louche
adjectif, /luʃə/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (4 sens) — Académie 1935 (4 sens)
Littré (1873) — entrée 1
adj.
Dont les deux yeux n'ont pas la même direction. Cet enfant est louche. Fig. L'envie est louche, se dit parce qu'elle ne voit jamais que de travers les actions et les choses d'autrui. Il se dit aussi de l'œil et du regard. Substantivement. Un louche.
La peur blême et louche est leur dieu — André Chénier (1762-1794)
Petit de taille, noir, le regard un peu louche — Pierre Corneille (1606-1684)
Fig. Qui n'est pas transparent, qui est troublé par des corps légers tenus en suspension. Ce vin est louche. Ces perles ont un œil louche. Se dit des couleurs qui ne sont pas pures de ton. Terme de peinture en émail. Ton louche, ton noirâtre qui obscurcit les couleurs et leur ôte leur vivacité.
Fig. Suspect, peu clair. Une conduite louche. Substantivement. Il y a du louche dans cette affaire.
L'affaire [du quiétisme], qui dormait un peu à la congrégation du saint-office, reprit couleur, et couleur qui commença à devenir fort louche pour M. de Cambrai — Saint-Simon (1675-1755)
Je n'entends guère parler de gouvernements sans trouver qu'on remonte à des principes qui me paraissent faux ou louches — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Fig. Terme de grammaire. Qui n'a pas la netteté, la clarté requise. Sens louche, sens qui n'est pas clair, ou qui prête à un faux sens. Construction louche, voy. CONSTRUCTION. Substantivement. Il y a du louche dans cette phrase.
Un trouble qui a du pouvoir sur des larmes, cela est louche et mal exprimé — Voltaire (1694-1778)
On est toujours étonné de cette foule d'impropriétés, de cet amas de phrases louches, irrégulières, incohérentes, obscures, et de mots qui ne sont point faits pour se trouver ensemble — Voltaire (1694-1778)
Étymologie : Wallon, lus' ; namur. lusk ; provenç. losc ; catal. llusco ; du lat. luscus, borgne. Le changement de sens ne peut faire ici difficulté ; déjà de luscus, borgne, le latin avait formé lusciosus, louche, ainsi le changement de sens était déjà opéré.
Historique : XIIIe s. Tout entor lui oste les mousques [mouches], Plusours en fait et clos [boiteux] et lousques Ainçois que il encoreust ledit perill, il avoit les ieuz droiz et biax, et après il les a toz jors eu louches et tors XVe s. Mais quant il vient une fort mouche à la toile, cil [l'araignée ou le juge] fait le louche, Qui la deüst prandre et happer.... XVIe s. Je sçai que tu scez qu'elle est louche, Mais je te veux dire comment
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
adj. des deux genres
Dont les yeux ont une direction différente. Il est louche. Cette femme est louche. Il est vieux.
Il se dit, par extension, des Yeux mêmes et du regard. Avoir les yeux louches, le regard louche.
Il signifie, par analogie, Qui n’est pas clair net, transparent. Ce vin est louche.
Fig., Cette action est louche, L’intention en est équivoque. Un individu louche, Un individu suspect. Substantivement, Il y a du louche dans cette affaire, dans la conduite de cet homme.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- louches — pluriel — /luʃə/
- louche — singulier — /luʃə/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée louche#37508.