me
pronom, /mə/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (10 sens) — Académie 1935 (3 sens)
Littré (1873)
pron.
Me, régime direct ; il se place avant le verbe. Me voici, me voilà.
D'ailleurs l'affront me touche — Pierre Corneille (1606-1684)
Qu'on me laisse ici — Molière (1622-1673)
Me, régime indirect et signifiant à moi ; il se place avant le verbe. Vous me donnez un sage conseil. En cet emploi, il se joint au verbe être et à des verbes neutres, exprimant non pas un régime indirect, mais la circonstance que telle chose, tel fait est à moi. Il m'est parent, voy. LEUR.
Ne me rappelez point une trop chère idée — Jean Racine (1639-1699)
Tu dois me prononcer l'arrêt qu'on vient de rendre — Voltaire (1694-1778)
Me, régime indirect, est quelquefois explétif et donne un peu plus de force à l'expression.
Prends ton pic, et me romps ce caillou qui te nuit ; Comble-moi cette ornière.... — La Fontaine (1621-1695)
C'est une fille propre aux choses qu'elle fait, Et vous me la chassez pour un maigre sujet — Molière (1622-1673)
L'e muet s'y élide quand le verbe suivant commence par une voyelle ou une h muette. Vous m'avez secouru. Il m'honore. L'e s'élide aussi devant les particules y et en. Passons devant la porte d'un tel, vous m'y laisserez. Ne m'en parlez plus.
Vous m'aimez, vous me le soutenez — Jean Racine (1639-1699)
Tu quitterais le dessein que tu as, si tu m'en voulais croire — Molière (1622-1673)
Me se place avant la particule en. Vous m'en donnerez.
Me se place, par exception, après le verbe, lorsqu'il se trouve tout à la fois que le verbe est à l'impératif, que la phrase est affirmative et que la particule en suit immédiatement le pronom. J'ai besoin de sages conseils, donnez-m'en. Vous m'avez jeté dans l'embarras, faites-m'en sortir. À part ces cas, me ne s'emploie pas avec l'impératif ; on se sert de moi. Aimez-moi. Donnez-moi de l'argent. Cependant, quand il y a plusieurs verbes à l'impératif, on peut, avec le second ou le troisième, mettre me avant le verbe.
Ce n'était pas un sot, non, non, et croyez-m'en Que le chien de Jean de Nivelle — La Fontaine (1621-1695)
Instruisez-m'en de grâce, et, par votre discours, Hâtez mon désespoir ou le bien de mes jours — Molière (1622-1673)
Quand, avec l'impératif, la phrase est négative, me reprend sa place avant le verbe. Ne m'en croyez pas. Ne m'y laissez pas. Ne me chassez pas. Ne me donnez pas d'argent.
Me se place avant y. Vous m'y attendrez. Je vous prie de m'y attendre. Je m'y en vas (et non je m'en y vas ; voy. ALLER, rem. 3). D'après l'Académie, on ne dit pas : attendez-m'y ; menez-m'y ; il faut dire : attendez-y-moi ; menez-y-moi. Cependant l'Académie au mot tu donne : mets-t'y, jette-t'y ; et, quand elle assure qu'on ne dit pas mets-m'y, jette-m'y, et formes semblables, elle se trompe ; car on trouve dans la Fontaine : Menez-m'y, Ragotin, III, 15. Le fait est que cette forme est plus correcte que l'autre, et que toutes deux sont peu usitées ; mais il faut ajouter qu'on ne doit avoir aucun scrupule à se servir de celle de la Fontaine et à la remettre en honneur.
Me, comme tous les pronoms en régime, se répète avant chacun des verbes dont il est le régime.
Son visage odieux m'afflige et me poursuit — Jean Racine (1639-1699)
Dans les phrases où il y a deux verbes subordonnés l'un à l'autre, on place ordinairement le pronom me près du verbe qui le régit. On ne saurait me reprocher d'aimer la table. Du reste ce n'est pas une faute de dire : On ne me saurait reprocher d'aimer la table ; et on sait même que les écrivains du XVIIe siècle affectent de placer le pronom avant le premier verbe : Dans ce cas il faut consulter l'oreille.
Il faut que le cruel qui m'a pu mépriser Apprenne de quel nom il osait abuser ! — Jean Racine (1639-1699)
Étymologie : Lat. me, accusatif de ego. Moi et me sont identiques et ne diffèrent que parce que moi porte l'accent, tandis que me est proclitique.
Historique : IXe s. In quant Deus savir et podir me dunat [donne] XIe s. Et de ço ne me poez enplaider Et par la barbe qui al pis me ventelet Livrez m'en ore le gant et le baston Prenez m'as bras, me dressez en seant XIIe s. Nule chançon ne m'agrée Requier le rei qu'il me te duinge [donne], e il ne m'escundirad pas XIIIe s. Que le livre as histoires [il] me montra où je vi.... De duel [deuil] et de pitié trestous li cuers m'en art [brûle] Laissez m'entrer leens, tout vous sera conté Constance vostre femme mout [vous] me saluerez XVIe s. Jette le moy, jette le moy par terre, Et que du pied la gorge on me lu…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
Pronom personnel des deux genres
, représentant la première personne du singulier et qui s’emploie comme complément du verbe. Tantôt il est complément direct : Vous me soupçonnez mal à propos. Tantôt il est complément indirect et signifie à moi. Vous me donnez de sages conseils.
Il s’élide devant un mot commençant par une voyelle, et aussi devant en et y. Vous m’aimez. Vous m’avez secouru. Passons devant la porte de mon oncle, vous m’y laisserez. Ne m’en parlez pas.
Il se place devant le verbe, sauf quand celui- ci est à l’impératif sans négation. J’ai besoin de renseignements, donnez-m’en. Vous m’avez jeté dans l’embarras, faites-m’en sortir.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (3)
- m' — 1ʳᵉ pers. singulier — /m/
- me — 1ʳᵉ pers. singulier — /mə/
- m' — forme de base — /m/
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