nécessité

nécessité

adjectif

Entrée attestée par un témoin historique — absente de la nomenclature contemporaine (Morphalou).

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (3 sens)

Littré (1873) — entrée 2

part. passé

  1. Réduit à la nécessité de, obligé de, forcé à.

    Les pharisiens et les scribes font grand état de ses miracles [de Jésus].... étant nécessités d'être convaincus, s'ils reconnaissent qu'ils sont de Dieu — Pascal (1623-1662)

    Les pauvres sont nécessaires à un État ; ils en font la base ; il faut des mains nécessitées au travail — Voltaire (1694-1778)

  2. Commandé par une nécessité fatale.

    Ils croient que toutes nos actions sont nécessitées, et que nous n'avons d'autre liberté que celle de porter quelquefois de bon gré les fers auxquels la fatalité nous attache — Voltaire (1694-1778)

  3. Rendu nécessaire, en parlant des choses. Une conduite nécessitée par les circonstances.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Source de l'entrée : Dictionnaire de la langue française (Littré), 1863-1873, licence CC-BY-SA-3.0 — entrée NÉCESSITÉ, ÉE#sens2.

nécessité

nom, féminin, /nesesite/ ou /nɛsɛsite/

Définitions

  1. Caractère de ce dont on ne peut se passer ou qui s'impose absolument.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.

  2. Contrainte à laquelle on ne peut se soustraire, obligation impérieuse.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.

  3. Situation qui exige une action ou une chose de façon pressante.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (13 sens) — Académie 1935 (20 sens)

Littré (1873) — entrée 1

s. f.

  1. Ce qui est absolument nécessaire ; condition nécessaire. Une dure nécessité. Faire une chose par nécessité.

    Afin que les hommes, édifiés de votre conduite et accoutumés à vous suivre, se trouvent réduits à l'heureuse nécessité de fuir le mal, et à la nécessité encore plus heureuse de faire le bien — Bourdaloue (1632-1704)

    Il mourut le 6 août 1706 d'une mort douce et paisible et par la seule nécessité de mourir — Fontenelle (1657-1757)

  2. Dans un sens abstrait et général, le caractère de ce qui s'impose irrémissiblement. Plier sous le joug de la nécessité. Les dures lois de la nécessité.

    Le mieux serait peut-être de n'avoir point reçu cette vie dont on se plaint si souvent et qu'on aime toujours ; mais rien n'a dépendu de nous ; nous sommes attachés, comme dit Horace, avec les gros clous de la nécessité — Voltaire (1694-1778)

    Et la nécessité, souveraine des lois — Voltaire (1694-1778)

  3. Terme de philosophie. Ce qui fait qu'une chose ne peut pas ne pas être. Nécessité métaphysique, celle qui fait qu'une chose est telle que le contraire en est impossible ; exemple : deux et deux font quatre. Nécessité morale, celle qui oblige les êtres moraux. Terme de théologie. Nécessité de moyen, se dit pour nécessité absolue, par opposition à nécessité de précepte. Le baptême est nécessaire d'une nécessité de moyen ; l'eucharistie n'est, à la rigueur, que d'une nécessité de précepte.

    Il ne faut point souffrir en Dieu une nécessité qui soit hors de lui, qui lui soit supérieure, qui le domine.... il est lui-même sa propre nécessité — Bossuet (1627-1704)

    La distinction de perfection et de conseil, et du bien de nécessité et d'obligation — Bossuet (1627-1704)

  4. Ce qui est logiquement nécessaire. Je ne vois pas la nécessité de cette conséquence. Si vous voulez qu'on vous pardonne, c'est une nécessité que vous pardonniez.

    Vous ne trouvez point que tout cela soit ni bon ni vrai ; je cède à la nécessité et à la force de vos raisons — Mme de Sévigné (1626-1696)

  5. Ce qui contraint, oblige, en une circonstance donnée. La nécessité était venue de s'expliquer. Faire de nécessité vertu, faire de bonne grâce une chose qui déplaît, mais qu'on est obligé de faire. Une chose de première nécessité, une chose dont il est impossible ou très difficile qu'on se passe pour exister. Par analogie, les choses de seconde nécessité, les choses qui sont fort utiles, mais dont à la rigueur on pourrait se passer.

    S'assure-t-on sur l'alliance Qu'a faite la nécessité ? — La Fontaine (1621-1695)

    Nécessité l'ingénieuse Leur fournit une invention — La Fontaine (1621-1695)

  6. Besoin pressant.

    Quelle nécessité y avait-il de faire ce que vous avez fait ? Dans une nécessité de toutes choses — Vaugelas (1585-1650)

    Pourquoi le perdons-nous dans la nécessité la plus pressante, au milieu de ses grands exploits... ? — Fléchier (1632-1710)

  7. Besoin d'argent, indigence. Il est tombé dans la nécessité.

    Revenons aux personnes incommodées, pour le soulagement desquelles nos Pères assurent qu'il est permis de dérober non-seulement dans une extrême nécessité, mais encore dans une nécessité grave quoique non extrême — Pascal (1623-1662)

    Mon fils s'en va.... on ne voit à Paris que des équipages qui partent ; les cris sur la nécessité sont encore plus grands qu'à l'ordinaire ; mais il n'en demeurera aucun, non plus que les années passées — Mme de Sévigné (1626-1696)

  8. Au plur. Tout ce qui est exigé par des besoins physiques ou moraux.

    De s'offenser pour avoir reçu un soufflet, ou de tant désirer la gloire ; mais cela est très souhaitable à cause des autres biens essentiels qui y sont joints ; et un homme qui a reçu un soufflet sans s'en ressentir est accablé d'injures et de nécessités — Pascal (1623-1662)

    C'est lui [un ministre] qui reçoit les vœux, qui écoute les plaintes, qui examine les nécessités, qui pèse les services.... — Fléchier (1632-1710)

  9. En un sens plus restreint. Les nécessités, les besoins de la vie, les choses nécessaires à la vie. Menues nécessités des tribunaux, s'est dit des buvettes, du chauffage, etc. Par plaisanterie. Les exigences d'un amant auprès de sa maîtresse.

    Alexandre fit savoir les nécessités de ses troupes aux gouverneurs des autres provinces — Vaugelas (1585-1650)

    Ceux qui le plaignaient [l'homme qui criait malheur à Jérusalem], ceux qui le maudissaient, ceux qui lui donnaient ses nécessités, n'entendirent jamais de lui que cette terrible parole — Bossuet (1627-1704)

  10. Besoins d'argent qu'éprouve un pays, un gouvernement, une corporation, une grande maison.

    Le premier argent qu'il reçut d'Espagne, malgré les nécessités de sa maison, fut donné à ses amis — Bossuet (1627-1704)

    L'argent destiné pour les frais du théâtre d'Athènes était un argent sacré : il n'était pas même permis d'y toucher dans les plus grandes nécessités et dans les plus grands dangers de la guerre — Voltaire (1694-1778)

  11. Les nécessités de la nature, les besoins auxquels la nature de l'homme est assujettie, comme boire, manger, etc. Aller à ses nécessités, faire ses nécessités, satisfaire les besoins d'évacuation. Il se dit au singulier.

    Assujettis aux mêmes nécessités naturelles, exposés aux mêmes périls, livrés en proie aux mêmes maladies — Bossuet (1627-1704)

    C'est en effet la vraie grâce de l'aumône, en soulageant les besoins des pauvres, de diminuer en nous d'autres besoins, c'est-à-dire ces besoins honteux qu'y fait la délicatesse, comme si la nature n'était pas assez accablée de nécessités — Bossuet (1627-1704)

  12. De nécessité, loc. adv. Nécessairement.

    Quand il faut de nécessité finir la pièce — Pierre Corneille (1606-1684)

    Il faut de nécessité que tout ce que nous avons dit arrive en lui — Boileau (1636-1711)

  13. Par nécessité, loc. adv. À cause d'un besoin pressant. Il vend sa bibliothèque par nécessité. Nécessité n'a point de loi, c'est-à-dire un extrême péril, un extrême besoin, peuvent rendre excusables des actions blâmables en elles-mêmes.

Étymologie : Provenç. necessitat ; esp. necesidad ; ital. necessità ; du lat. necessitatem, de necessus, nécessaire. D'après Corssen, Nachträge, p. 272, necessus, qui est fait comme nefarius, nefastus, se composerait du préfixe négatif ne et de cessus, participe de cedere, pris activement, comme dans circumspectus, qui est pour circumspiciens ; les inscriptions donnent de même successus pour successor ; necessus serait non cedens, ne cédant pas. On remarquera la forme neceé, qui est la formation la plus régulière, et parallèle à chasteé, chasteté.

Historique : XIIe s. De lur necessitet delivra els [eux] Psautier XIIIe s. Neceé Et chemina tant qu'il vint à Lions, où il trouva le pape, et li montra sa necessité S'il ne fait de necessité Vertu, par grant humilité XIVe s. La conclusion s'ensuit de necessité Et quant amis ont necessité ou indigence, il appetent recevoir utilité l'un de l'autre Il se fasoient vertu de leur necessité, Et tout prenoient en gré par vraie humilité XVe s. Necessité n'a loy Il avoit esté de necessité que.... Et que en sa necessité il n'avoit jamais trouvé si bon amy Necessité faict gens mesprendre, Ét faim saillir le loup des b…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Caractère de ce qui est absolument obligatoire, indispensable, de ce dont on ne peut se passer. Nécessité absolue, dure, fatale. Une heureuse nécessité. Faire une chose par nécessité. Multiplier les démarches sans nécessité.

  2. Il se dit aussi de Ce qu’on ne peut éviter, de ce qui s’impose d’une façon plus ou moins stricte. C’est une nécessité de mourir, La mort est inévitable. Je ne vois pas la nécessité de cette conséquence, Je ne vois pas que cette conséquence soit une suite logique du principe dont on la tire. Si vous voulez qu’on vous pardonne, c’est une nécessité que vous pardonniez, C’est une condition nécessaire. La nécessité d’aimer Dieu, L’obligation indispensable d’aimer Dieu.

  3. Prov., Faire de nécessité vertu, Faire de bonne grâce une chose qui déplaît, mais qu’on est obligé de faire.

  4. NÉCESSITÉ signifie, dans un sens général et absolu, Tout ce à quoi il est impossible de se soustraire, de résister. Il faut se soumettre à la nécessité, plier sous le joug de la nécessité. Les dures lois de la nécessité.

  5. NÉCESSITÉ signifie, dans un sens restreint et particulier, Ce qui contraint dans quelque circonstance déterminée. Ne me réduisez pas à la nécessité de vous dire des choses pénibles.

  6. Il signifie aussi Besoin pressant. C’est une nécessité que j’y mette ordre le plus tôt possible. Quelle nécessité y avait-il de faire ce qu’il a fait? Quelle nécessité si pressante de lui en parler? Une urgente nécessité.

  7. Une chose de première nécessité, Une chose dont il est impossible ou très difficile de se passer pour vivre. Le pain est une chose de première nécessité. Une denrée de première nécessité.

  8. Prov., Nécessité n’a point de loi, Un extrême péril, un extrême besoin peuvent rendre excusables des actions blâmables en elles-mêmes. On dit de même Nécessité fait loi.

  9. NÉCESSITÉ se dit des Besoins d’argent qu’éprouve un pays, un gouvernement, une corporation. Pourvoir par une nouvelle contribution aux urgentes nécessités de l’état. D’abondantes collectes ont pourvu aux nécessités pressantes de cette église. Par extension, Cette petite somme lui permettra de parer aux premières nécessités.

  10. Les nécessités de la vie, Les besoins urgents, les obligations de la vie. Les nécessités de la vie l’ont forcé à accepter cet emploi.

  11. Les nécessités de la nature, Les besoins auxquels la nature de l’homme est assujettie, comme boire, manger, dormir, etc.

  12. Aller à ses nécessités, Aller à la selle. Chalet de nécessité. Voyez

  13. CHALET.

  14. Il signifie encore Indigence, dénuement. Grande, extrême nécessité. être réduit à la dernière nécessité. Il est tombé dans la nécessité.

  15. DE NÉCESSITÉ et, plus souvent, DE TOUTE NÉCESSITÉ

  16. loc. adv.

  17. Nécessairement. Il faut de toute nécessité que cela soit. Il est de toute nécessité que je reste ici encore quelque temps.

  18. PAR NÉCESSITÉ

  19. loc. adv.

  20. à cause d’un besoin pressent. Il vend ses livres par nécessité.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • nécessités — pluriel — /nesesite/ ou /nɛsɛsite/
  • nécessité — singulier — /nesesite/ ou /nɛsɛsite/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée nécessité#43157.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.