morceau
nom, masculin, /mɔʁso/
Définitions
Partie séparée d'un aliment solide, de taille suffisante pour être mangée en une fois.
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Fragment, partie détachée d'un objet ou d'un ensemble.
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Œuvre ou fragment d'une œuvre musicale, littéraire ou artistique.
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Manger un morceau : prendre un repas léger et rapide.
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Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (9 sens) — Académie 1935 (16 sens)
Littré (1873)
s. m.
Portion séparée d'une chose solide, bonne à manger (ce sens est le premier, puisque, étymologiquement, un morceau est une chose mordue, une bouchée). Morceau délicat, friand. Couper un morceau. Familièrement. Manger un morceau, faire un repas léger. Que ce soit mon dernier morceau, si..., sorte de protestation pour affirmer ou nier fortement quelque chose. Fig. Ne plus manger morceau qui profite, être exposé à toute sorte de vexations, de désastres. Familièrement. Doubler les morceaux, ses morceaux, mettre les morceaux doubles, mettre les morceaux en double, se hâter de manger. Fig. Le morceau honteux, le morceau qui reste le dernier sur le plat. Fig. Prendre le morceau, se laisser attraper, par métaphore des piéges et des appâts d'hameçons. Fig. Ne faire qu'un morceau de quelqu'un, en triompher sans peine et complétement. Fig. S'ôter le morceau, les morceaux de la bouche, se priver du nécessaire pour secourir ou obliger quelqu'un. Fig. Tailler les morceaux à quelqu'un, régler, prescrire la dépense qu'il doit faire. Fig. Tailler les morceaux bien courts à quelqu'un, lui faire sa part bien petite. Fig. Il a ses morceaux bien taillés, ses morceaux sont taillés, c'est-à-dire il vit de son revenu, et n'a juste que ce qu'il lui faut. Fig. Il a ses morceaux taillés, on lui a prescrit ce qu'il avait à faire, il ne peut s'écarter de ses instructions. Fig. Rogner les morceaux à quelqu'un, diminuer ses profits, ses revenus. On lui compte ses morceaux, on ne lui donne que tout juste ce qu'il faut pour vivre.
On vous met le premier à table ; C'est pour vous la place d'honneur, Pour vous le morceau du seigneur — La Fontaine (1621-1695)
Les bons morceaux de tout, il faut qu'on les lui cède — Molière (1622-1673)
Par extension, partie séparée d'un corps solide. Fait de pièces et de morceaux, qui n'est pas fait d'une seule pièce. Un vêtement fait de pièces et de morceaux. Fig. Fait de pièces et de morceaux, qui n'est point coordonné, point fait d'une manière systématique. Fig. Les morceaux en sont bons, se dit d'une chose qui, même partagée ou brisée, reste encore de valeur. Fig. Un morceau d'homme, un petit homme, un homme de peu d'apparence.
Antoine et Manlius déchirés par morceaux — Pierre Corneille (1606-1684)
Ils les ramassèrent, et emplirent douze paniers des morceaux des cinq pains d'orge, qui étaient restés — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
En général, portion, partie séparée ou non d'un tout, mais distincte et considérée à part. Morceau de terre. Morceau d'héritage. Il a attrapé un bon morceau de cette succession, il en a eu une bonne partie.
Je crois de votre province toutes les merveilles que vous m'en dites.... comment ferez-vous pour me faire voir un petit morceau de vos pays enchantés ? — Mme de Sévigné (1626-1696)
Partie, fragment d'un ouvrage d'esprit. Morceaux choisis, se dit de quelques recueils qui contiennent des morceaux de différents ouvrages et de différents auteurs.
Je suis déjà charmé de ce petit morceau [commencement d'un sonnet] — Molière (1622-1673)
Il me pria de lui montrer un morceau de votre style — Mme de Sévigné (1626-1696)
Par extension, objet bon à manger considéré dans sa totalité. Un faisan est un morceau délicat. Les bons morceaux, les mets recherchés. Aimer les bons morceaux, aimer la bonne chère. Fig. et familièrement. C'est un morceau trop cher, c'est un morceau de prince, se dit d'une chose qui est d'un prix trop élevé, et, par extension, de tout ce qui, personne ou chose, est haut prisé. On dit dans le même sens : il ne tâtera pas, vous ne tâterez pas de ce morceau-là. Fig. C'est un friand morceau, c'est un morceau de roi, se dit d'une jolie personne.
Apicius n'avait jamais fait d'autre étude que celle des bons morceaux — Fontenelle (1657-1757)
Je sais que la vengeance Est un morceau de roi, car vous [rois] vivez en dieux — La Fontaine (1621-1695)
Fig. Objet de littérature ou d'art considéré dans sa totalité. La colonnade du Louvre est un beau morceau. Voilà un beau morceau de sculpture, d'orfévrerie. Morceau de réception. Les peintres et les sculpteurs faisaient autrefois, pour entrer à l'Académie, des tableaux ou des groupes en marbre de petite dimension d'après lesquels ils étaient reçus ; il y en a plusieurs au Louvre dans les salles de sculpture moderne qui portent ce titre : Morceau de réception.
Ce ravissant morceau [de peinture], quoique d'un moindre rang, N'a pas moins que la Flore et l'auguste et le grand — BAHIER
De tous ses ouvrages [de Longin], le temps ne nous a conservé que son traité du Sublime, qui est un des plus beaux morceaux qui nous restent de l'antiquité — Rollin (1661-1741)
En musique, un morceau, une pièce de musique. Cette ouverture est un beau morceau. Morceau d'ensemble, morceau à diverses parties, chanté par plusieurs voix.
Fig. Fragment, partie d'une chose qui n'est divisible qu'en idée. Il se dit dans le même sens d'un tout.
C'est ainsi qu'ils [les frères de Bohême] se séparèrent des calixtins, c'est-à-dire les seuls hussites qui fussent alors, voilà comme ils sont disciples de Jean Huss : morceau rompu d'un morceau, schisme séparé d'un schisme, hussites divisés des hussites, et qui n'en avaient presque retenu que la désobéissance et la rupture avec l'Église romaine — Bossuet (1627-1704)
Mme de Vins a gagné un grand morceau de son procès — Mme de Sévigné (1626-1696)
Morceau d'Adam, la petite proéminence qu'on voit au gosier des hommes. On dit plus souvent pomme d'Adam.
Étymologie : Pic. mourcheu ; wall. moirsai, trognon ; prov. morsel, morseus ; ital. morsello ; bas-lat. morsellus, diminutif de morsus, morsure (voy. MORDRE).
Historique : XIIe s. Ki del morsel fu estranglez XIIIe s. Chansonnettes, mos, fableaux, Pour gaigner les bons morceaux [un bon repas] Nes [même] un tout seul morsel n'en a ele avalé Du bout des dois le morsel touche, Qu'el devra moillier en la sa uce Et ne porquant il li demande Un seul morsel de sa viande Chevauché as les grans chevaus, Et devoré les cras morsiaus XIVe s. ....Que j'eüsse un hanap de vin tant seulement Et trois morseaux sans plus de bon pain de froment Et quelque gros morcel qui y soit, il convient qu'il passe oultre le neu de la gorge XVe s. Perrete la Baudoyne empoisonna le suppliant, et…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. m.
Partie séparée d’un corps solide et continu. Un morceau d’étoffe, de bois, de pain, de viande, etc. Mettre en morceaux.
Il se dit spécialement d’une Portion séparée d’une chose solide qui peut être mangée. Gros, petit, bon morceau. Morceau délicat, friand. Couper un morceau. Vous faites les morceaux trop gros.
En termes de Boucherie, Les bas morceaux. Voyez — BAS.
Pop. et absolument, Manger un morceau, Faire un repas fort léger. J’ai mangé un morceau avant de partir.
Aimer les bons morceaux, Aimer la bonne chère.
Fig. et fam., S’ôter les morceaux de la bouche, Se priver du nécessaire pour secourir ou obliger quelqu’un.
Fig., Acheter quelque chose pour un morceau de pain, L’acheter dans des conditions très avantageuses.
Fig. et fam., C’est un morceau de roi, se dit d’une Jolie personne.
Fig. et fam., C’est un gros morceau, C’est une affaire difficile à faire, un succès difficile à obtenir.
Fait de pièces et de morceaux, Fait de morceaux empruntés à diverses étoffes et qui ne vont pas bien ensemble. Un vêtement fait de pièces et de morceaux. Il signifie, figurément, Qui n’est pas bien coordonné, dont les parties n’ont pas la même origine et ne tiennent pas bien ensemble. Ce livre est fait de pièces et de morceaux. Cet état est fait de pièces et de morceaux.
MORCEAU désigne aussi une Portion, une partie non séparée, mais distincte et considérée à part, d’un tout solide et continu. Morceau de terre.
Fam., Il a attrapé un bon morceau de cette succession, Il en a eu une bonne partie.
Il se dit, dans le même sens, des Parties, des fragments d’un ouvrage de l’esprit ou d’une oeuvre d’art. Il y a de beaux morceaux dans ce poème, dans ce tableau, dans cet édifice. Il a traduit plusieurs morceaux de Virgile. Un recueil de morceaux choisis.
MORCEAU se dit quelquefois d’un Objet entier, d’un tout considéré par rapport au genre ou à l’espèce dont il fait partie. La colonnade du Louvre est un beau morceau. Ce discours est un morceau achevé. Cette élégie, cette églogue sont de beaux morceaux de poésie. Un morceau d’anthologie. Cette ouverture est un beau morceau de musique. Ce concerto est un morceau très difficile.
Morceau de concours, Morceau choisi pour être exécuté par chacun de ceux qui prennent part à un concours.
En termes de Musique, Morceau, Pièce de musique. Morceau d’ensemble, Morceau à diverses parties, chanté par plusieurs voix ou exécuté par plusieurs instruments.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- morceaux — pluriel — /mɔʁso/
- morceau — singulier — /mɔʁso/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée morceau#40749.