marqué
adjectif, /maʁke/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (16 sens)
Littré (1873)
part. passé
Distingué par une marque. Du linge marqué d'une L. Papier marqué, parchemin marqué, papier, parchemin qui est marqué avec un timbre pour servir aux actes qui font foi en justice. On dit aujourd'hui de préférence, papier timbré, parchemin timbré. Marqué au coin de, se dit de ce qui a reçu l'empreinte d'un coin. Fig. Ouvrage marqué au bon coin, ouvrage bien fait. Terme de blason. Se dit pour indiquer la couleur des points des dés. Trois dés d'argent marqués de sable.
Autrefois on nous tuait [nous paysans] pour cinq sous parisis.... maintenant il en coûte à un maire sept sous et demi de papier marqué pour seulement mettre en prison l'homme qui travaille — Paul-Louis Courier (1772-1825)
Vous [mes vers] croyez à grands pas chez la postérité Courir, marqués au coin de l'immortalité — Boileau (1636-1711)
Qui a subi la peine de la marque. Fouetté-marqué, condamné qui avait subi la peine du fouet et celle de la marque. Fig.
Moi qui.... Et jadis en public fus marqué par derrière, Pour être trop homme de bien — Molière (1622-1673)
Et renvoyer ces rois qu'on aurait pu bénir, Marqués au front d'un vers que lira l'avenir — Victor Hugo (1802-1885)
Qui a reçu une marque, une impression. Être marqué de petite vérole, avoir sur le corps et, principalement, au visage, des marques de petite vérole. Absolument. Être marqué, même sens.
Qu'un front encor marqué des fers qu'il a portés... — Pierre Corneille (1606-1684)
La petite vérole lui vint, elle en resta extrêmement marquée — Marivaux (1688-1763)
Qui porte quelque marque, quelque signe sur quelque partie du corps. Être marqué au front, à la joue. Être né marqué, avoir apporté en naissant quelque signe. Son fruit en sera marqué, se dit d'une femme grosse qui désire avec ardeur quelque chose. Fig. et familièrement. Il est marqué au B, se dit d'un boiteux, d'un borgne, d'un bossu. Donnez-vous de garde de ces gens qui sont marqués au B, ils sont ordinairement malins. Il est comme les moutons du Berry, marqué sur le nez. Cheval marqué en tête, cheval qui a l'étoile ou la pelote au front. Faux-marqué, cheval chez lequel, par fraude, on a rétabli sur la dent, par des moyens artificiels, la cavité que l'usure naturelle a fait disparaître. On dit aussi, dans ce sens, contre-marqué. Terme de vénerie. Faux-marqué, se dit aussi du cerf qui a plus d'andouillers d'un côté de la tête que de l'autre. Terme d'histoire naturelle. Marqué, qui porte quelque tache.
Appétit tel qu'Alibech avait crainte Que quelque jour son fruit n'en fût marqué — La Fontaine (1621-1695)
La queue est grise et marquée d'une tache fauve dans son milieu — Buffon (1707-1788)
Au piquet et au trictrac. Être marqué, perdre un des coups partiels dont l'ensemble forme la partie ; le perdant marque sa perte au moyen d'un jeton ; c'est pourquoi il est marqué. Substantivement. Un marqué, deux marqués, trois marqués, se dit d'un point, de deux points, de trois points perdus de cette façon. Celui qui reçoit le plus de marqués perd la partie.
Taille marquée, taille dessinée par quelque vêtement. Avoir les traits marqués, avoir les traits du visage prononcés. En termes de théâtre, rôle marqué, coquette marquée, jeune premier marqué, ceux qui ne sont plus de la première jeunesse. Elle est un peu marquée pour jouer les amoureuses.
Noté, inscrit. Visite marquée sur l'agenda du médecin. Fig. Fig. Être marqué sur le livre rouge, être noté pour quelque faute.
La pensée d'être fâché de paraître guidon dans le livre de notre généalogie est tellement passée à mon fils.... il importera peu, dans les siècles à venir, qu'il soit marqué pour cette charge, qui a fait le commencement de sa vie, ou pour la sous-lieutenance — Mme de Sévigné (1626-1696)
Cette province d'Allabad n'est pas seulement marquée dans nos cartes françaises de l'Inde ; il faut être bien établi dans un pays pour le connaître — Voltaire (1694-1778)
Décrit.
Les hommes n'ont point changé selon le cœur et selon les passions, ils sont encore tels qu'ils étaient alors, et qu'ils sont marqués dans Théophraste, vains, dissimulés, flatteurs, intéressés, effrontés, importuns, défiants, médisants, querelleurs, superstitieux — La Bruyère (1645-1696)
Mandé. Cela est marqué dans la dépêche qui vient d'arriver.
Qui est connu par quelque chose comparé à une marque.
Il y aura demain un an que je ne vous ai vue.... mon Dieu ! que ce jour est présent à ma mémoire ! et que je souhaite en retrouver un autre qui soit marqué par vous revoir, par vous embrasser !... — Mme de Sévigné (1626-1696)
Quand je considère quatre-vingt-dix ans si soigneusement ménagés, quand je regarde des années si pleines et si bien marquées par les bonnes œuvres — Bossuet (1627-1704)
Désigné, fixé d'avance, prédestiné.
Après que le temps marqué de Dieu eut été accompli, moi Nabuchodonosor j'élevai les yeux au ciel — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Voilà vraiment un malheur bien marqué et une destinée que rien ne pouvait empêcher — Mme de Sévigné (1626-1696)
Indiqué, témoigné.
On dit le miséréré [auprès de Saint-Aubin mourant] ; ce fut une attention marquée par ses gestes et par ses yeux ; il avait répondu à l'extrême-onction — Mme de Sévigné (1626-1696)
La distinction de ce choix si bien marqué par la lettre du roi [M. de Chaulnes nommé ambassadeur à Rome] — Mme de Sévigné (1626-1696)
Fig. Apparent, visible, remarquable.
Il faut qu'il y ait eu quelque rudesse marquée à ces fêtes de Versailles — Mme de Sévigné (1626-1696)
Je n'ai point été malade, je n'ai point eu d'ennui marqué, j'ai vu de belles maisons, de beaux pays — Mme de Sévigné (1626-1696)
Qui a été remarqué, qui se distingue, en parlant des personnes.
Nous lûmes une relation en détail du siége de Maestricht, qui est en vérité une très belle chose : les frères de Rippert y sont très bien marqués — Mme de Sévigné (1626-1696)
Les pères [de la maison de Sévigné] quelquefois considérables dans les guerres de Bretagne, et bien marqués dans l'histoire — Mme de Sévigné (1626-1696)
Fig. Qui a mis sa marque, son empreinte.
Je comprends votre tristesse de la mort de ce jeune chanoine.... je vois, comme vous, la Providence marquée dans l'opiniâtreté de ne lui pas donner ce qui le pouvait guérir — Mme de Sévigné (1626-1696)
Il faut.... regarder la suite [d'une imprudence] comme une volonté de Dieu toute marquée — Mme de Sévigné (1626-1696)
Qui se fait remarquer, en parlant des manières à l'égard des autres. Il se dit en un sens analogue des personnes.
Je ne suis point du tout mal avec M. et Mme de Pontchartrain.... je n'ai rien du tout de marqué à leur égard ; car ce n'est pas un crime d'être amie de nos gouverneurs — Mme de Sévigné (1626-1696)
On ne me parle point sur ce sujet [la retraite du cardinal de Retz, pour la blâmer], je suis trop marquée — Mme de Sévigné (1626-1696)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Grammaire et formes (4)
- marquées — pluriel féminin — /maʁke/
- marqués — pluriel masculin — /maʁke/
- marquée — singulier féminin — /maʁke/
- marqué — singulier masculin — /maʁke/
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