s. f.
Ce qui est absolument nécessaire ; condition nécessaire. Une dure nécessité. Faire une chose par nécessité.
Afin que les hommes, édifiés de votre conduite et accoutumés à vous suivre, se trouvent réduits à l'heureuse nécessité de fuir le mal, et à la nécessité encore plus heureuse de faire le bien — Bourdaloue (1632-1704)
Il mourut le 6 août 1706 d'une mort douce et paisible et par la seule nécessité de mourir — Fontenelle (1657-1757)
Dans un sens abstrait et général, le caractère de ce qui s'impose irrémissiblement. Plier sous le joug de la nécessité. Les dures lois de la nécessité.
Le mieux serait peut-être de n'avoir point reçu cette vie dont on se plaint si souvent et qu'on aime toujours ; mais rien n'a dépendu de nous ; nous sommes attachés, comme dit Horace, avec les gros clous de la nécessité — Voltaire (1694-1778)
Et la nécessité, souveraine des lois — Voltaire (1694-1778)
Terme de philosophie. Ce qui fait qu'une chose ne peut pas ne pas être. Nécessité métaphysique, celle qui fait qu'une chose est telle que le contraire en est impossible ; exemple : deux et deux font quatre. Nécessité morale, celle qui oblige les êtres moraux. Terme de théologie. Nécessité de moyen, se dit pour nécessité absolue, par opposition à nécessité de précepte. Le baptême est nécessaire d'une nécessité de moyen ; l'eucharistie n'est, à la rigueur, que d'une nécessité de précepte.
Il ne faut point souffrir en Dieu une nécessité qui soit hors de lui, qui lui soit supérieure, qui le domine.... il est lui-même sa propre nécessité — Bossuet (1627-1704)
La distinction de perfection et de conseil, et du bien de nécessité et d'obligation — Bossuet (1627-1704)
Ce qui est logiquement nécessaire. Je ne vois pas la nécessité de cette conséquence. Si vous voulez qu'on vous pardonne, c'est une nécessité que vous pardonniez.
Vous ne trouvez point que tout cela soit ni bon ni vrai ; je cède à la nécessité et à la force de vos raisons — Mme de Sévigné (1626-1696)
Ce qui contraint, oblige, en une circonstance donnée. La nécessité était venue de s'expliquer. Faire de nécessité vertu, faire de bonne grâce une chose qui déplaît, mais qu'on est obligé de faire. Une chose de première nécessité, une chose dont il est impossible ou très difficile qu'on se passe pour exister. Par analogie, les choses de seconde nécessité, les choses qui sont fort utiles, mais dont à la rigueur on pourrait se passer.
S'assure-t-on sur l'alliance Qu'a faite la nécessité ? — La Fontaine (1621-1695)
Nécessité l'ingénieuse Leur fournit une invention — La Fontaine (1621-1695)
Besoin pressant.
Quelle nécessité y avait-il de faire ce que vous avez fait ? Dans une nécessité de toutes choses — Vaugelas (1585-1650)
Pourquoi le perdons-nous dans la nécessité la plus pressante, au milieu de ses grands exploits... ? — Fléchier (1632-1710)
Besoin d'argent, indigence. Il est tombé dans la nécessité.
Revenons aux personnes incommodées, pour le soulagement desquelles nos Pères assurent qu'il est permis de dérober non-seulement dans une extrême nécessité, mais encore dans une nécessité grave quoique non extrême — Pascal (1623-1662)
Mon fils s'en va.... on ne voit à Paris que des équipages qui partent ; les cris sur la nécessité sont encore plus grands qu'à l'ordinaire ; mais il n'en demeurera aucun, non plus que les années passées — Mme de Sévigné (1626-1696)
Au plur. Tout ce qui est exigé par des besoins physiques ou moraux.
De s'offenser pour avoir reçu un soufflet, ou de tant désirer la gloire ; mais cela est très souhaitable à cause des autres biens essentiels qui y sont joints ; et un homme qui a reçu un soufflet sans s'en ressentir est accablé d'injures et de nécessités — Pascal (1623-1662)
C'est lui [un ministre] qui reçoit les vœux, qui écoute les plaintes, qui examine les nécessités, qui pèse les services.... — Fléchier (1632-1710)
En un sens plus restreint. Les nécessités, les besoins de la vie, les choses nécessaires à la vie. Menues nécessités des tribunaux, s'est dit des buvettes, du chauffage, etc. Par plaisanterie. Les exigences d'un amant auprès de sa maîtresse.
Alexandre fit savoir les nécessités de ses troupes aux gouverneurs des autres provinces — Vaugelas (1585-1650)
Ceux qui le plaignaient [l'homme qui criait malheur à Jérusalem], ceux qui le maudissaient, ceux qui lui donnaient ses nécessités, n'entendirent jamais de lui que cette terrible parole — Bossuet (1627-1704)
Besoins d'argent qu'éprouve un pays, un gouvernement, une corporation, une grande maison.
Le premier argent qu'il reçut d'Espagne, malgré les nécessités de sa maison, fut donné à ses amis — Bossuet (1627-1704)
L'argent destiné pour les frais du théâtre d'Athènes était un argent sacré : il n'était pas même permis d'y toucher dans les plus grandes nécessités et dans les plus grands dangers de la guerre — Voltaire (1694-1778)
Les nécessités de la nature, les besoins auxquels la nature de l'homme est assujettie, comme boire, manger, etc. Aller à ses nécessités, faire ses nécessités, satisfaire les besoins d'évacuation. Il se dit au singulier.
Assujettis aux mêmes nécessités naturelles, exposés aux mêmes périls, livrés en proie aux mêmes maladies — Bossuet (1627-1704)
C'est en effet la vraie grâce de l'aumône, en soulageant les besoins des pauvres, de diminuer en nous d'autres besoins, c'est-à-dire ces besoins honteux qu'y fait la délicatesse, comme si la nature n'était pas assez accablée de nécessités — Bossuet (1627-1704)
De nécessité, loc. adv. Nécessairement.
Quand il faut de nécessité finir la pièce — Pierre Corneille (1606-1684)
Il faut de nécessité que tout ce que nous avons dit arrive en lui — Boileau (1636-1711)
Par nécessité, loc. adv. À cause d'un besoin pressant. Il vend sa bibliothèque par nécessité. Nécessité n'a point de loi, c'est-à-dire un extrême péril, un extrême besoin, peuvent rendre excusables des actions blâmables en elles-mêmes.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).