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misère

misère

nom, féminin · /mizɛʁə/

Usage : fréquent (33 occurrences par million, Lexique 3.83).

Définitions

  1. État d'extrême pauvreté, de dénuement matériel.

    Cette famille vit dans la misère depuis la fermeture de l'usine.

    Synonymes : dénuement, indigence.

    « Contrainte de paraître au monde, et d'étaler, pour ainsi dire, à la France même et au Louvre où elle était née avec tant de gloire, toute l'étendue de sa misère »Bossuet (1627-1704)

    « Ces tristes demeures où se retirent la misère et la pauvreté »Fléchier (1632-1710)

  2. Situation pénible, malheur qui accable durablement quelqu'un.

    Elle a connu bien des misères au cours de sa vie.

    Synonyme : malheur.

    « Le soir, le matin et à midi, je raconterai mes misères, et j'annoncerai ses miséricordes : et il exaucera ma voix »Lemaistre de Sacy (1613-1684)

    « Le bel intérieur de conscience à montrer ! que de misères mises au jour ! et quelles misères encore ! »Marivaux (1688-1763)

  3. Familier. Chose de peu d'importance ou de valeur, souvent utilisée pour minimiser quelque chose : *Ne t'inquiète pas pour cette misère*.

    On l'a acheté pour une misère au marché aux puces.

    Synonyme : bagatelle.

    « Vous ne vous êtes donc pas présenté à la caisse ? - Ah ! monsieur, c'est une misère »Louis-Benoît Picard (1769-1828)

Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.

Expressions : faire des misères à quelqu'un · pleurer misère · salaire de misère

Grammaire et formes (2)
  • misères : pluriel · /mizɛʁə/
  • misère : singulier · /mizɛʁə/

Témoignages historiques

Littré (1873) · 10 sens

s. f.

  1. État malheureux. La misère du temps, des temps, le mauvais état des affaires.

    Le regret du passé, du présent la misèreMathurin Régnier (1573-1613)

    Que je te plains, ma fille ! hélas ! pour ta misère Les destins ennemis ont fait naître ce frèrePierre Corneille (1606-1684)

  2. Faiblesse et néant de l'homme.

    Ce sont [les misères de l'homme] misères de grand seigneur, misères d'un roi dépossédéPascal (1623-1662)

    Orgueil, contrepesant toutes les misères ; ou il cache ses misères, ou, s'il les découvre, il se glorifie de les connaîtrePascal (1623-1662)

  3. Souffrances physiques, incommodités.

    Vous ne sauriez croire combien je suis devenu vieux ; toutes mes misères ont augmenté, et un apothicaire est beaucoup plus nécessaire à mon être qu'un général d'arméeVoltaire (1694-1778)

  4. Lit de misère, lit sur lequel est une femme en travail d'accouchement.

  5. Indigence, privation de ressources, des choses nécessaires. Mal de misère, la pellagre. La misère, les gens qui sont dans la misère. Le bonhomme Misère, personnage principal d'un conte populaire. Comment le bonhomme Misère vainquit la mort.

    Sa misère est sans doute une honnête misèreMolière (1622-1673)

    Je serai au désespoir, s'il faut que je reprenne encore les pensées de la guerre... il est triste de s'avancer dans le pays de la misère ; c'est ce qui est indubitable dans votre métier [militaire]Mme de Sévigné (1626-1696)

  6. Peine, difficulté. C'est une grande misère que les procès. C'est une misère que d'avoir affaire à lui. Fig. et familièrement. Collier de misère, travail pénible, qu'on ne peut interrompre que pour le reprendre bientôt, par allusion soit au collier du cheval qui tire, soit à l'ancien collier de l'esclave. Familièrement. Faire des misères, causer de la peine, des contrariétés, du tourment. Paroles de médisance. Il a dit toutes sortes de misères de vous.

    On joue, on bâille, on s'ennuie, on ramasse quelque misère les uns des autres, on se hait, on s'envie, on se caresse et on se déchireMme de Maintenon (1635-1719)

  7. Action, chose moralement petite.

    Elle ne fait point de ces petites misères-làMme de Sévigné (1626-1696)

    Quel besoin n'aurais-je pas.... d'un courage et d'une vertu comme la vôtre ?.... c'est ce qui ne m'est pas donné ; je suis livrée à la misère d'une grande faiblesseMme DE GRIGNAN

  8. Bagatelle, chose de peu d'importance et de valeur.

    Vous ne voudriez pas que j'entretinsse le roi de ces misèresMme de Maintenon (1635-1719)

    Il n'est pas permis à une femme auteur de donner des misèresMme DE PUISIEUX

  9. Terme du jeu de boston. Coup que l'on gagne, quand on parvient à se débarrasser de toutes ses cartes, sans relever une seule main. Demander une misère en pique. Petite misère, celle dans laquelle on écarte préalablement une carte à son choix. Misère sur table, celle qui se fait en montrant son jeu (voy. BOSTON).

  10. Misère, rouge-gorge ; on dit aussi bonhomme-misère.

Étymologie : Prov. esp. et ital. miseria ; du lat. miseriam, dérivé de miser, dont on pense que les relations étymologiques sont avec le lat. mœstus, triste, μῖσος, haine.

Historique : XIIe s. Si fust tun plaisir que veisses ma miserie XIIIe s. Par le peché Adam no pere Sommes nous mis en grant misere Je crien que ceste pitiez et ceste douçor ne nos tort [tourne] à misere et à amertume Come ladite Amile eust esté en si grant misere [souffrance, maladie] par trois mois XIVe s. Et après en sa vieillesse il chiet [tombe] en très grant misere Disant que moult courtoisement il les avoit traitié en temps de leur misere XVe s. Les premiers agousteurs [ceux qui goûtèrent les premiers] de ceste humaine misere XVIe s. Aimer mieulx mourir, que vivre en cette misere, d'avoir à se garder…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.

Académie française, 8e édition (1935) · 8 sens

n. f.

  1. Condition, état de celui qui inspire la pitié. être sensible aux misères d’autrui. Les misères de la vie. Ce monde est une vallée de misères.

  2. Par extension, C’est une grande misère que les meilleurs procès. C’est une misère que d’avoir affaire à lui.

  3. Fig. et fam., Collier de misère, Travail pénible, qu’on ne peut interrompre que pour le reprendre bientôt. Le voilà au terme de son congé : il va falloir reprendre le collier de misère.

  4. La misère des temps, Le mauvais état des affaires. Il ne vend rien, c’est la misère des temps qui en est la cause.

  5. MISÈRE se dit spécialement de la Privation des choses nécessaires à la vie. Il est mort dans une extrême misère. Il est tombé dans la misère.

  6. Fam., Crier misère, Se plaindre vivement de sa situation matérielle.

  7. Il sert particulièrement à exprimer la Faiblesse et le néant de l’homme. Ce qui nous paraît de plus grand dans le monde n’est que misère et que vanité. On n’est jamais content de son état : rien ne marque davantage la misère de l’homme.

  8. Il signifie figurément Bagatelle, chose de peu d’importance et de valeur. Ne vous inquiétez pas de cela, c’est une misère, ce n’est qu’une misère. Il s’est fâché pour une misère. Il a l’air de se bien porter, mais il a toujours quelques misères de santé.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée misère#40133.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.