V. a. Pétrir avec les pieds l'argile qu'on a humectée (le sens le plus ancien du verbe marcher est presser du pied ; il n'est resté que dans le langage de certains métiers). Donner une égale épaisseur à une feuille d'ouate, en passant dessus une espèce de coussin. Terme de chapelier. Marcher l'étoffe d'un chapeau, la fouler avec les mains, la comprimer soit à froid, soit à chaud.
V. n. Mettre le pied sur. Marcher sur le pavé, sur l'herbe. Il lui marche sur le pied. Prenez garde où vous marchez. Fig. Il a marché sur quelque mauvaise herbe. Sur quelle herbe a-t-il marché ? voy. HERBE, n° 1. Marcher sur les pas, sur les traces de quelqu'un, le suivre de très près. Fig. Fig. Marcher sur les pas, sur les traces de quelqu'un, l'imiter, suivre ses exemples. Marcher sur les talons de quelqu'un, le suivre de trop près. Familièrement. Fig. et familièrement. Marcher sur les talons de quelqu'un, suivre quelqu'un de près pour l'âge, pour la fortune, pour les succès. Fig. Marcher sur des épines, être dans une conjoncture difficile. Fig. Marcher sur des charbons ardents, passer vite sur un sujet délicat et dangereux. Il ne faut pas lui marcher sur le pied, se dit d'un homme susceptible qu'il est dangereux de choquer. Fig. et familièrement. Marcher sur, rencontrer à chaque pas. Fig. Marcher sur quelque chose, suivre une certaine indication. Fig. Marcher sur quelque chose, en parler, s'en occuper. Fig. et familièrement. Marcher sur les gens, n'en tenir aucun compte par fierté ou par dureté.
C'est sur mon corps sanglant qu'il lui faudra marcher — Voltaire (1694-1778)
Allons, seigneur, marchons sur les pas d'Hermione — Jean Racine (1639-1699)
Se mouvoir à l'aide des pieds ou des pattes. Marcher à grands pas, à petits pas. Cet homme marche bien. Marcher tout seul, se dit d'un enfant qui commence à faire des pas sans aucune aide ou appui. Fig. Marcher tout seul, n'avoir pas besoin d'aide. Familièrement. Marcher comme un Basque, comme un chat maigre, marcher fort vite. Marcher à quatre pattes, marcher sur les mains et sur les pieds, à la manière des quadrupèdes. Marcher à pas de loup, s'avancer avec précaution et sans faire de bruit. Marcher à pas de tortue, marcher avec une excessive lenteur. Marcher à pas de géant, marcher en faisant de grandes enjambées ; et fig. faire des progrès rapides. Fig. et dans un sens très populaire. Faire marcher, mystifier (le sens intermédiaire est : faire faire une course inutile). Fig. Marcher entre des précipices, rencontrer de tous côtés des dangers. On dit de même : marcher entre des écueils. Fig. Marcher sur le bord du précipice, être exposé aux tentations périlleuses, aux chutes, etc. Activement, en style poétique, marcher des pas, faire des pas. On a dit, poétiquement aussi, marcher, en parlant des pas.
Tous deux près de Galba marchaient d'un pas égal — Pierre Corneille (1606-1684)
Il [un mulet] marchait d'un pas relevé, Et faisait sonner sa sonnette — La Fontaine (1621-1695)
Terme de danse. Marcher, faire, dans le cours d'une danse, quelques pas qui ne sont que des pas de marche. Terme d'escrime. Porter en avant le pied droit, puis le pied gauche, en gardant entre deux la même distance. Marcher à grands pas, laisser un espace de huit pouces environ entre les pieds. Trop marcher, approcher de trop près de son adversaire.
Terme de manége. Marcher en avant se dit de l'action du cavalier pour déterminer un cheval à continuer sa même allure, quand il paraît vouloir la ralentir. Marcher large, faire suivre le mur du manége au cheval. Marcher de côté, se dit du cheval qui fuit le talon ou les jambes. Marcher l'amble, prendre l'allure ainsi nommée.
Plus.... mieux le cheval marche l'amble — Buffon (1707-1788)
Terme de vénerie. On dit qu'un cerf marche bien quand le pied de derrière est bien placé sur le talon du pied de devant et que les allures sont bien croisées.
Terme de marine. Faire du chemin. Ce vaisseau marche bien, marche mal. Marcher dans les eaux d'un autre vaisseau, faire même route que lui, passer incontinent après lui là où il a passé. Fig. Marcher dans les eaux de quelqu'un, l'appuyer, le seconder. Marche avec ! commandement pour que les marins saisissent un cordage et produisent leur effort en marchant ensemble au pas.
Marcher devant, précéder. Il marchait devant, les autres suivaient. Il se dit aussi de choses qui vont devant. Dans le langage biblique, il se dit de Dieu, à qui l'on prête des mouvements humains. 'avancer de quelque manière que ce soit, à pied, à cheval, en voiture ou autrement. Cet homme marche toujours bien accompagné. Nous avons marché à la fraîcheur pour ne pas fatiguer nos chevaux.
Ce n'est pas sans raison que je fais marcher ces vers à la tête de l'Œdipe, puisqu'ils sont cause que je vous donne l'Œdipe — Pierre Corneille (1606-1684)
Dieu fait marcher l'épouvante devant eux — Bossuet (1627-1704)
Marcher à, s'avancer vers. Il marcha à la mort avec un grand courage.
Et qu'élevé si haut, mais sur un précipice, S'il ne montait au trône, il [le duc de Guise] marchait au supplice — Voltaire (1694-1778)
Je refuserais pour mon gendre le plus riche parti de France, qui ne pourrait pas prouver que ses ancêtres ont marché aux premières croisades — Destouches (1680-1754)
Se mouvoir, en parlant des troupes. L'armée marchait en ordre de bataille. En avant, marche, commandement à une troupe de se mettre en mouvement. Marcher au pas, marcher en suivant la cadence du pas militaire. Ce régiment, ce corps marche, il fait la campagne. Faire marcher, signifie quelquefois imposer un service militaire. On fit marcher la garde nationale.
Pour assembler et faire marcher ces nobles régiments — Mme de Sévigné (1626-1696)
Vitellius, quand il passa dans cette province [la Judée] pour porter la guerre en Arabie, fit marcher ses troupes sans enseignes — Bossuet (1627-1704)
Il se dit de la manœuvre que fait un corps de troupes, un général.
M. de Turenne nous écrit qu'il est sur le point de se déclarer pour le parti ; qu'il n'y a plus que deux colonels dans son armée qui lui fassent peine ; qu'il s'en assurera d'une manière ou d'autre avant qu'il soit huit jours, et qu'à l'instant il marchera à nous — Cardinal de Retz (1613-1679)
Elle marche comme un général à la tête d'une armée royale — Bossuet (1627-1704)
Marcher sous, se dit d'une troupe qui obéit à un chef. Marcher sous les lois de, être soumis à.
Sous ce chef redouté Marche des cuirassiers l'escadron indompté — Boileau (1636-1711)
Ses soldats a battus, Ne marchant plus sous lui, semblaient déjà vaincus — Voltaire (1694-1778)
Tenir un certain rang dans les cérémonies. Les ducs et pairs marchaient anciennement dans l'ordre de leur réception.
Il dira toujours qu'il marche après la maison régnante et, à force de le dire, il sera cru — LABRUY.
Dans le style élevé ou poétique, il n'est quelquefois qu'une forme emphatique du verbe être.
Mais en vain pour un temps une taxe l'exile [un partisan] ; On le verra bientôt, pompeux, en cette ville, Marcher encor chargé des dépouilles d'autrui — Boileau (1636-1711)
Déserteur de leur loi [des Hébreux], j'approuvai l'entreprise, Et par là de Baal méritai la prêtrise ; Par là je me rendis terrible à mon rival, Je ceignis la tiare et marchai son égal — Jean Racine (1639-1699)
Faire un service, en parlant de voiture, de chemin de fer. Cette voiture publique marche deux fois la semaine, La neige qui est tombée empêche le chemin de fer de marcher.
Il se dit des choses qui se meuvent. Saturne est une des planètes qui marchent le plus lentement.
Tel qu'à vagues épandues Marche un fleuve impérieux, De qui les neiges fondues Rendent le cours furieux — Malherbe (1555-1628)
Les rivières sont des chemins qui marchent, et qui portent où l'on veut aller — Pascal (1623-1662)
Marcher, se dit d'un mécanisme qui fonctionne. Le moulin ne marche pas. Une montre qui marche. On l'a dit, par extension, du mouvement du pouls. Fig.
Avec mon pistolet le cordon s'embarrasse, Fait marcher le déclin : le feu prend, le coup part — Pierre Corneille (1606-1684)
Le feu sort de vos yeux pétillants et troublés, Votre pouls inégal marche à pas redoublés — Boileau (1636-1711)
Il se dit du temps qui passe.
Le temps, qui toujours marche, avait pendant deux nuits Échancré, selon l'ordinaire, De l'astre au front d'argent la face circulaire — La Fontaine (1621-1695)
Que le temps qui s'enfuit marche à pas lents pour nous ! — Ducis (1733-1816)
Fig. Aller selon un certain progrès, en bien ou en mal, en parlant des personnes. Nous marchons tous à la mort. Marcher hardiment à son but. S'avancer dans une certaine voie.
Il marche au sacrilége avec impunité — Voltaire (1694-1778)
Richelieu, Mazarin, ministres immortels, ....Marcheront à grands pas au pouvoir despotique — Voltaire (1694-1778)
Agir. Marcher droit, être irréprochable dans sa conduite, ne pas commettre de faute. Je le ferai marcher droit, je l'empêcherai de s'écarter de son devoir. Marcher d'un même pas dans une affaire, agir de concert. Marcher à tâtons, marcher en aveugle dans une affaire, agir sans avoir les lumières nécessaires pour s'y bien conduire. Dans le langage biblique et élevé, marcher dans, suivre pour guide.
D'abord marcher sourdement et ne point troubler leur sincérité — Diderot (1713-1784)
Vous devez marcher droit pour n'être pas berné — Molière (1622-1673)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).