v. a.
Prendre, toucher avec la main. Manier un drap pour voir s'il est fin. Fig. Je ne l'ai vu ni manié, se dit pour signifier qu'on ne peut rendre compte de ce qui est demandé. En un sens contraire, je l'ai vu et manié, je me suis assuré par moi-même de la chose. Toucher fréquemment. Ne maniez pas ces fruits, de peur de les meurtrir.
L'autre regardait ma robe, en maniait l'étoffe — Marivaux (1688-1763)
[Certains esprits] étant accoutumés aux principes nets et grossiers de géométrie, et à ne raisonner qu'après avoir bien vu et manié leurs principes — Pascal (1623-1662)
Se servir de.... avec la main. Il manie bien le ciseau, le burin, la plume, l'épée, le pistolet. Ce peintre manie bien la couleur.
Dès sa plus tendre jeunesse, il se hâte de lui enseigner à manier la rame, à tendre les cordages et à mépriser les tempêtes — Fénelon (1651-1715)
Savoir manier les chevaux et les armes sont des talents communs au chasseur et au guerrier — Buffon (1707-1788)
Mettre en œuvre, en parlant de l'ouvrier. Ce maçon manie bien le plâtre. Ce serrurier manie bien le fer. Ce sculpteur manie bien la terre, le marbre.
Il [Dieu] n'a répandu sur nous ce souffle de vie, c'est-à-dire l'âme faite à son image, qu'après qu'il a donné à la boue qu'il maniait si artistement avec ses doigts tout-puissants, la forme du corps humain — Bossuet (1627-1704)
Fig. Il se dit de la manière d'user des instruments de la pensée. Cet écrivain manie bien la langue, la plume. Homme qui manie bien la parole. Employer d'une certaine façon dans le discours écrit ou parlé. Il manie finement l'ironie, la louange. Ce poëte dramatique manie bien les passions.
Dacier.... prétend que Polyeucte n'est pas propre au théâtre.... il attribue tout le succès à Sévère et à Pauline ; cette opinion est assez générale ; mais il faut avouer aussi qu'il y a de très beaux vers dans le rôle de Polyeucte, et qu'il a fallu un très grand génie pour manier un sujet si difficile — Voltaire (1694-1778)
Comme, pour manier avec grâce un style naïf, il faut être naïf soi-même — Marmontel (1723-1799)
Terme de manége. Manier un cheval, le faire aller, le mener. Manier un cheval sur les quatre coins de la volte, le conduire avec tant de justesse qu'à chaque coin, à chaque angle de la volte il fasse une volte étroite, sans perdre un seul temps. Fig. Diriger, conduire.
À l'âge de sept ans, il [Charles XII] savait manier un cheval — Voltaire (1694-1778)
Un génie Qui les volontés manie — Malherbe (1555-1628)
Fig. Avoir en sa disposition, administrer, gérer. Il manie tous les biens de cette maison. Manier une affaire, la diriger, la conduire. Manier beaucoup d'argent, faire de grandes affaires.
Vous savez, chrétiens, quelle est leur ambition, c'est d'avoir des deniers à manier — Bourdaloue (1632-1704)
Dont la dextérité les affaires manie — Malherbe (1555-1628)
Terme de marine. Diriger un bâtiment.
Terme de doreur. Manier les couches de blanc pour dorer, les frotter avec la brosse. Terme de couvreur. Manier à bout, réparer le lattis et l'ardoise, ou la tuile d'un toit. Terme de paveur. Manier, ôter les vieux pavés pour en mettre de neufs à la place.
V. n. Manier, se dit d'un cheval qui obéit au cavalier. Ce cheval manie bien sous l'homme, manie bien à droite et à gauche, il exécute avec docilité tous les mouvements que veut le cavalier. Manier de ferme à ferme ou manier en place, se dit de l'action par laquelle le cheval entretient le jeu successif et transversal de ses quatre extrémités qu'il fait mouvoir, mais sans avancer ni reculer. Manier sur les hanches, plier les jarrets.
Se manier, v. réfl. Se toucher soi-même. Fig. Se manier, se conduire avec adresse et diligence. Terme de marine. Se manier, bien manœuvrer, se bien tirer d'affaire.
Les hommes ne sentent pas la chaleur qui est dans leur cœur, quoiqu'elle donne la vie et le mouvement à toutes les autres parties de leur corps ; il faut qu'ils se touchent et qu'ils se manient pour s'en convaincre, parce que cette chaleur est naturelle ; il en est de même de la vanité, elle est si naturelle à l'homme qu'il ne la sent pas — Malebranche (1638-1715)
Chateauneuf savait se manier ; il s'était mis fort avant dans la confiance de la princesse des Ursins — Saint-Simon (1675-1755)
Fig. Être régi, conduit. Ce peuple ne se manie pas facilement. Familièrement. Cela ne se manie pas ainsi, n'est pas si aisé à manier, se dit à quelqu'un qui, dans une affaire, s'avise de mauvais expédients.
Au manier, loc. adv. En maniant. Vous reconnaîtrez cette étoffe au manier. On ne peut manier du beurre sans se graisser les doigts, c'est-à-dire on profite toujours à manier de l'argent.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).