mélancolie

mélancolie

nom, féminin, /mɛlɑ̃koli/ ou /melɑ̃kɔli/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (5 sens) — Académie 1935 (2 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Terme d'ancienne médecine. Bile noire, humeur hypothétique, un des quatre éléments qui, suivant les anciens, constituaient le corps humain, et dont ils avaient placé le siége dans la rate. On regardait la mélancolie comme capable de produire les affections, les maladies hypocondriaques.

    Le mal de cette dame ne me paraît rien autre chose qu'une mélancolie noire qui se peut dissiper en excitant tout à coup en elle une émotion qui lui cause une dilatation de cœur — Lesage (1668-1747)

  2. Dans la médecine actuelle, nom d'une lésion des facultés intellectuelles caractérisée par un délire roulant exclusivement sur une série d'idées tristes ; c'est la variété de la monomanie qu'Esquirol a nommée lypémanie. La mélancolie s'observe aussi chez les animaux dont on change brusquement les habitudes, chez ceux qu'on prive des sujets de leur affection.

  3. Disposition triste provenant d'une cause physique ou morale, dite aussi vulgairement vapeurs du cerveau. Il n'engendre pas la mélancolie, de mélancolie, se dit d'un homme qui vit sans souci. Le tombeau de la mélancolie, le vin. La mélancolie ne paye point de dettes, c'est-à-dire au lieu de se chagriner de ses dettes, il faut s'évertuer.

    La mélancolie que j'ai dans le cœur et dans les yeux me fait paraître tous les visages comme si je les voyais au travers de la fumée de l'eau-de-vie, et je n'aperçois rien qui ne me semble effroyable — Voiture (1597-1648)

    Laissons-le un peu nager dans la mélancolie — Jean Mairet (1604-1686)

  4. Tristesse déjà adoucie qui succède à une perte cruelle.

    La nature, qui, en nous condamnant à vivre, nous a laissé deux précieuses ressources, la mort pour finir les maux qui nous déchirent et la mélancolie pour nous faire supporter la vie dans les maux qui nous flétrissent — D'Alembert (1717-1783)

    Il adoucit ses douleurs en peignant, dans des vers remplis d'une mélancolie douce et profonde, les vertus et les grâces de celle qu'il pleurait — Condorcet (1743-1794)

  5. Tristesse vague qui n'est pas sans douceur, à laquelle certains esprits et surtout les jeunes gens sont assez sujets, et qui n'a pas été sans action sur la poésie moderne de l'Europe.

    Ô mélancolie enchanteresse ! ô langueur d'une âme attendrie ! combien vous surpassez les turbulents plaisirs, la gaîté folâtre, la joie emportée, et tous les transports qu'une ardeur sans mesure offre aux désirs effrénés des amants ! — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

    Et la mélancolie errante au bord des eaux — Marie-Joseph Chénier (1764-1811)

Étymologie : Wallon, mîracolèie ; bourg. mérancolie ; provenç. melancolia, malenconia ; esp. melancolia ; ital. melancolia, malinconia ; du lat. melancholia, qui vient du grec μελαγχολία, de μέλας, noir, et χολὴ, bile.

Historique : XIIIe s. Melancolie qui est froide et seche Dont lui est or venue ceste melancolie ? XVe s. Etle [le captal de Buch] convint mourir par melancolie en la tour du Temple à Paris, dont grandement deplaisoit à ses amis Or entrai en merancolie, De ce qu'elle estoit aussi lie [gaie] Aux aultres gens qu'elle ert à moi Ce me seroit trop grand folie, Quand demourer puis en repos, De reprendre merencolie Elle entra en telle melancolie [rêverie, méditation], qu'elle ne cessa, si eut mis par vers sa response XVIe s. Nous devisons, passant melancolie, Sur le chemin des Alpes d'Italie Toutes les especes de …

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. T. de Médecine — Bile noire et Disposition triste que l’ancienne médecine attribuait à un excès de bile noire. Il se dit aujourd’hui d’une Variété de maladie mentale. Accès de mélancolie. Atteint de mélancolie. Il désigne dans le langage courant une Certaine disposition de l’âme à la tristesse. Accablé de mélancolie. Tomber dans une sombre mélancolie. Quand elle n’est qu’un penchant à la rêverie et à la méditation vague, la mélancolie a son charme et même sa poésie. à l’époque romantique, la mélancolie était à la mode dans la littérature et dans les arts.

  2. Fig. et fam., Il n’engendre point la mélancolie, se dit d’un Homme qui vit sans souci, qui est d’humeur gaie.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • mélancolies — pluriel — /melɑ̃kɔli/ ou /mɛlɑ̃koli/
  • mélancolie — singulier — /melɑ̃kɔli/ ou /mɛlɑ̃koli/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée mélancolie#41754.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.