moquer (se)

moquer (se)

verbe

Entrée attestée par un témoin historique — absente de la nomenclature contemporaine (Morphalou).

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (7 sens) — Académie 1935 (7 sens)

Littré (1873)

v. réfl.

  1. Tourner en ridicule quelqu'un. Tourner en ridicule quelque chose.

    On ne rit point du ridicule des gens qu'on ne connaît point ; voilà pourquoi M. de Mazarin disait qu'il ne se moquait jamais que de ses parents et de ses amis — Voltaire (1694-1778)

    Des mystères sacrés hautement se moquait — Pierre Corneille (1606-1684)

  2. Témoigner par des paroles ou par des actes qu'on ne fait nul cas de quelqu'un ou de quelque chose. Je m'en moque comme de l'an quarante, sous-entendu de la république, dicton employé par les royalistes pour exprimer qu'on ne verrait jamais l'an quarante de la république. Se moquer du monde, se moquer des gens, ne pas parler d'une manière sérieuse, ne pas mériter l'attention. C'est se moquer de Dieu et du monde d'agir ainsi, c'est-à-dire c'est fouler aux pieds toutes sortes de lois.

    Faisons nos sûretés et moquons-nous du reste — Pierre Corneille (1606-1684)

    Ce héros voit la fourbe et s'en moque dans l'âme — Pierre Corneille (1606-1684)

  3. Se moquer de, suivi d'un infinitif, n'agir pas raisonnablement. Il se moque de soutenir une chose si absurde.

    Elle se moque de se piquer de jeunesse — La Bruyère (1645-1696)

  4. Refuser en ridiculisant, ne pas tenir à.

    Je me moquerais fort de prendre un tel époux — Molière (1622-1673)

    Je veux ce soir lui donner pour époux un homme aussi riche que sage ; et la coquine me dit au nez qu'elle se moque de le prendre — Molière (1622-1673)

  5. Absolument. Ne pas parler, ne pas agir sérieusement. Par civilité. Vous vous moquez de moi, vous vous moquez, c'est-à-dire vous me traitez avec trop de cérémonie, vous poussez trop loin la politesse.

    En nous flattant il semble qu'il se moque — Jean Mairet (1604-1686)

    On crut qu'il se moquait ; on sourit, mais à tort — La Fontaine (1621-1695)

  6. Être moqué, être tourné en ridicule.

    Les esprits forts qui s'étaient moqués de la fée furent moqués à leur tour — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

    Qui n'a pas été opprimé par les puissants, moqué par les faibles, fui et abandonné par tous les hommes ! — Vauvenargues (1715-1747)

  7. Se faire moquer, être tourné en ridicule. Il s'est fait moquer pour sa conduite étourdie. Il s'est fait moquer de tout le monde.

Étymologie : Provenç. mochar ; angl. to mock. Diez rapproche l'espagnol mueca, grimace, de moquer, qu'il tire, comme la plupart des étymologistes, du grec μωϰᾷν, railler. Cette étymologie paraît plausible ; cependant on ne voit pas comment un verbe grec serait entré, sans intermédiaire latin, dans le provençal et le français, et y serait entré sans pénétrer simultanément dans l'espagnol et l'italien ; car l'assimilation de mueca et de μωϰᾷν est très problématique. Le celtique a : kimry, moc, moquerie, mociaw, se moquer ; gaél. mag, se moquer ; on pourrait y voir l'origine de notre mot. Enfin Scheler, repou

Historique : XIIIe s. Teus [tel] me tient ore en grant honneur et en grant reverence qui adont se moqueroit de moi Vostre orguel ne vaut une coque ; Sachiés que fortune vous moque De joste son seignor se sist Au mangier, et maintenant rist De Renart qui les a moquiez Le bon comte de Soissons, en ce point là où nous estions, se moquoit à moy [plaisantait avec moi] et me disoit : Seneschal, lessons huer ceste chiennaille Sa fame et si enfant vraiement s'en anuient ; Li estrange le moquent, et li sien le defuient [fuient] XIVe s. Quant l'empereur vist l'escript, il fut tout esmerveillé, et dit que le clerc s'…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

v. pron.

  1. Se railler de quelqu’un ou de quelque chose, en rire, en faire un sujet de plaisanterie ou de dérision. On s’est moqué de lui. On s’est moqué de son costume. Cette femme s’est moquée de vous.

  2. Il signifie aussi Mépriser, braver, témoigner son dédain. C’est un homme qui se moque de l’opinion publique, qui se moque de tout. Il s’est moqué des remontrances qu’on lui a faites, de tous les avis qu’on lui a donnés. C’est se moquer du monde, c’est se moquer des gens que d’agir ainsi, de parler de la sorte. Je me moque de lui, je ne le crains point.

  3. Il se prend quelquefois absolument et signifie alors Ne pas parler, ne pas agir sérieusement. Quand je dis cela, vous voyez bien que je me moque. C’est se moquer que d’agir comme vous faites. C’est se moquer que de prétendre telle chose, de soutenir une pareille opinion. Vous vous moquez, je pense.

  4. Par civilité, Vous vous moquez de moi, vous vous moquez, Vous me traitez avec trop de cérémonie, vous poussez trop loin la politesse. Vous vous moquez, je ne passerai pas avant vous.

  5. Prov. et fig., Il ne faut point se moquer des chiens qu’on ne soit hors du village. Voyez

  6. CHIEN.

  7. MOQUER s’emploie aussi avec le verbe FAIRE. Si vous en usez comme cela, vous vous ferez moquer de vous, et absolument, vous vous ferez moquer.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Source de l'entrée : Dictionnaire de la langue française (Littré), 1863-1873, licence CC-BY-SA-3.0 — entrée MOQUER (SE).

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.