mûr · mur

mûr

adjectif, /myʁ/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (4 sens) — Académie 1935 (8 sens)

Littré (1873)

adj.

  1. Qui est arrivé au point de se détacher spontanément ou d'être cueilli, en parlant des fruits. Ces pêches ne sont pas mûres.

    Des raisins, mûrs apparemment Et couverts d'une peau vermeille — La Fontaine (1621-1695)

  2. Fig. Il se dit des personnes qui ont atteint un certain point de développement. Par ironie. Une fille mûre, une fille qui a passé la jeunesse, et qu'il serait grand temps de marier. Dans un sens analogue. Déjà un peu âgé. Mûr pour le ciel, en langage mystique, se dit d'une personne morte jeune, ou, simplement, dont la vie a été bien remplie. On dit de même : mûr pour l'éternité.

    Le seul fait qui me semble douteux, c'est que, dans un climat aussi froid, les femmes soient mûres d'aussi bonne heure — Buffon (1707-1788)

    Deux veuves sur son cœur eurent le plus de part, L'une encor verte, et l'autre un peu bien mûre — La Fontaine (1621-1695)

  3. Fig. Il se dit des choses qui sont arrivées à un certain point. Vin mûr, vin qui n'a plus de verdeur et qui est bon à boire. Cet abcès est mûr, il est près de crever, de percer, ou il est temps de l'ouvrir. Cet habit est mûr, est bien mûr, il est vieux, usé, facile à déchirer. Cette affaire est mûre, il est temps de s'en occuper, de la terminer.

    Ô cité mûre pour ta ruine — Chateaubriand (1768-1848)

    Voyez cet homme dont l'habit est un peu mûr, c'est un dîneur en ville — Louis-Benoît Picard (1769-1828)

  4. Âge mûr, âge qui suit la jeunesse. Homme mûr, esprit mûr, homme, esprit sage, posé, réfléchi. Courage mûr, courage éprouvé. Mûre délibération, délibération où tout a été examiné avec beaucoup d'attention.

    L'âge viril plus mûr inspire un air plus sage — Boileau (1636-1711)

    Dans un âge plus mûr moi-même parvenu — Jean Racine (1639-1699)

Étymologie : Wallon, maweur ; namur, meûr ; Hainaut, meur, fém. meurte, murte ; Berry, meûr, et aussi meux, fém. meuse, des poires meuses ; génev. meur, fém. meure ; bourg. meur, meu ; picard, meur ; provenç. madur ; espagn. maduro ; ital. maturo : du lat. maturus. On lit dans Bèze : " meur ; l'usage s'est introduit de prononcer mur. "

Historique : XIIIe s. De foi et de creance enterine et meüre Car jà fame.... si ferme cuer n'aura, Ne si loial, ne si meür, Que jà puist estre hom asseür De li tenir par nule paine ....Car nous sommes seür De morir ; mais du terme, moi n'autrui n'aseür ; Plus tost meurent li jone souvent que li meür XVe s. D'entre deux meures une verte Vous fault servir pour vos labeurs Aussi dit-on que qui ne cuelt [cueille] des vertes, il ne mangera jà des meures Et si elle est aultre [libertine], qui avient souvent, pensez qu'il [le mari] a assez à souffrir, et si elle lui en baille de belles, de vertes et de meures XVI…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

adj.

  1. Qui a atteint son plein développement, en parlant des Produits de la terre. Blés, épis mûrs. Raisins mûrs. Pommes mûres. Cerises mûres. Ce melon n’est pas mûr, est trop mûr.

  2. Fig., Cet abcès est mûr, Il est près de crever, de percer, ou Il est temps de l’ouvrir.

  3. Fig. et fam., Cet habit est mûr, est bien mûr, Il est vieux, usé, facile à déchirer.

  4. Fig., Cette affaire est mûre, n’est pas encore mûre, Il est temps, il n’est pas encore temps d’y travailler, de s’en occuper ou de la terminer.

  5. Fig. et par plaisanterie, Cette fille est mûre, Il y a longtemps qu’elle est en âge d’être mariée.

  6. Fig., Mûr pour, Qui est à point pour, apte à. Mûr pour le mariage, pour les affaires. être mûr pour le ciel se dit, dans le langage mystique, d’une Personne pieuse qui meurt jeune. On dit de même être mûr pour l’éternité.

  7. Fig., âge mûr, âge qui suit la jeunesse. Homme mûr, esprit mûr, Homme, esprit sage, posé, réfléchi. Mûre délibération, Délibération où tout a été examiné avec beaucoup d’attention.

  8. Fig. et fam., La poire est mûre, la poire n’est pas mûre, L’affaire dont il s’agit est arrivée, n’est pas arrivée au moment précis où il convient qu’on s’en occupe, qu’on songe à la terminer.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (4)
  • mûres — pluriel féminin — /myʁə/
  • mûrs — pluriel masculin — /myʁ/
  • mûre — singulier féminin — /myʁə/
  • mûr — singulier masculin — /myʁ/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée mûr#42092.

mur

nom, masculin, /myʁ/

Définitions

  1. Ouvrage de maçonnerie élevé verticalement pour enclore, séparer ou soutenir.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.

  2. Obstacle infranchissable, réalité qui empêche toute communication ou toute progression.

    Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) — validation automatisée · méthode.

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (12 sens) — Académie 1935 (21 sens)

Littré (1873)

s. m.

  1. Ouvrage de maçonnerie dressé et portant en terre sur des fondements, ou sur un plancher artificiel. Un mur solide. Le mur s'écroula. Ne laisser que les murs, se dit de celui qui emporte tout ce qui est dans une maison, dans un appartement. Entre quatre murs, dans un logis non meublé. Entre quatre murs, se dit aussi pour en prison. On l'a mis entre quatre murs. Fig. Être au pied d'un mur sans échelle, manquer une affaire, une entreprise pour ne s'être pas pourvu de ce qui était nécessaire. Fig. Mettre un homme au pied du mur, le forcer à prendre un parti, ou bien le réduire à ne pouvoir rien répondre. Par plaisanterie, on dit qu'un mur crève de rire, pour exprimer qu'il est crevassé, ruineux. Il vaudrait autant se battre la tête contre un mur, c'est se donner la tête contre un mur, c'est donner de la tête contre un mur, se dit pour exprimer qu'on s'efforce inutilement. Vous tirerez aussitôt, vous tirerez plutôt de l'huile d'un mur, se dit à celui qui veut avoir de l'argent d'un avare, ou obtenir quelque chose d'un homme dur. Cet homme tirerait de l'huile d'un mur, par son adresse et par son industrie il tirerait de l'argent, des secours, d'où les autres n'en pourraient jamais tirer.

    Ainsi tel autrefois qu'on vit avec Faret Charbonner de ses vers les murs d'un cabaret.... — Boileau (1636-1711)

    Vous êtes en des lieux soumis à sa puissance [de Néron] ; Ces murs mêmes, seigneur, peuvent avoir des yeux — Jean Racine (1639-1699)

  2. Gros mur, un des principaux murs sur lesquels porte tout le bâtiment. Mur de face, gros mur qui est à la face du bâtiment. Mur latéral, celui qui forme l'un des côtés. Mur de pignon, mur qui s'élève jusqu'au-dessous du toit, le supporte et en a la forme. Mur de refend, voy. REFEND. Mur de parpaing, mur formé de pierres qui en traversent l'épaisseur. Mur de clôture, mur qui enferme les cours, les jardins, les parcs, etc. Mur d'appui, celui qui n'est qu'à la hauteur d'un mètre ou environ. Murs d'un parc, d'un jardin, les murs qui enferment un parc, un jardin. Mur de terrasse, mur qui retient les terres d'une terrasse, d'une plate-forme, d'un boulevard. Mur de dossier, celui qui s'élève au-dessus d'un toit et auquel sont adossés des tuyaux de cheminée. Aile de mur, partie d'un mur de dossier qui excède l'emplacement qu'occupent les tuyaux de cheminée, et qui a ordinairement la forme d'un trapèze Mur bouclé ou soufflé, celui dans lequel le parement est détaché de la masse. Mur en ailes, mur qui sert à arc-bouter un mur de face ou un pignon. Mur en l'ait, mur qui porte à faux. Mur en décharge, mur dont le poids est allégé par des arcades. Mur de douve, mur intérieur d'un réservoir. Mur planté, mur fondé sur pilotis ou sur une grille de charpente. Mur mitoyen, voy. MITOYEN.

  3. Murs d'une ville, ou, absolument, les murs, les murs qui entourent une ville.

    Il est doux de revoir les murs de la patrie — Pierre Corneille (1606-1684)

    Dans les murs, hors des murs, tout parle de sa gloire — Pierre Corneille (1606-1684)

  4. Murs, au pluriel, se dit quelquefois pour ville.

    Depuis combien de temps êtes-vous dans nos murs ? Du fleuve ainsi dompté [le Rhin] la déroute éclatante à Wurts jusqu'en son camp va porter l'épouvante ; Wurts, l'espoir du pays et l'appui de ses murs — Boileau (1636-1711)

    Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers — Jean Racine (1639-1699)

  5. Se dit de diverses murailles construites pour arrêter des invasions. Le mur d'Adrien, de Sévère.

    Après trois jours de marche, on arriva au mur de la Médie, qui a cent pieds de haut, vingt de large, et vingt lieues d'étendue — Rollin (1661-1741)

  6. Fig. Défense, protection. On s'en sert quelquefois pour exprimer que des soldats supportent le feu comme le ferait une muraille. Ces hommes-là sont des murs. Un mur d'airain, une défense dont rien ne peut triompher.

    Je vais citer un prince aimé de la victoire ; Son nom seul est un mur à l'empire ottoman [contre l'empire ottoman] — La Fontaine (1621-1695)

    Sparte avait subsisté longtemps, sans avoir d'autres murs ni d'autre défense que le courage de ses citoyens — Rollin (1661-1741)

  7. Fig. Mur de séparation, mur d'airain, se dit des causes qui séparent deux personnes. Il y a un mur d'airain entre ces deux hommes.

    Il [Jésus-Christ] a détruit ce mur de séparation qui l'éloignait de l'homme — Massillon (1663-1742)

    Cette passion [le goût des voluptés] seule éleva un mur de séparation entre Dieu et le pécheur — Massillon (1663-1742)

  8. Dans les mines, mur se dit de la partie inférieure, par opposition à la partie supérieure qui se nomme le toit.

  9. Terme d'escrime. Tirer au mur, pousser de tierce ou de quarte à quelqu'un qui ne fait que parer. Parer au mur, parer les coups de celui qui tire au mur.

  10. Grand mur, se dit, à la paume, du mur contre lequel il n'y a pas de toit.

  11. Terme de manége. Gratter le mur, se dit d'un écolier qui s'approche trop du mur.

  12. Morts murs, parois d'un four de fusion. Proverbialement. Les murs ont des oreilles, c'est-à-dire quand on s'entretient de quelque chose de secret, il faut parler avec beaucoup de circonspection, de peur d'être écouté.

Étymologie : Wallon, meur ; provenç. mur, s. m. et mura, s. f. ; esp. et port. muro ; du lat. murus ; anc. lat. moirus.

Historique : XIe s. Mur ne citet n'i est remès [resté] à freindre XIIe s. Et li mur se desrochent [s'écroulent] Ne mur tant haut qu'à la terre n'enfreigne XIIIe s. Desouz un arbrissel, delez un petit mur Il y avoit trois paires de murs sés [secs] à passer XVIe s. Il luy faudroit un mur [couvent] ou un mari Se voyant au pied du mur sans eschelle

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. m.

  1. Ouvrage de maçonnerie qui sert à enclore un espace, à le séparer d’un autre ou à le diviser. Enclore d’un mur un terrain, un jardin, etc. Mur de pierre de taille, de moellon, de brique, de terre, de pisé. L’épaisseur, la hauteur, la longueur d’un mur. La crête d’un mur. élever un mur. Mur à hauteur d’appui. Percer un mur.

  2. Les gros murs d’un bâtiment, Ceux qui en forment l’enceinte et qui portent les combles, les voûtes, etc.

  3. Mur de face, Gros mur qui forme l’une des principales faces d’un bâtiment. On appelle par opposition Mur latéral Celui qui forme l’un des côtés.

  4. Mur de pignon, Mur qui s’élève jusqu’au- dessous du toit, le supporte et en a le profil.

  5. Mur de refend, Celui qu’on élève entre les gros murs, pour diviser l’intérieur du bâtiment. Mur à refends. Voyez

  6. REFEND.

  7. Mur mitoyen, Mur commun à deux propriétés.

  8. Mur de clôture, Mur qui enferme extérieurement une cour, un jardin, un parc, etc. Franchir un mur de clôture.

  9. Mur d’appui, Mur qui n’est qu’à hauteur d’appui, qui n’est élevé que d’un mètre environ.

  10. Mur de terrasse, Mur qui retient les terres d’une plate-forme, d’une terrasse, d’un jardin, d’un boulevard, etc.

  11. Murs d’une ville, les Murs qui entourent une ville. Les murs de cette ville sont flanqués tic grosses tours. Dans cette acception, on se sert souvent du mot Muraille et on dit quelquefois Murs, absolument. Cette église est hors des murs. J’ai été me promener hors les murs. Il se dit par métonymie pour la Ville elle-même. Depuis quand êtes-vous dans nos murs?

  12. Sous les murs, Au pied des murs, devant une ville. Jeanne d’Arc a été blessée sous les murs de Paris.

  13. Fam., Ne laisser que les quatre murs, Vider entièrement une maison.

  14. En termes d’Escrime, Faire le mur, tirer au mur s’applique à un Ensemble d’exercices où l’on s’escrime contre un mur, l’adversaire étant simulé par ce mur.

  15. MUR, dans les Mines, se dit de la Partie inférieure d’une galerie, par opposition à la partie supérieure qui se nomme le Toit.

  16. Fig., Mur de séparation, mur d’airain, ou simplement Mur se dit des Causes qui divisent deux personnes et empêchent qu’elles ne puissent se rapprocher, se réunir. Il y a un mur entre ces deux hommes.

  17. Le mur de la vie privée, Le secret de la vie privée.

  18. Fig. et fam., C’est à se cogner la tête contre les murs, C’est une chose désolante, désespérante.

  19. Prov. et fig., Les murs ont des oreilles, Quand on s’entretient de quelque chose de secret, il faut parler avec beaucoup de circonspection, de peur d’être écouté.

  20. Fig. et fam., Mettre quelqu’un au pied du mur, Le mettre hors d’état de reculer et le forcer à prendre un parti; le mettre dans l’impossibilité de répliquer.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • murs — pluriel — /myʁ/
  • mur — singulier — /myʁ/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée mur#41253.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.