malheur
nom, masculin, /malœʁ/
Définitions
Événement grave qui cause de la souffrance ou du dommage.
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Situation ou destin marqués par l'adversité, la souffrance durable.
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Malheur à, interjection exprimant une menace ou une imprécation.
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Par malheur, loc. adv. : par un effet regrettable du hasard.
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Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (5 sens) — Académie 1935 (13 sens)
Littré (1873)
s. m.
Mauvaise destinée. Le malheur le poursuit. Tomber dans le malheur. Le malheur des temps, les funestes conditions qu'une époque impose. Jouer de malheur, n'avoir aucune chance favorable au jeu. Fig. Jouer de malheur, éprouver une contrariété qui résulte du hasard. Je suis venu deux fois chez vous sans vous trouver, j'ai joué de malheur. Être en malheur, avoir une mauvaise veine, au jeu ou en toute autre chose. Porter malheur, se dit d'une personne ou d'une chose qui est censée causer du malheur. Avoir le malheur de, avoir la mauvaise chance de. Avoir le malheur de, est quelquefois un euphémisme pour dire : être assez mal doué. Familièrement. De malheur, se dit avec un substantif pour exprimer la crainte, l'aversion. Pour le malheur de, au dommage de.
Un malheur inconnu glisse parmi les hommes, Qui les rend ennemis du repos où nous sommes ; La plupart de leurs vœux tendent au changement — Malherbe (1555-1628)
On appréhende tout étant dans le malheur — Tristan L'Hermite (1601-1655)
Absolument. Le malheur, l'ensemble de la mauvaise destinée. Les gens malheureux. Poétiquement. Le malheur personnifié comme une sorte de divinité.
Le malheur ne sortira jamais de la maison de celui qui rend le mal pour le bien — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
J'ai cru dans la retraite éviter mon malheur ; Le malheur est partout ; je m'étais abusée — Voltaire (1694-1778)
Événement fâcheux. Il arrivera malheur, se dit pour suggérer des craintes au sujet de quelque événement. Faire le malheur de, rendre malheureux. Cet homme a fait le malheur de sa famille. Familièrement. Faire un malheur, causer un accident, C'est un malheur, il est fâcheux. Ironiquement et familièrement. Le grand malheur, c'est-à-dire il n'y a pas grand mal. On dit aussi : le beau malheur !
J'ai cru sa mort pour vous un malheur nécessaire — Pierre Corneille (1606-1684)
La France le vit alors accompli par ces derniers traits et avec ce je ne sais quoi d'achevé que les malheurs ajoutent aux grandes vertus — Bossuet (1627-1704)
Malheur à, sorte d'imprécation. On le met aussi avec la préposition sur. Malheur sur eux et sur leurs enfants ! Malheur aux vaincus ! c'est-à-dire les vaincus doivent subir la loi du vainqueur (c'est le vae victis que l'histoire met dans la bouche de Brennus vainqueur des Romains). Par extension. Malheur aux vaincus ! tant pis pour ceux qui souffrent de quelque accident ou malheur auquel d'autres échappent. Malheur ! s'emploie encore absolument comme exclamation.
Malheur au temple, malheur à la ville [Jérusalem], malheur à tout le peuple ! À la fin il ajouta : malheur à moi-même ! et en même temps il fut emporté d'un coup de pierre lancée par la machine — Bossuet (1627-1704)
Malheur à la créature qui se plaît en elle-même et non pas en Dieu ! — Bossuet (1627-1704)
Par malheur, loc. adv. Par l'effet d'un accident, d'un hasard malheureux.
Un petit bout d'oreille échappé par malheur Découvrit la fourbe et l'erreur — La Fontaine (1621-1695)
Et c'est [le roi de Prusse] un autre Cideville [un ami de Voltaire], Qui par malheur est couronné — Voltaire (1694-1778)
Étymologie : Mal, et heur (voy. HEUR) ; prov. malahur. L'ancienne langue avait le mot malheurté, très usité.
Historique : XIIIe s. En mal eür, dist Refrangiers, Trop par estes adès maniers [habile] XVIe s. Se ung malheur sur un homme se boute, L'aultre est à l'huys qui la sortie escoute L'heur que j'avois s'est tourné en maleur : Malheureux est qui n'a aucun confort 16 800 escus, qui n'est pour un roy que quatre parties perdues à la paume, ou un malheur de deux heures au jeu de premiere Pour neant recule qui malheur attend Un fol cerche son malheur Bienheureux le malheur qui croist la renommée !
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. m.
Mauvaise fortune, mauvaise destinée. Le malheur le poursuit, l’accable. Avoir du malheur, bien du malheur. Succomber sous le poids du malheur. Connaître le malheur. Supporter, soutenir le malheur avec constance. Triompher du malheur. Précipiter quelqu’un dans le malheur. Une vie usée par le malheur. Tomber dans le malheur. être dans le malheur. Par surcroît de malheur. Il rejetait sa faute sur le malheur des temps.
Porter malheur se dit d’une Personne dont la présence est censée causer du malheur à une autre. Il se dit aussi des Choses. Le chiffre 13 passe pour porter malheur.
De malheur s’emploie avec la valeur d’un adjectif, avec des noms de personnes ou de choses que l’on considère comme funestes. Ce conseiller de malheur. Ce médecin de malheur. Pourquoi ai-je entrepris ce voyage de malheur?
Jouer de malheur, Avoir une mauvaise chance au jeu. Il signifie figurément éprouver une série de contrariétés que l’on attribue à sa malchance. Je suis venu deux fois chez vous sans vous trouver, j’ai joué de malheur.
Prov., Il n’y a qu’heur et malheur en ce monde, Tout y dépend des circonstances, et souvent ce qui cause la ruine des uns fait la fortune des autres.
MALHEUR signifie aussi Accident fâcheux, désastre. Il lui est arrivé un malheur, un grand malheur. Il vous arrivera malheur. Prévenir, réparer un malheur. Il est accablé de malheurs. Tous les malheurs de la vie ont fondu sur lui. J’ai éprouvé bien des malheurs. Ne vous affligez pas de cela, c’est un petit malheur, ce n’est pas un malheur.
Ironiquement et fam., Le grand malheur, le beau malheur! Il n’y a pas grand mal. On dit dans un sens analogue et très familièrement : Quel malheur!
Prov., Un malheur ne vient jamais seul.
Prov., à quelque chose malheur est bon, Quelquefois une infortune nous procure des avantages que nous n’aurions pas eus sans elle.
MALHEUR à se dit par imprécation. Malheur aux impies! Malheur à moi, si jamais je cède à ses instances! Malheur aux vaincus! Maxime d’après laquelle les vaincus doivent subir la loi du vainqueur.
PAR MALHEUR
loc. adv.
Par l’effet d’un accident, d’un hasard malheureux. Il est arrivé, par malheur, qu’un éboulement s’est produit. Par malheur, il fit une chute.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- malheurs — pluriel — /malœʁ/
- malheur — singulier — /malœʁ/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée malheur#38379.