néant
nom, masculin, /neɑ̃/ ou /nɛɑ̃/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (8 sens) — Académie 1935 (5 sens)
Littré (1873)
s. m.
Le non-être.
C'est lui qui du néant a tiré l'univers — Rotrou (1609-1650)
Quelque mouvement, quelque nombre, quelque espace, quelque temps que ce soit, il y en a toujours un plus grand et un moindre ; de sorte qu'ils se soutiennent tous entre le néant et l'infini — Pascal (1623-1662)
Destruction, anéantissement de l'être vivant.
Je sais seulement qu'en sortant de ce monde je tombe pour jamais ou dans le néant, ou dans les mains d'un Dieu irrité — Pascal (1623-1662)
Enfin, après avoir fait, ainsi que des fleuves, un peu plus de bruit les uns que les autres, ils [les hommes] vont tous se confondre dans ce gouffre infini du néant, où l'on ne trouve plus ni rois, ni princes.... — Bossuet (1627-1704)
Terme de palais. Mettre une appellation au néant, à néant, refuser de l'admettre. Mettre l'appellation et ce dont est appel au néant, annuler et l'appel, et la sentence dont il a été appelé. Mettre néant sur une requête, sur un article de compte, mettre le mot néant au bas d'une requête, à côté d'un article de compte, pour marquer qu'on rejette cette demande, cet article. Cette locution vieillit, ainsi que l'usage auquel elle se rapporte. Fig. et familièrement. Mettre néant à la requête de quelqu'un, refuser ce qu'il demande. On dit dans un sens analogue : réduire à néant, annuler, compter pour rien.
Sa Majesté leur a ordonné [aux gens du parlement] de mettre leur décret à néant, et leur a défendu de dénoncer des livres — Voltaire (1694-1778)
Ils veulent qu'on mette néant sur la requête, qu'on la mette au greffe, et que cela tienne lieu d'un arrêt qui décide tout — Mme de Sévigné (1626-1696)
Par exagération, peu de valeur, infinie petitesse d'une chose. Il se dit aussi des personnes pour exprimer leur infinie petitesse à l'égard de Dieu.
Épargnez-moi, Seigneur ; car mes jours ne sont qu'un néant — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Elle [l'âme convertie] commence à considérer comme un néant tout ce qui doit retourner dans le néant, le ciel, la terre, son esprit, son corps, ses parents, ses amis, ses ennemis.... — Pascal (1623-1662)
Néant se dit aussi de l'état d'une âme vide de sentiments et d'affections. Terme mystique. Sentiment de nullité, d'anéantissement qui s'empare de l'âme.
Si l'état le pire Est le néant, je ne sais point De néant plus complet qu'un cœur froid à ce point — La Fontaine (1621-1695)
Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passion, sans affaire.... il sent alors son néant.... son vide — Pascal (1623-1662)
Nullité, obscurité d'une personne. Homme de néant, et, plus rarement, homme du néant, homme obscur, qui n'est rien ni par sa position ni par sa fortune.
Ces destins merveilleux Qui tiraient du néant les héros fabuleux — Pierre Corneille (1606-1684)
Retourne en ton néant, et rends-moi la toison — Pierre Corneille (1606-1684)
Pour néant, loc. adv. Inutilement. Pour rien (vieilli en ce sens). On n'a pas mis cet homme en prison pour néant.
....J'ai maints chapitres vus, Qui pour néant se sont ainsi tenus ; Chapitres, non de rats, mais chapitres de moines, Voire chapitres de chanoines — La Fontaine (1621-1695)
Néant s'emploie familièrement dans un sens négatif pour exprimer que la chose dont on parle n'existe pas. Il se met aussi pour non.
Quant à l'esprit, néant ; il n'a pas pris la peine Jusqu'ici de paraître, et je doute qu'il vienne — Gresset (1709-1777)
Si c'est une vieille, néant ; je suis loué — Dancourt (1661-1725)
Étymologie : Provenç. nien, nein, nient ; ital. niente ; du lat. ne ou nec, et ens, entis, l'être (voy. ENTITÉ). Nient a été un monosyllabe au XIVe siècle.
Historique : XIe s. Et dit al comte : je ne vous aim nient Ce dist li quens [le comte] : je n'en ferai nient Guenes respont : de bataille est nient XIIe s. Encor ne savoit Karles du domage neant [L'amour inconstant] Roi en fait [de celui qu'il trompe] et puis neant Ne me vout [voulut] pas Diex pour neiant donner Tous les soulas qu'ai eüs en ma vie Totes les richesses et tote li gloire del munde, et tot ceu [ce] c'un puet encuvir [souhaiter] el munde, est asi cum ung nianz envers ceste glore XIIIe s. Pour ce dis-je qu'amours ne vaut nient, De nient vient et à nient retourne S'on prent, par droit, d'un larro…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. m.
état d’inexistence des êtres et des choses. Dieu a tiré toutes choses du néant. Dieu peut réduire les êtres au néant, les faire rentrer dans le néant d’où ils sont sortis.
Par analogie, On l’a fait rentrer dans le néant d’où on l’avait tiré.
Il se dit, par exagération, de Ce qui, par soi- même, n’a aucune valeur réelle. Le néant des grandeurs humaines.
Il peut avoir aussi le sens de Rien. Réduire à néant.
Il s’emploie spécialement dans des formules administratives ou médicales, dans des expressions elliptiques, telles que : Signes particuliers : Néant. Albumine, Sucre : Néant.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- néants — pluriel — /neɑ̃/ ou /nɛɑ̃/
- néant — singulier — /neɑ̃/ ou /nɛɑ̃/
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