s. f.
Action de montrer ; sens qui n'est guère usité que dans la locution : faire montre, montrer avec une sorte d'étalage.
Elle.... Étale ses beautés, fait montre de ses charmes — Malherbe (1555-1628)
Quand un discours naturel peint une passion, ou un effet, on trouve dans soi-même la vérité de ce qu'on entend, laquelle on ne savait pas qu'elle y fût, en sorte qu'on est porté à aimer celui qui nous le fait sentir ; car il ne nous a pas fait montre de son bien, mais du nôtre — Pascal (1623-1662)
Ce qu'on montre pour faire juger du reste, échantillon. Une montre de blé, d'avoine. Acheter du blé sur montre, l'acheter d'après l'échantillon que le vendeur a apporté au marché. Fig.
Le corps de la pièce sera semblable à l'endroit vulgairement appelé la montre, et, au cas qu'il se trouve d'une qualité inférieure, la pièce d'étoffe sera confisquée
Voilà une petite montre de ce grand commerce de friperie que l'on exerce à la cour — Guez de Balzac (1597-1654)
Ce qu'un marchand étale devant sa boutique, pour montrer quelle sorte de marchandise il vend. Tout cela n'est mis que pour servir de montre. Faire des montres, étaler des marchandises de moindre qualité. Ne point faire de montre, c'est-à-dire faire voir d'abord ce qu'on a de plus beau, de meilleur.
Le brodeur et le confiseur seraient superflus, et ne feraient qu'une montre inutile, si l'on était modeste et sobre — La Bruyère (1645-1696)
Le marchand fait des montres pour donner de sa marchandise ce qu'il y a de pire — La Bruyère (1645-1696)
Boîte vitrée dans laquelle les orfévres, bijoutiers, etc. mettent leurs marchandises, afin qu'on les voie sans pouvoir y toucher.
Ce qui sert d'enseigne, d'annonce. Fig.
Semblables à ces figures de carton qui servent de montre à une fête publique, ils [certains grands] jettent feu et flamme, tonnent et foudroient — La Bruyère (1645-1696)
Hypocrites qui, outrageant la vertu dans leurs cœurs, abusent de son image qui leur sert de montre pour se concilier la faveur des hommes — Bossuet (1627-1704)
Montre d'orgues, devanture qui simule les tuyaux d'orgues, et qui cache les véritables tuyaux.
Endroit d'une salle d'armes où sont placés, dans une espèce de râtelier, les fleurets des élèves.
Lieu où les marchands de chevaux font voir leurs chevaux à vendre. La manière dont ils essayent et conduisent ces mêmes chevaux. Prenez-y garde, la montre est trompeuse.
Nom que les fabricants de porcelaine donnent aux pyroscopes.
Apparence. La montre des blés est belle, ils annoncent une bonne récolte. N'être que pour la montre, se dit de certaines choses qui ne sont que pour l'apparence et dont on ne se sert point. Ce sont les vignes de la Courtille, belle montre, peu de rapport, ou, simplement, belle montre, peu de rapport, se dit pour exprimer que la personne ou la chose dont on parle, a de belles apparences auxquelles ne répond nullement la réalité.
Il est des choses qui ont une montre douteuse, et qu'on ne peut tenir pour honnêtes, que premièrement on n'en fasse l'interprétation — Malherbe (1555-1628)
Quand sur une si belle montre on a essayé du personnage — La Bruyère (1645-1696)
Fig. Parade, étalage.
Si les médecins n'avaient des soutanes et des mules, et que les docteurs n'eussent des bonnets carrés..., jamais ils n'auraient dupé le monde, qui ne peut résister à cette montre si authentique — Pascal (1623-1662)
Malheur à vous, hypocrites.... qui n'avez qu'une vaine montre et une fausse apparence de probité — Bourdaloue (1632-1704)
Autrefois, revue de gens de guerre. Fig. et familièrement. Passer à la montre, être acceptable, en parlant soit des personnes soit des choses. Revue passée pour le payement de la solde. Par extension, un mois, un quartier de solde. Cette compagnie a touché sa montre. Montre sèche, revue où on ne donnait point d'argent.
Ce qu'il y eut en cette montre [le spectacle, le défilé du triomphe du consul Cornélius] de plus regardé, fut une troupe de Crémonais et de Plaisantins, qui, en habit d'affranchis, voulurent marcher après son charriot — Malherbe (1555-1628)
Et comme en une montre où les passe-volants... sont les plus insolents — Mathurin Régnier (1573-1613)
Ancien terme de guerre. Manœuvre pour cacher son vrai dessein à l'ennemi. On dit aujourd'hui démonstration.
Après diverses montres de différents côtés et avoir menacé plusieurs de nos places, le prince d'Orange tourna tout à coup sur Namur — Saint-Simon (1675-1755)
La platine qui indique les heures dans une horloge ou une montre. Les horloges dans les églises avaient des montres dedans et dehors. On dit aujourd'hui cadran.
Petite horloge qui se porte ordinairement dans une poche destinée à cet usage. Montre d'or, d'argent. Monter sa montre. Ma montre va bien, va mal. Mettre une montre à l'heure. Montre à répétition, voy. RÉPÉTITION. Montre en bague, montre qui se porte au doigt à l'aide d'une bague où elle est enchâssée. Montre marine, montre faite avec beaucoup de précision, en sorte qu'elle conserve toujours l'heure, soit du premier méridien, soit de tout autre lieu dont le méridien est connu. En comparant cette heure avec celle que le calcul donne à bord dans le moment d'une observation, on en déduit le méridien sur lequel on se trouve, c'est-à-dire la longitude du lieu qu'on occupe ; c'est ainsi qu'une montre marine donne les longitudes. Montre d'ivrogne, celle qu'on peut monter en tournant à droite ou à gauche. Terme de marine. Montres à dérive, à sillage, appareils dont le but est d'indiquer à tout moment le nombre des degrés de la dérive, le nombre des nœuds du sillage.
Ceux qui jugent d'un ouvrage par règle sont, à l'égard des autres, comme ceux qui ont une montre à l'égard des autres ; l'un dit : il y a deux heures ; l'autre dit : il n'y a que trois quarts d'heure ; je regarde ma montre ; je dis à l'un : vous vous ennuyez ; et à l'autre : le temps ne vous dure guère ; car il y a une heure et demie — Pascal (1623-1662)
En ouvrage de goût, en musique, en poésie, en peinture, c'est le goût qui tient lieu de montre ; et celui qui n'en juge que par règle en juge mal — Voltaire (1694-1778)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).