s. m.
Tout ce que nous apercevons d'espace, de corps et d'êtres, ainsi dénommé à cause de l'arrangement et de la régularité qui y règnent. La création du monde. Plusieurs philosophes ont cru que le monde est éternel. Hyperboliquement. Un monde, quelque chose de très grand. Faire un monde, imaginer un système sur la formation du monde. La machine du monde, le monde considéré dans le jeu des forces qui l'animent, dans son mécanisme. Par exagération. Âme du monde, espèce d'intermédiaire que la philosophie platonicienne plaçait entre Dieu et la matière. Selon d'autres philosophes, l'âme du monde se confond avec Dieu même. Familièrement. Depuis que le monde est monde, c'est-à-dire de tout temps. L'an du monde deux mille, la deux-millième année depuis la création du monde. Terme de marine. Est du monde, l'est vrai ou corrigé, par opposition à l'est donné par la boussole.
Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature ; nulle idée n'en approche — Pascal (1623-1662)
....Tellement que qui en saura les principes [de la religion] puisse rendre raison et de toute la nature de l'homme en particulier, et de toute la conduite du monde en général — Pascal (1623-1662)
Les anciens croyaient généralement que le chaos avait précédé le monde qui en avait été tiré. Fig.
À propos, c'est lundi la fête de Chloé ; Sa maison, on le sait, est l'arche de Noé ; La ville, les faubourgs, chez elle tout abonde ; De ce chaos il faudra faire un monde — Jacques Delille (1738-1813)
Va donc pour le chaos, et qu'il en sorte un monde ! — C. DELAVIGNE
Le monde physique, le monde considéré dans ce qu'il a de sensible. Le monde moral ou intellectuel, ou intelligent, le monde considéré par rapport aux choses morales ou intellectuelles. Le monde idéal, l'idée archétype du monde qui est en Dieu, de toute éternité, selon la philosophie de Platon. Monde idéal, se dit d'un monde imaginaire, meilleur que le monde où nous existons. Fig. Se créer un monde, se faire un monde idéal. Monde intelligible, le monde considéré dans les rapports qui ne peuvent être saisis que par l'intelligence.
Il s'en faut bien que le monde intelligent soit aussi bien gouverné que le monde physique ; car, quoique celui-ci ait aussi des lois qui, par leur nature, sont invariables, il ne les suit pas constamment comme le monde physique suit les siennes — Montesquieu (1689-1755)
Mais de quoi jouissais-je enfin quand j'étais seul ? de moi, de l'univers entier, de tout ce qui est, de tout ce qui peut être, de tout ce qu'a de beau le monde sensible, et d'imaginable le monde intellectuel — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Dans un sens particulier, le monde, notre système solaire avec les planètes, les satellites des planètes et les comètes, par opposition à l'univers qui embrasse tout ce que nous voyons d'espace et de soleils, et dans lequel le monde n'est plus qu'une parcelle. Système du monde, l'ensemble des conditions géométriques et mécaniques suivant lesquelles notre soleil, les planètes, leurs satellites et les comètes accomplissent leurs mouvements.
Les planètes et les étoiles qui roulent dans l'espace, considérées comme des habitations semblables aux nôtres. Pluralité des mondes, opinion hypothétique qui, considérant que les planètes sont des globes semblables en beaucoup de choses à la terre, admet qu'elles ont aussi des habitants. Entretiens sur la pluralité des mondes, par Fontenelle.
Il semble que rien ne devrait nous intéresser davantage que de savoir comment est fait ce monde que nous habitons, s'il y a d'autres mondes semblables, et qui soient habités aussi — Fontenelle (1657-1757)
Lorsqu'il [Sénèque] répond à la question : Quelle sera la vie du sage sur une plage déserte, dans le fond d'un cachot ? Celle de Jupiter dans la dissolution des mondes, il montre une âme forte — Diderot (1713-1784)
Le globe terrestre. Le monde sublunaire. Faire le tour du monde. Les cinq parties du monde. Par exagération. Tout ce qui est au monde, c'est-à-dire une foule considérable. Courir le monde, voyager beaucoup. Dans une opinion vulgaire qui considérait la terre comme une surface plate, le bout du monde, le lieu où la terre se termine, un lieu très éloigné. Hyperboliquement. Il est allé loger au bout du monde, dans un quartier fort éloigné. On dit dans le même sens : à l'autre bout du monde. Fig. et familièrement. C'est le bout du monde, se dit lorsqu'on estime quelque chose à son plus haut prix, à sa plus grande valeur. Si vous tirez cent francs de ce cheval, c'est le bout du monde. Le bout du monde, se dit aussi d'un délai extrême qu'on ne peut dépasser. De par le monde, quelque part. Il y a de par le monde un homme qui.... Du monde, se joint avec un superlatif pour exprimer avec plus de force ce qu'on affirme ou ce qu'on nie. Le meilleur homme, le plus méchant homme du monde. Cela est, cela va le mieux du monde, cela est, cela va très bien. Nous sommes le mieux du monde ensemble, nous sommes très bien, très amis l'un avec l'autre. Pas le moins du monde, en aucune façon. Du monde, se joint avec le même sens à un substantif. Il dit de vous tout le bien du monde. Par exagération. Tout au monde, tout ce qui est dans le monde ; rien au monde, rien de ce qui est dans le monde. Je donnerais tout au monde pour l'avoir. Rien au monde ne le fera céder. Terme de blason. Globe terrestre que l'on voit sur les tiares des papes ou sur les couronnes des empereurs. On en trouve aussi dans quelques armoiries particulières.
M. Sauval travaille à nous faire une histoire de la ville de Paris ; vous savez que cet abrégé du monde est divisé en ville, cité et université — Gui Patin (1601-1672)
Entendez, Ô grands de la terre ; instruisez-vous, arbitres du monde — Bossuet (1627-1704)
Le monde, ce bas monde, ce monde, la terre que les hommes habitent, par opposition au ciel, au royaume céleste. On n'a pas toutes ses aises en ce monde. Dans le langage de l'Écriture, la figure de ce monde passe, c'est-à-dire tout ce qui est dans le monde n'a rien de solide ni de permanent. Venir au monde, naître. Par extension, venir au monde, survenir, arriver. Être au monde, être en vie. Cesser d'être au monde, n'être plus au monde, ne plus exister. Par extension. Se savoir bon gré d'être au monde, être très satisfait de soi-même, de sa position, etc. Mettre un enfant au monde, donner naissance à un enfant. Fig. Mettre au monde, faire connaître, donner une certaine illustration.
Mais elle était du monde, où les plus belles choses Ont le pire destin — Malherbe (1555-1628)
Tout au monde est mêlé d'amertume et de charmes — La Fontaine (1621-1695)
Le monde ancien, ou le monde des anciens, ce que les anciens connaissaient du globe terrestre. Le nouveau monde, le continent de l'Amérique. Nouveau monde, variété d'œillet. Monde nouveau, tout ce que l'on connaît aujourd'hui du globe terrestre, par opposition à monde ancien qui ne comprenait qu'une partie de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. Monde maritime, l'Océanie et ses dépendances. Fig. Fig. Un monde tout différent, une manière tout autre de sentir, de comprendre, d'exprimer. Fig. Familièrement. De quel monde venez-vous ? ou bien, vous n'êtes pas de ce monde, se dit à quelqu'un qui ne paraît pas instruit d'une chose que tout le monde sait.
Ce voyage de Gama fut ce qui changea le commerce de l'ancien monde — Voltaire (1694-1778)
En sorte qu'à son tour le nouveau monde paraît avoir des représentants dans l'ancien — Buffon (1707-1788)
Hyperboliquement. Un lieu vaste et très peuplé. Paris est un monde.
C'est une république, c'est un monde que votre château, je n'y ai jamais vu cette foule — Mme de Sévigné (1626-1696)
Monde se dit pour exprimer un ensemble de pays, de sociétés, de civilisation. Le monde oriental. Le monde grec. Le monde du moyen âge. On dit de même : le monde chrétien, le monde des fidèles. Le monde politique, la société et son gouvernement.
Dès le moment que nous entrons dans l'Église, qui est le monde des fidèles et particulièrement des élus — Pascal (1623-1662)
Les États qui composent le monde chrétien — Bourdaloue (1632-1704)
La totalité des hommes, le genre humain. L'opinion du monde. Jésus-Christ est le Sauveur du monde.
Le monde est vieux, dit-on ; je le crois ; cependant Il le faut amuser encor comme un enfant — La Fontaine (1621-1695)
Avant lui [Jésus-Christ], le monde vivait dans une fausse paix — Pascal (1623-1662)
Les hommes en général, la plupart des hommes.
Le monde, chère Agnès, est une étrange chose — Molière (1622-1673)
À quoi pense le monde ?.... à danser, à jouer du luth, à chanter, à faire des vers, à courir la bague.... sans penser à ce que c'est.... qu'être homme — Pascal (1623-1662)
Un certain nombre de personnes. Peu de monde. Beaucoup de monde. Il a amené beaucoup de monde avec lui. Le monde commençait à venir. Avoir du monde, avoir chez soi un certain nombre de personnes. Recevoir du monde, recevoir chez soi des personnes qui viennent rendre visite. Monde se dit aussi pour une seule personne. N'entrez pas, il y a du monde dans son cabinet. À cet emploi de monde, correspond personne. Y a-t-il du monde ici ? il n'y a personne.
Allons-nous-en d'ici, j'entends venir du monde — Jean Mairet (1604-1686)
Une grande partie du monde alla coucher à Reims — Pellisson (1624-1693)
Le monde, les gens, vous, nous, le premier venu. Il ne faut pas accuser le monde légèrement. Devant le monde, en public. Familièrement et avec un ton de plainte. Le pauvre monde, les gens, vous ou moi.
La dague dont il se servait Quand il voulait tuer le monde — Scarron (1610-1660)
Si bien qu'on ne peut se moquer du monde d'une façon plus grossière qu'en nous donnant ces discours comme fort anciens — Bossuet (1627-1704)
Tout le monde, chacun. On peut employer le pronom leur avec tout le monde. Tout le monde, le premier venu.
[Elle] Croit que c'est aimer Dieu que haïr tout le monde — Boileau (1636-1711)
Il aurait fallu commencer par imiter M. le duc d'Orléans [qui s'était fait inoculer] ; il faudrait donner la petite vérole à tout le monde pour sauver tout le monde — Voltaire (1694-1778)
Hyperboliquement. Un monde, une grande quantité de personnes. Absolument. Une grande quantité de choses.
Apaisez le lion : seul il passe en puissance Ce monde d'alliés vivant sur notre bien — La Fontaine (1621-1695)
Être servi par un monde d'esclaves — La Fontaine (1621-1695)
Avec l'adj. possessif, les domestiques. Il a congédié tout son monde. Les gens qui sont sous les ordres de quelqu'un. Ce capitaine n'avait avec lui que la moitié de son monde. Un certain nombre de personnes que l'on attend. Notre monde n'est pas encore arrivé. La famille, les gens qu'on a autour de soi Tout mon monde vous fait ses compliments. On dit de ses enfants jeunes : mon petit monde. Fig. Connaître son monde, savoir à qui l'on a affaire. Apprendre à quelqu'un à connaître son monde, lui faire la leçon, le remettre à sa place.
On dit ordinairement en parlant : tout mon monde est venu, son monde n'est pas venu, pour dire : tous mes gens ou tous mes domestiques sont venus, ses gens ne sont pas venus ; mais il le faut éviter comme un terme bas, et, si j'ose le dire, de la lie du peuple — Vaugelas (1585-1650)
Son monde, pour dire ses gens, ses domestiques, n'est point un terme de la lie du peuple, comme il est qualifié dans cette remarque ; il est de la conversation et du style familier, et on ne doit point blâmer ceux qui disent : son appartement est fort commode, il a tout son monde autour de lui
Dans la marine, l'équipage, ou une partie de l'équipage. En haut le monde ! appelez le monde ! On met du monde sur telle ou telle manœuvre qu'on veut haler. Tout le monde sur le pont ! Envoyer du monde à terre. Faire passer du monde sur le bord, faire descendre, quand un officier ou un étranger vient à bord d'un vaisseau, le long de l'échelle quelques matelots qui veillent sur lui pendant le trajet à faire de l'embarcation qui l'a apporté au pont du navire, le préservent des chutes ou autres accidents et le reçoivent le bonnet à la main.
La société des hommes, ou une partie de cette société. L'usage du monde. Il ne voit qu'un certain monde. Aller dans le monde, fréquenter la société, aller dans les salons, dans les bals, les concerts, etc. Mettre quelqu'un dans le monde, l'introduire dans la société. Homme du monde, homme qui vit dans la société et qui en sait les usages. Au pluriel, les gens du monde, voy. GENS, n° 3. Savoir son monde, savoir bien le monde, savoir vivre et se conduire dans le monde. Avoir du monde, même signification. Manquer de monde, être sans monde, ne pas connaître les usages de la société distinguée. Connaître le monde, connaître les hommes. La science du monde, la connaissance de la manière de voir de la société. Vous ne changerez pas le monde, c'est-à-dire il faut accepter les usages, les opinions, les manières de faire. N'être plus du monde, n'être plus dans le commerce du monde, ne plus fréquenter la société. On dit dans le même sens : quitter le monde, renoncer au monde, se retirer du monde. Voilà le monde, c'est ainsi que les choses changent, que la fortune porte ses coups, que les sentiments tournent. Ainsi va le monde, c'est ainsi que les hommes agissent, se conduisent. C'est le monde renversé, se dit quand une chose se fait contre l'ordre et la raison. C'est un homme qui doit à Dieu et au monde, c'est-à-dire il est fort endetté.
Vous êtes peu du monde, et savez mal la cour — Pierre Corneille (1606-1684)
Mais vous êtes du monde ; et, dans votre sagesse, Vous savez excuser le feu de la jeunesse — Molière (1622-1673)
Le grand monde, la société distinguée par les richesses, par les dignités de ceux qui la composent. Être reçu dans le grand monde. Grand monde signifie aussi une société nombreuse. Familièrement. Le petit monde, les gens du commun. Le peuple dit : il ne faut pas tant mépriser le petit monde. Le beau monde, la société la plus brillante, celle qui est distinguée par l'élégance en tout genre. Mme de Genlis trouvait le beau monde une façon de parler basse, Mém. t. V, p. 92, dans POUGENS. Voir le beau monde, fréquenter les personnes de distinction. En un autre sens. Du beau monde, des gens bien mis. J'ai vu là beaucoup de beau monde. Le monde savant, le monde lettré, les hommes qui s'occupent particulièrement des sciences, des lettres. Le monde géomètre, les géomètres. Demi-monde, gens d'une réputation équivoque ; se dit surtout des femmes galantes, entretenues. Le demi-monde littéraire, des littérateurs de dernière classe.
Dans ce grand monde où tu vas l'entraîner [ta femme] — Boileau (1636-1711)
Toute sa vie [Villeroy] nourri et vivant dans le plus grand monde — Saint-Simon (1675-1755)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).