ni
adverbe
Grammaire et formes (1)
- ni — forme de base
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée ni#171948.
adverbe
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée ni#171948.
conjonction de coordination, /ni/
Frise des témoins : Littré 1873 (17 sens)
conj.
Ni répété devant chacun des termes qu'il s'agit de nier. L'usage est de répéter ni à chaque terme, et les grammairiens en font une règle. Cependant cette règle n'est fondée sur aucune raison péremptoire ; et voici des exemples où elle n'a pas été observée. (Ces exemples sont des vers ; mais on pourrait les imiter en prose.)
La religion commande des choses difficiles, mais elle n'est ni affreuse, ni farouche, ni cruelle — BENSERADE
Elle n'a ni parents, ni support, ni richesse — Molière (1622-1673)
Ni l'un ni l'autre, voy. UN.
Ni mis une seule fois ; en cet emploi on ne s'en sert guère qu'avec des substantifs sans article ou avec des noms propres. Honneurs ni richesses ne font le bonheur.
Ils n'avaient tapis ni housse, Mais tous fort bon appétit — La Fontaine (1621-1695)
Dans ses meubles, dût-elle en avoir de l'ennui, Il ne faut écritoire, encre, papier, ni plumes — Molière (1622-1673)
Ni est quelquefois suivi immédiatement de ne, lorsqu'il joint deux propositions négatives ; dans ce cas la proposition liée rejette la particule pas ou point.
Jamais pécheur ne demanda un pardon plus humble, ni ne s'en crut plus indigne — Bossuet (1627-1704)
Le prince n'a point d'autre but, ni n'en veut connaître — Montesquieu (1689-1755)
Ni joint quelquefois deux propositions négatives, comme fait et.
Si on n'aimait pas les justes, ni on ne les protégeait pas pour eux-mêmes, il les faudrait protéger pour le bien public — Bossuet (1627-1704)
Quand ni n'est pas répété, il peut se construire avec pas ou point.
Est-il possible que ce même Sostrate qui n'a pas craint Brennus ni tous les Gaulois.... — Molière (1622-1673)
Que la fortune ne tente donc pas de nous tirer du néant, ni de forcer la bassesse de notre nature — Bossuet (1627-1704)
Quand ni est répété, on ne met pas la particule point ou pas. On ne dit pas : Il ne faut pas être ni prodigue ni avare ; mais : Il ne faut être ni prodigue, ni avare. On ne dit pas : Ni la prudence ni l'humanité ne permettent pas une telle conduite ; mais : Ni la prudence ni l'humanité ne permettent une telle conduite. Toutefois les meilleurs écrivains se sont affranchis de cette règle ou plutôt de cet usage.
Madame, mon amour n'emploiera pas pour moi Ni la loi du combat ni le vouloir du roi — Pierre Corneille (1606-1684)
Ce n'est pas tout encore, et tu ne conçois pas Ni tout ce qu'est l'amour ni ce qu'il a d'appas — Pierre Corneille (1606-1684)
Avec jamais on omet un des ni, mais aussi on le répète très bien. Je ne l'ai jamais vu, lui ni son frère. Il en est du substantif personne comme de l'adverbe jamais.
La justice ne fut jamais ni si éclairée, ni si secourable — Bossuet (1627-1704)
La nature n'avait donné à personne ni une âme plus élevée, ni un génie plus heureux, qu'à la fille de Théon — Diderot (1713-1784)
Lorsqu'il y a plusieurs verbes qui se suivent, le premier n'est point précédé de ni. Je ne veux, ni ne dois, ni ne puis obéir. Cependant cet usage n'est pas absolu.
Un sot ni n'entre, ni ne sort, ni ne s'assied, ni ne se lève, ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes, comme un homme d'esprit — La Bruyère (1645-1696)
Ni liant non des mots, mais des propositions, peut se mettre en tête des propositions, surtout dans le style élevé.
Ni sa main n'est point raccourcie, ni ses trésors ne sont point épuisés — Bossuet (1627-1704)
Ni l'édifice n'est plus solide que le fondement, ni l'accident attaché à l'être, plus réel que l'être même — Bossuet (1627-1704)
Ni s'est construit avec sans. Aujourd'hui on mettrait et au lieu de ni.
Elle [la Brinvilliers] écouta son arrêt, dès le matin, sans frayeur ni sans faiblesse — Mme de Sévigné (1626-1696)
Mon équipage est venu jusqu'ici sans aucun malheur, ni sans aucune incommodité — Mme de Sévigné (1626-1696)
Après un que conjonctif que précède un verbe accompagné d'une négation, le membre de phrase qui suit doit toujours commencer par ni. Cet usage est souvent violé, sans aucune faute.
Ne pense pas qu'au moment que je t'aime, Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même, Ni que du fol amour qui trouble ma raison Ma lâche complaisance ait nourri le poison — Jean Racine (1639-1699)
Ni suivi de la préposition de et d'un nom pris partitivement.
Elle ne peut causer ni d'enflure ni d'enfoncement — Pascal (1623-1662)
Qu'il lui coûtait moins d'exposer sa vie que de dissimuler ses sentiments, et qu'il n'achèterait jamais ni de faveur ni de fortune aux dépens de sa probité — Fléchier (1632-1710)
Ni se met quelquefois sans ne et sans verbe, et par la seule vertu d'une proposition sous-entendue. Comment la trouvez-vous ? Ni belle ni laide.
Ayant pour maxime inviolable avec mes amis de me montrer à leurs yeux exactement tel que je suis, ni meilleur, ni pire — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Ni se dit quelquefois pour et en des phrases qui ont un sens négatif implicite. C'est cet emploi de ni qui rend correcte cette phrase : Il n'est pas possible ou il est impossible que ni le temps ni l'art apportent quelque amélioration à l'état de sa vue.
J'ai grande peine à croire ce que vous me dites de madame ***, ni qu'elle ait pris votre parti contre moi — Voiture (1597-1648)
Désespérant de réduire Babylone ni par force ni par famine — Bossuet (1627-1704)
Ni sans ne, archaïsme tombé en désuétude et qui est aujourd'hui considéré comme une faute.
Elle n'ôte à pas un ni donne d'espérance — Pierre Corneille (1606-1684)
Une douceur que rien n'émeut ni aigrit — Bourdaloue (1632-1704)
Ni pris substantivement. [il s'agit de ces vers de Nicomède : Je vous avais prié de l'attaquer lui-même, Et de ne mêler point, surtout dans vos desseins, Ni le secours du roi, ni celui des Romains, III, 6].
Ces deux ni avec point ne sont pas permis — Voltaire (1694-1778)
Étymologie : Provenç. ne, ni ; anc. esp. ne ; esp. mod. ni ; port. nem ; ital. ne ; du lat. nec. L'ancien français est toujours ne ; on voit apparaître ni dans les écrits de Froissart ; puis dans le XVIe siècle ni s'introduit et entre en lutte avec ne, et souvent dans la même phrase on trouve les deux. Enfin dans le XVIIe siècle ne n'est plus qu'un archaïsme, aujourd'hui complétement tombé en désuétude, excepté quand on répète en plaisantant le ne plus ne moins du Malade imaginaire.
Historique : XIe s. Mur ne citet n'i est remes [resté] à fraindre [briser] Ne n'ai tel gent qui la sue derompe XIIe s. Il s'en ala avant, ne dist ne ço ne quei XIIIe s. Ne soiez vers les pauvres ne sure [aigre] ne amere Par un jour si très bel qu'il ne pleut ne ne vente Que ceens entre fame n'en hiver n'en esté XVe s. Adonc fut la dame moult esbahie, et requit tout en pleurant conseil à monseigneur Robert d'Artois quelle chose elle en pourroit faire, ni où se traire à garant ni à conseil Ne suis roy ni prince aussy, Je suis le sire de Coucy Dictes-moy où n'en quel pays Est Flora... Prince, n'enquerez de se…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée ni#42531.
Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.