mort

mort

adjectif, /mɔʁ/

Définitions

  1. Qui a cessé de vivre, en parlant d'un être vivant.

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  2. Qui est privé d'activité, d'animation ou de vitalité.

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  3. Se dit familièrement d'une personne épuisée de fatigue.

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  4. Se dit d'un appareil, d'un mécanisme ou d'une pile qui ne fonctionne plus.

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Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (16 sens) — Académie 1935 (28 sens)

Littré (1873) — entrée 1

part. passé

  1. Qui a cessé de vivre. Mort ou vif, c'est-à-dire soit mort, soit vivant. Fig. et plaisamment. Mort ou vif, en quelque état que ce soit. C'est un homme mort, se dit d'un homme qui est ou qui paraît être dans un grand danger. Chair morte, chair frappée de mortification, qui a cessé de vivre, et qui se séparera du reste du corps. Frapper sur quelqu'un comme sur bête morte, le frapper violemment. À demi mort, à qui il ne reste que peu de vie. Mort ivre, ivre au point d'avoir perdu tout sentiment. On dit aussi ivre mort. Au plur. Morts ivres. Cotte morte, voy. COTTE 1. Terme de féodalité. Se faire mort d'un fief, délaisser à son plus proche héritier apparent un fief en avancement d'hoirie.

    Après mon père mort, je n'ai point à choisir — Pierre Corneille (1606-1684)

    De votre cheval mort je vous mis sur le mien — Rotrou (1609-1650)

  2. Il se dit aussi des végétaux ; avec raison, puisqu'en effet ils ont la vie. Un arbre mort. Terme d'eaux et forêts. Bois mort, bois qui est abattu ou qui, étant debout, est sec et ne peut servir qu'à brûler. Mort bois, les épines, les ronces et le bois blanc, qui ne peuvent servir à aucun ouvrage. Feuille morte, feuille sèche qui tombe de l'arbre en automne. Feuille-morte, voy. FEUILLE-MORTE. Terme de peinture. Nature morte, voy. NATURE, n° 22.

  3. Plus mort que.... se dit par exagération pour exprimer un vif sentiment de douleur, de terreur.

    À cet objet d'horreur, l'œil troublé, le teint blême, J'ai demeuré longtemps plus morte que lui-même — Rotrou (1609-1650)

    Il [Démétrius] se montra à cette multitude, qui était plus morte que vive, et qui attendait dans un tremblement qui ne peut s'exprimer l'arrêt de sa condamnation — Rollin (1661-1741)

  4. Qui a l'apparence de la mort. Avoir le teint mort, les yeux morts, les lèvres mortes, avoir le teint décoloré, les lèvres pâles, les yeux éteints. Couleur morte, couleur sombre et sans éclat.

    Une morte pâleur s'empare de son front — Pierre Corneille (1606-1684)

  5. Qui est comme glacé par la mort. Fig. Il a la gueule morte, voy. GUEULE. Avoir la langue morte, se taire. N'y pas aller de main morte, voy. MAIN, n° 1. Main-morte, voy. MAINMORTE.

    Je n'osais me remuer, je ne tenais presque point de place, et j'avais le cœur mort — Marivaux (1688-1763)

  6. Mort se dit quelquefois pour damné, comme la mort se dit pour la damnation.

    Justes, pécheurs ; mort, vivant ; vivant, mort ; élu, réprouvé — Pascal (1623-1662)

  7. Privé de chaleur, de mouvement, en parlant de parties du corps. Il est paralysé ; la partie inférieure du corps est morte.

    Parlons un peu de votre santé : n'êtes-vous point effrayée de ces jambes froides et mortes ? — Mme de Sévigné (1626-1696)

  8. Fig. Mort à, mort pour, qui n'existe plus pour certaines choses. Mort de, qui éprouve une vive impression de. Familièrement. Tomber mort, perdre soudainement l'entrain qu'on avait.

    Je n'en ai point vu qui fût véritablement morte au monde — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Sa vie, tout ecclésiastique, annonçait un pasteur entièrement mort aux choses du siècle — Bossuet (1627-1704)

  9. Fig. en parlant des choses, qui est sans force, sans activité, éteint, par comparaison avec la mort qui éteint la vie. Œuvres mortes, voy. ŒUVRE, n° 12.

    Qui fuit croit lâchement et n'a qu'une foi morte — Pierre Corneille (1606-1684)

    Mais, la reconnaissance morte, L'amour doit courir grand hasard — Pierre Corneille (1606-1684)

  10. Langue morte, voy. LANGUE, n° 6.

    Mon père regarde comme mal employé le temps que je donne aux langues mortes — Paul-Louis Courier (1772-1825)

  11. Balle morte, balle qui a perdu la plus grande partie de l'impulsion qu'elle avait reçue.

    Aux premières décharges de la mousqueterie ennemie, le roi [Charles XII] reçut une balle à la gorge ; mais c'était une balle morte qui s'arrêta dans les plis de sa cravate noire et qui ne lui fit aucun mal — Voltaire (1694-1778)

  12. Eau morte, eau qui ne coule point, stagnante. Bras mort, dans une rivière, partie de rivière interceptée et où l'eau n'est plus courante. Dans certaines provinces, ces bras morts sont dit les morts. Mer Morte, nom d'un grand lac salé dans la Palestine. Morte eau, les petites marées au temps du premier et du dernier quartier de lune. Le temps des plus petites marées. Nous sommes en morte eau. Morte eau se dit aussi du plus bas de l'eau, en parlant de la marée.

    À Audierne, la hauteur d'eau est de 4m, 80 en vive eau, et 3m, 30 en morte eau — GRANGEZ

  13. Fig. Où il n'y a pas d'action, sans action. Argent mort, argent qui ne porte ni intérêt ni profit. Papier mort, se dit par opposition à papier timbré. Aujourd'hui on dit plutôt papier libre, papier non timbré. Lettre morte, écrit sans autorité. Cette loi n'est plus qu'une lettre morte. Pays mort, pays où il n'y a ni commerce, ni industrie. Saison morte, ou morte saison, voy SAISON. Chardon mort, chardon bonnetier dont les pointes sont émoussées par le travail. Terme de fortification. Angle mort, se dit de l'angle que fait un flanc inutile pour la défense.

    Pardonnez-moi, il y a des temps dans la vie où l'on ne peut rien faire, des temps morts, et je me trouve dans cette situation — Voltaire (1694-1778)

    J'ai animé un pays entièrement mort, j'ai fait naître le travail et l'opulence dans le séjour de la misère — Voltaire (1694-1778)

  14. Ancien terme de physique. Force morte, force aussitôt détruite qu'engendrée. Chaleur morte.

    Vous appelez cela une force morte ; or ces mots de force morte ne sont-ils pas un peu contradictoires ? ne vaudrait-il pas autant dire mort vivant, oui et non ? — Voltaire (1694-1778)

    Pour reconnaître ce que cette chaleur morte, c'est-à-dire cette chaleur dénuée de tout aliment, pouvait produire.... — Buffon (1707-1788)

  15. Terme de chimie. Tête morte, voy. TÊTE.

  16. Terme de marine. Tour mort, tour simple d'un cordage quelconque sur un appui. À morte charge, jusqu'aux écoutilles. Un bâtiment est à morte charge, quand on l'a chargé autant qu'il est possible. Eaux mortes, celles qui enveloppent et qui semblent accompagner la partie supérieure de l'arrière de la carène, lorsque le navire est en marche. Morte la bête, mort le venin, c'est-à-dire un méchant qui est mort ne peut plus nuire.

Étymologie : Lat. mortuus, irrégulièrement formé de mori (la forme régulière serait mortus) ; mortuus est une formation de mori avec le suffixe tuus, tua, comme dans mutuus, statua, etc.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

adj.

  1. Qui est mort. Un homme mort. Une femme morte. Substantivement, Les morts et les mourants. Office des morts.

  2. Tête de mort, Tête dont il ne reste que la partie osseuse.

  3. Faire le mort, Retenir ses mouvements et sa respiration de manière à faire croire qu’on est privé de la vie. Il signifie, figurément, Ne pas répondre aux personnes par lesquelles on est questionné, interpellé par écrit. Il n’a rien répondu à plusieurs de mes lettres, il fait le mort.

  4. Prov., Les morts ont toujours tort, Les morts ne pouvant se défendre, on excuse souvent les vivants à leurs dépens.

  5. En termes de Jurisprudence, Le mort saisit le vif, Une personne en mourant transmet son bien à son héritier, sans qu’il soit besoin d’un acte de mise en possession.

  6. C’est un homme mort se dit de Quelqu’un qui est ou paraît être dans un grand danger.

  7. être plus mort que vif, Ressentir une très grande frayeur.

  8. être ivre mort. être ivre au point d’avoir perdu tout sentiment.

  9. Chair morte, Chair insensible qui est dans les escarres des plaies.

  10. Par extension, Avoir les yeux morts, les lèvres mortes, Avoir les yeux éteints, les lèvres pâles.

  11. Fam., N’y pas aller de main morte. Voyez

  12. MAIN.

  13. En termes de Jurisprudence, Main morte. Voyez — MAINMORTE.

  14. Prov. et fig., Morte la bête, mort le venin. Un ennemi, un méchant qui est mort ne peut plus nuire.

  15. Balle morte, Balle qui a perdu la plus grande partie de l’impulsion qu’elle avait reçue. Il a été atteint par une balle morte.

  16. Bois mort, feuille morte. Voyez Bois, FEUILLE.

  17. Eau morte, Eau qui ne coule point, telle que celle des étangs.

  18. Pays mort, ville morte, Pays, ville qui ont perdu leur vie industrielle, commerciale, intellectuelle, etc.

  19. Langue morte. Voyez

  20. LANGUE.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (4)
  • mortes — pluriel féminin — /mɔʁtə/
  • morts — pluriel masculin — /mɔʁ/
  • morte — singulier féminin — /mɔʁtə/
  • mort — singulier masculin — /mɔʁ/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée mort#40853.

mort

nom, masculin, /mɔʁ/

Définitions

  1. Cessation définitive des fonctions vitales d'un être humain, d'un animal ou d'une plante.

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  2. Personne décédée, corps sans vie d'un être humain.

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  3. Peine suprême consistant à ôter la vie à un condamné.

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  4. Fin définitive ou disparition complète de quelque chose.

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Voir aussi : forme féminine morte

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (4 sens) · 1873 (1 sens) · 1873 (19 sens) — Académie 1935 (34 sens)

Littré (1873) — entrée 2

s. m. et f.

  1. Celui, celle qui a cessé de vivre. Ah ! c'est trop m'outrager. Un mort, une personne qu'on va enterrer. Dans le langage poétique, le rivage des morts, la demeure des morts, se dit des lieux où séjournent les morts. Chez les morts, se dit dans le même sens. Tête de mort, tête dont il ne reste que la partie osseuse. Faire le mort, retenir ses mouvements et sa respiration de manière à faire croire qu'on est mort. Fig. Faire le mort, ne pas répondre aux personnes par lesquelles on est questionné, interpellé par écrit. Terme de jurisprudence. Le mort saisit le vif, une personne en mourant transmet son bien à son héritier, sans qu'il soit besoin d'un acte de mise en possession. Danse des morts, voy. MACABRE.

    - N'outragez plus les morts — Pierre Corneille (1606-1684)

    Les morts les mieux vengés ne ressuscitent point — Pierre Corneille (1606-1684)

  2. S. m. Mort se dit, à la tontine, d'un joueur auquel il ne reste rien de sa mise. Terme de whist. Jouer le mort, faire un mort, jouer le whist à trois personnes, en mettant sur table et découvrant le jeu d'un quatrième partenaire imaginaire.

  3. S. m. Terme de marine. Le mort de l'eau ou le mort d'eau, les marées les plus basses. On dit plutôt morte eau.

  4. Le mort, eau de chaux dans laquelle le tanneur a plongé plusieurs fois les peaux et qui a perdu sa force.

Étymologie : Mort 1 ; bourguig. mô ; wallon, moirt.

Historique : XIIIe s. Par iceste signifiance Poons entendre quel creance Doivent avoir li mort es vis [aux vivants] Si fu.... La mort de Guion pardonée ; Car c'est coustume par devis, Les mors as mors, les vis [vivants] as vis XIVe s. Sachez que les trespassés de ce siecle, après qu'ils sont morts, sçavent ce que d'eux en ce siecle est faict de ce que ordonné ils ont ; et ce savent ils par les bons anges qui habitent entre les vivans en l'air XVIe s. La personne, soit homme ou femme.... peut se faire mort par devant bailly [fiction légale par laquelle une personne se supposait morte et disposait en conséqu…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Littré (1873) — entrée 4

s. m.

  1. Troisième réservoir des conches dans un marais salant.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Littré (1873) — entrée 3

s. f.

  1. Fin de la vie. On distingue la mort naturelle et la mort accidentelle. Fig. Belle mort, mort glorieuse. Une bonne mort, une mort au milieu des sentiments religieux et en s'acquittant de tous les devoirs de la religion. Mort subite, mort qui survient instantanément. Les morts subites sont causées d'ordinaire par des ruptures du cœur ou des gros vaisseaux. Donner la mort, voy. DONNER, n° 6. Mettre à mort, voy. METTRE. Dans le langage élevé et poétique, porter la mort, voy. PORTER. Familièrement. Souffrir mort et passion, voy. PASSION. Familièrement. Mourir de sa belle mort, mourir de mort naturelle. Fig. Être à l'article de la mort, être à l'agonie. Être malade à la mort, être fort malade, être près de mourir. Entre la vie et la mort, dans un fort grand péril par maladie ou par accident. Être au lit de la mort, au lit de mort, être à l'extrémité. À son lit de mort, avant de mourir, en mourant. Fig. Avoir la mort entre les dents, être fort vieux ou fort malade. Avoir la mort sur les lèvres, être près de mourir, avoir la figure d'un mourant. Mille morts, se dit, par exagération, pour les plus grands supplices ou les plus grandes douleurs, ou les plus grands périls. La goutte lui a fait souffrir mille morts. Vouloir mal de mort, vouloir beaucoup de mal à quelqu'un. La mort exécute le vif, les héritiers du créancier mort peuvent faire exécuter l'obligé qui vit. Pères de la Mort, s'est dit d'hommes religieux ou de moines qui se vouaient à l'assistance des moribonds. À Paris, on appelait particulièrement ainsi les augustins déchaussés ou Petits pères. Hussards de la mort, nom donné à certains régiments de hussards qui portaient pour insignes une tête et des os de mort, et qui, disait-on, ne faisaient aucun quartier à l'ennemi.

    Le peuple offre le sceptre [à qui délivrerait Thèbes du Sphinx].... De cent cruelles morts cette offre est tôt suivie — Pierre Corneille (1606-1684)

    Faites du bien à votre ami avant la mort, et donnez l'aumône au pauvre selon que vous pouvez — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

  2. Dans le style soutenu, la mort est souvent personnifiée. Il serait bon à aller quérir, à aller chercher la mort, se dit d'un homme lent en tout ce qu'il fait.

    La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ; On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles, Et nous laisse crier — Malherbe (1555-1628)

    La mort ne surprend point le sage, Il est toujours prêt à partir — La Fontaine (1621-1695)

  3. La Mort, personnification de la mort, personnage mythologique que l'on représente le plus souvent sous la forme d'un squelette armé d'une faux (on met une majuscule). Un malheureux appelait tous les jours La Mort à son secours : Ô Mort, lui disait-il, que tu me sembles belle ! Viens vite, viens finir ma fortune cruelle.

    La Mort crut, en venant, l'obliger en effet — La Fontaine (1621-1695)

    Un mourant qui comptait plus de cent ans de vie, Se plaignait à la Mort que précipitamment Elle le contraignait de partir tout à l'heure — La Fontaine (1621-1695)

  4. Dans le langage de l'Écriture, les ombres de la mort, la mort (voy. OMBRE).

  5. Mort d'homme, se dit des accidents, des rixes où quelqu'un est tué. Crime de mort, crime emportant la peine de mort ; coupable de mort, coupable méritant la mort (locutions qui ne se disent plus beaucoup).

    En ces occasions l'on frappe, l'on assomme, Et pour moins, bien souvent, il arrive mort d'homme — Hauteroche (1617-1707)

    Il y a ici mort d'homme et supposition — Dancourt (1661-1725)

  6. La peine capitale. Il vota la mort. Abolir la peine de mort. Toutes les voix allaient à la mort, ont été à la mort. Cette affaire va à la mort, elle doit finir par un arrêt de mort. Sentence, arrêt de mort, condamnation qui porte la peine de mort. Testament de mort, déclaration que fait un condamné avant son supplice. Par extension. Testament de mort, écrit qui atteste les derniers sentiments d'une personne.

  7. Terme de droit. Mort civile, cessation de toute participation aux droits civils.

  8. La mort éternelle, la mort de l'âme, la seconde mort, la condamnation des pécheurs aux peines de l'enfer. Mort de l'âme, la perte de la grâce sanctifiante par le péché mortel. Mort morale, état de l'âme où tout sentiment moral est éteint.

    Quand il [le livre de l'Apocalypse] les condamne tous [les timides] à la seconde mort, à cette mort si terrible et si étrange, à ce lac ardent de feu et de soufre — Guez de Balzac (1597-1654)

    Craignez les occasions prochaines ; car qui aime son péril, il aime sa mort — Bossuet (1627-1704)

  9. La mort au monde, la retraite loin du monde, soit dans une maison religieuse, soit chez soi et dans la demeure privée. Par extension. Mort mystique de l'âme, détachement général du péché.

    Faites bien comprendre à nos sœurs en quoi consiste la mort au monde — Mme de Maintenon (1635-1719)

    Je ne connais personne qui ait autant de besoin que vous, monseigneur, d'une mort continuelle à tout intérêt et à toute passion — MAINTEN.

  10. Fig. Extinction, destruction, ruine. Le monopole est la mort de l'industrie. Familièrement. La mort au beurre, se dit de mets dont la préparation demande beaucoup de beurre. Les épinards sont la mort au beurre.

    Je veux, dans un seul malheur, déplorer toutes les calamités du genre humain, et, dans une seule mort, faire voir la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines — Bossuet (1627-1704)

    ...Ce marquis... qui sans cesse au jeu... Voit la vie ou la mort sortir de son cornet — Boileau (1636-1711)

  11. Fig. Un grand chagrin. Ce fils dénaturé lui donne la mort. Avoir la mort dans l'âme, dans le cœur, être très affligé. Familièrement. C'est une mort que d'avoir affaire à un pareil homme, que de poursuivre une telle affaire, c'est-à-dire c'est une grande peine, c'est une grande misère que de.... C'est une mort que d'attendre si longtemps. C'est une mort, signifie aussi : il y a de quoi rendre malade, de quoi tuer. C'est ma mort, c'est la chose la plus désagréable pour moi.

    Et le coup qui surprend un espoir légitime, Porte plus d'une mort au cœur de la victime — Pierre Corneille (1606-1684)

    Mme de Chaulnes m'a fort conté les affaires des états... elle me paraît la mort au cœur de toutes les troupes [envoyées en Bretagne] — Mme de Sévigné (1626-1696)

  12. En termes de jeu, jouer à la mort de telle somme, jouer jusqu'à ce que telle somme soit perdue.

  13. Mort aux rats, drogue dont on se sert pour faire mourir les rats ; c'est d'ordinaire une substance arsenicale. Mort aux mouches, cobalt ou arsenic délayé dans l'eau. Mort aux chiens, colchique d'automne. Mort de safran, petite truffe parasite, rhizoctonia crocorum. DC. Mort au chanvre, orobanche rameuse. Mort aux poules, jusquiame noire. Mort aux vaches, renoncule scélérate. Mort aux poux, staphysaigre.

    Le sulfate de baryte est employé en Angleterre comme mort aux rats — Louis Jacques Thénard (1777-1857)

  14. Populairement. La petite mort, le frisson. J'ai la petite mort dans le dos.

  15. Mort noire ou peste noire, nom donné à la grande peste qui dévasta le monde au milieu du XIVe siècle.

  16. À mort, loc. adv. De manière qu'on en meure. Il fut blessé à mort. Fig être frappé à mort, être attaqué d'une maladie dont les symptômes annoncent une mort certaine. Condamner, juger à mort, condamner quelqu'un à la peine de mort. Combat à mort, combat qui ne doit se terminer que par la mort d'un des combattants. Populairement. À mort, excessivement. Boire à mort. À mort ! exclamation pour menacer de mort. À mort les traîtres ! On dit dans le même sens et dans le même emploi exclamatif : mort à ! Mort aux traîtres !

    C'est un duel ? - à mort : ou ma vie, ou la vôtre ! — C. DELAVIGNE

  17. À la mort, loc. adv. Extrêmement, excessivement, en parlant de la haine, de l'ennui et d'autres sentiments analogues.

    Je suis ennuyée à la mort d'en entendre parler — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Elle soutint que c'était obstination pure, que je m'ennuyais à la mort dans ma retraite — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

  18. À la vie et à la mort, loc. adv. Pour toujours. Je suis votre ami à la vie et à la mort. Entre nous, c'est à la vie et à la mort, notre amitié durera toujours. Il ne me pardonnera ni à la vie ni à la mort, il ne me pardonnera jamais. Terme de vénerie. À la mort, chiens ! cri que les chasseurs emploient pour appeler les chiens quand le cerf est pris.

    Vous voyez bien ces vingt sols-là, Marianne, je ne vous les pardonnerai jamais, ni à la vie, ni à la mort — Marivaux (1688-1763)

  19. Par la mort ! sorte de serment et de menace. Mort de ma vie, autre serment qui sert à affirmer avec une sorte d'impatience.

    Par la mort ! par la tête ! si je le trouve, je le veux échiner — Molière (1622-1673)

    Quiconque remuera, par la mort, je l'assomme ! — Molière (1622-1673)

Étymologie : Pays messin, moûe ; prov. mort ; esp. muerte ; ital. morte ; du lat. mortem (voy. MOURIR).

Historique : XIe s. Si me gardez et de mort et de honte Ne lui chaut, sire, de quel mort nous mourions Si chalengez [défendez] et vos morz et vos vies Oliviers sent que à mort est ferut XIIe s. De mort à vie suscitas Lazaron Jà de plus aspre mort nel pouvez justicier E tu, bels sires, en cel lieu ù tu seras, u à mort u à vie, jo i serai En vostre amor, qui donra [donnera] mort ou vie XIIIe s. Sa fille [elle] i a trouvée, que la male mort fiere [puisse frapper] Se je n'ai d'une cose [chose] que je desire à mort Li uns des sers sunt si soujet à lor seigneurs, que lor sires pot penre quanqu'il ont, à mort et …

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Cessation de la vie. Mort naturelle, douce, violente, prompte, lente, douloureuse. Mort tragique. Mort subite, prématurée. Mort glorieuse, sainte. Une belle mort. Une mort honteuse, infâme, ignominieuse. être en danger de mort. Souhaiter, désirer, affronter, chercher, braver la mort. Courir à la mort. Attendre, trouver la mort. Avoir toujours la mort devant les yeux. Il a vu la mort de près. à l’heure de la mort. Les approches, les transes, les affres de la mort. Donner, recevoir la mort. Se donner la mort. Il n’y a point eu mort d’homme. Jusqu’à ce que mort s’ensuive. En poésie et dans le style soutenu, la Mort est souvent personnifiée. Il a longtemps combattu, lutté contre la mort. La mort l’a frappé, l’a enlevé à la fleur de son âge. La mort est sourde à nos voeux, à nos cris. L’impitoyable mort. Ce malheureux appelait la mort.

  2. Mort apparente, en termes de Biologie, état d’immobilité et d’insensibilité absolue qui se présente à la suite de certaines maladies et que l’on peut confondre avec la mort réelle.

  3. Fam., Mourir de sa belle mort, Mourir de mort naturelle.

  4. être entre la vie et la mort, être en danger de mort. Au fort de sa maladie, il a été pendant plusieurs jours entre la vie et la mort.

  5. être malade à la mort, ou plus souvent être à la mort, être fort malade et près de mourir.

  6. être à l’article de la mort, être à l’agonie.

  7. être à deux doigts de la mort, être tout près de mourir.

  8. Fig., à son lit de mort, Avant de mourir, en mourant. Les recommandations qu’il nous a faites à son lit de mort.

  9. Fig., Venir, accourir au lit de mort de quelqu’un, L’assister à ses derniers moments.

  10. Mettre à mort, Faire mourir.

  11. Fig., Avoir la mort, porter la mort sur son visage, Avoir la figure, l’air d’un mourant; être près de mourir.

  12. MORT se dit particulièrement de la Peine capitale, de la peine qui consiste dans la suppression de la vie. Abolir la peine de mort. Condamner un homme à mort, à la peine de mort. Toutes les voix allaient à la mort, ont été à la mort. Le procureur général a conclu à la mort. Ce condamné a marché à la mort avec courage.

  13. Sentence, arrêt de mort, Condamnation qui porte la peine de mort.

  14. Mort civile. Voyez

  15. CIVIL.

  16. La mort éternelle, La condamnation des pécheurs aux peines de l’enfer.

  17. Prov., Dieu ne veut pas la mort du pécheur, Il faut être indulgent pour la faiblesse humaine.

  18. MORT se dit, par exagération, des Grandes douleurs. Cette cruelle maladie lui fait souffrir mille morts. Souffrir mort et passion.

  19. Il se dit aussi des Grands chagrins. La conduite de son fils lui a mis la mort dans l’âme.

  20. Fam., Petite mort, Sorte de frisson.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • morts — pluriel — /mɔʁ/
  • mort — singulier — /mɔʁ/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée mort#40852.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.