malgré
préposition, /malɡʁe/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (5 sens)
Littré (1873)
prép.
Contre le gré de. Malgré lui et malgré ses dents, ou malgré lui et ses dents, c'est-à-dire en dépit de tous ses efforts.
Nous vous devions, seigneur, servir malgré vous-même — Pierre Corneille (1606-1684)
Princesse des oiseaux, il vous est fort facile D'enlever malgré moi ce pauvre malheureux — La Fontaine (1621-1695)
Nonobstant, en parlant des choses qui s'opposent. Il a souvent la force de quelque joint à un adjectif. Malgré tout, quoi qu'on fasse, quoi qu'il arrive, Malgré tout, vous ne réussirez pas.
Il est certain que j'aspirais au chef-d'œuvre de n'avoir aimé qu'un chien, malgré les maximes de M. de la Rochefoucauld — Mme de Sévigné (1626-1696)
.... Un fragile bois [une idole] que, malgré mon secours, Les vers sur son autel consument tous les jours — Jean Racine (1639-1699)
Malgré séparé du mot auquel il se rapporte. Cette inversion n'est tolérée qu'en poésie.
Malgré de vos rigueurs l'impérieuse loi.... — Pierre Corneille (1606-1684)
Malgré de nos destins la rigueur importune, Le ciel met en nos mains toute notre fortune — Pierre Corneille (1606-1684)
Bon gré, mal gré, loc. adv. De gré ou de force (dans cette expression, on écrit toujours mal gré en deux mots). Bon gré, mal gré, vous payerez. J. J. Rousseau a dit : bon gré mal gré moi : Mais enfin puisque cette édition se faisait bon gré mal gré moi.... Conf. XI, 2e part. Cette locution est inacceptable : du moins, bien qu'on dise malgré moi, on ne dit pas bon gré moi.
Malgré que, loc. conj. signifiant quoique et usitée seulement avec le verbe avoir, de cette façon : malgré que j'en aie, malgré qu'il en ait, etc. en dépit de moi, en dépit de lui.
Quand, malgré que j'en aie, amour me le découvre — Mathurin Régnier (1573-1613)
Me voulez-vous toujours appeler de ce nom ? - Ah ! malgré que j'en aie, il me vient à la bouche — Molière (1622-1673)
Étymologie : Mal, et gré, c'est-à-dire mauvais gré ; pic. margré, maugré ; Berry, maugré ; bourguign. maugrait ; provenç. malgrat ; espagn. mal grado ; ital. mal grado.
Historique : XIIe s. Mais maugré eux [je] vous ai mon cuer [cœur] doné XIIIe s. Maugré tous sains et maugré Dieu aussi Revient Quesnes, et mal soit il venans ! Que vous le me vueilliez à force [un anneau donné] Maugré mien fere retenir Par maintes fois si avenoit, Quant jusqu'à l'eglise venoit, Ariers venoit maugré ses dens, Que ne pooit entrer dedens XIVe s. Amours de ses vertus si bien le pourveoit, Qu'il li estoit avis, se cent i en avoit, Maugré leurs dens devant bien lor escaperoit Se tu ne fais de gré, tu le feras maugré toy Je ne descenderai de mon destrier de pris, Se malgré moi n'en sui à la terre…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Grammaire et formes (1)
- malgré — forme de base — /malɡʁe/
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