de chez soi. Retirer un enfant de nourrice, Le retirer de chez la nourrice.
Cet enfant a été changé en nourrice, La nourrice l’a substitué à celui qu’elle avait reçu des parents.
Prov., Il faut qu’il ait été changé en nourrice. Voyez
CHANGER.
Les mois de nourrice, Le temps qu’un enfant est resté en nourrice. Il se dit, familièrement et par plaisanterie, en parlant des Personnes qui veulent se rajeunir. Cette femme se donne vingt-cinq ans, mais elle ne compte pas les mois de nourrice.
Fig., Battre sa nourrice, Attaquer les personnes ou les choses auxquelles on est redevable de son éducation, de sa fortune. Les écrivains modernes qui attaquent les anciens sont des enfants qui battent leur nourrice.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- nourrices — pluriel — /nuʁisə/
- nourrice — singulier — /nuʁisə/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée nourrice#42929.