lieue

lieue

nom, féminin, /ljø/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (4 sens) — Académie 1935 (7 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Mesure itinéraire qui ne représente pas une longueur toujours la même, et en place de laquelle on compte aujourd'hui officiellement par kilomètres. Une demi-lieue. Un quart de lieue. Une bonne lieue. La lieue commune de France, ou lieue géographique, était de deux mille deux cent quatre-vingt-deux toises (4444 mètres et demi). Lieue de poste, lieue de deux mille toises. Lieue de pays, lieue qui diffère de la lieue commune et dont la longueur est déterminée par l'usage particulier de telle ou de telle contrée. Lieue marine, lieue de vingt au degré, ou de 5555 mètres et demi. Lieue nouvelle, lieue de 4 kilomètres. On compte aujourd'hui 10 000 lieues dans le tour de la terre, tandis qu'on n'en comptait autrefois que 9000. Terme de marine. Lieues majeures, celles qui se parcourent sur un grand cercle de la sphère terrestre. Lieues mineures, celles qui se parcourent sur un parallèle. Lieue carrée, espace carré qui a une lieue de côté. Une lieue à la ronde, adv. Dans l'étendue d'une lieue en tous sens. Ce bruit a été entendu une lieue à la ronde. Fig. Fig. Long d'une lieue, très long. Des discours longs d'une lieue.

    Et l'on ne songe plus ... Que tout près, par les bois et les ravins caché, Derrière le ruban de ces collines bleues, à quatre de ces pas que nous nommons des lieues, Le géant Paris est couché — Victor Hugo (1802-1885)

    Quoique cent lieues carrées ne fassent que la deux-cent-soixante-millième partie de la surface de la terre — Buffon (1707-1788)

  2. Par exagération. Une lieue se dit d'une petite distance. Sentir quelqu'un d'une lieue, pressentir, deviner son arrivée, et aussi deviner ses intentions, son caractère. Il se dit aussi en parlant des choses. Je sentais cette sottise d'une lieue. Il sent son fripon d'une lieue, on juge aisément à ses manières, à son air que c'est un fripon.

    Comment voulez-vous que je vous entende, si vous êtes à une lieue de moi ? — GOLDONI

    D'honneur, il sent la fièvre d'une lieue — Beaumarchais (1732-1799)

  3. Fig. Cent lieues loin, c'est-à-dire dans les rapports les plus éloignés. À cent lieues près, à une très grande distance.

    Ce qui a rapport à vous de cent lieues loin m'est plus agréable qu'autre chose — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Bon Dieu ! que je suis incapable d'approcher, à cent lieues près, de votre habileté ! — Mme de Sévigné (1626-1696)

  4. Fig. Cent lieues, mille lieues, c'est-à-dire très loin, de beaucoup. Être à cent lieues, à mille lieues d'une chose, en être fort éloigné. Il n'écoute pas, il est à mille lieues d'ici, se dit d'un homme distrait et qui n'a pas d'attention à ce qu'on lui dit. Par tout pays il y a une lieue de mauvais chemin, on trouve partout des obstacles, des difficultés.

    Celles [les eaux] de Bourbon l'emportent de mille lieues [sur celles de Vichy], si on en croit les médecins d'ici — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Je l'ai vue [Mme de Ganges] assez faite sur ce beau moule, mais cent lieues au-dessous de la perfection ; car, après le visage, tant de choses lui manquaient — Mme de Sévigné (1626-1696)

Étymologie : Picard, liue ; provenç. lega, legua ; catal. llegua ; espagn. legua ; portug. legoa ; ital. lega ; angl. league ; du lat. leuca que les auteurs latins disent être un mot gaulois ; on trouve en effet dans le celtique : gaélique, leig ; irl. leige ; breton, leô, lev.

Historique : XIe s. Ainz qu'il eüssent quatre lieues siglet [cinglé] Grans trente liwes l'oïrent il [le cor] respondre XIIe s. De demie liuee [il] ne dist ne o ne non XIIIe s. Et issirent fors des nés [navires] et vinrent à Roen sa cité qui estoit à quatre luies dou port Et la pierre si clere estoit Que, maintenant qu'il anuitoit, L'en s'en veïst bien au besoing Conduire d'une liue loing XVe s. Je te dy que hier par une sente Menay mes pourceaulx et mes truies Mains de l'erreure de deux luies [moins que le chemin de deux lieues] En pasture enmy un larris [une lande], Mart. de Ste Geneviève. Lors regarde le…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Ancienne mesure itinéraire, dont l’étendue est de quatre kilomètres. Une bonne, une grande lieue. Faire trois lieues, quatre lieues à pied. Une demi-lieue, trois quarts de lieue. Une lieue et demie. On exprime aujourd’hui le plus souvent la distance en kilomètres.

  2. Lieue marine, Lieue de vingt au degré ou d’un peu plus de cinq kilomètre et demi.

  3. Lieue carrée, Espace carré qui a une lieue de chaque côté.

  4. Adverbialement, Une lieue à la ronde, Dans l’étendue d’une lieue en tous sens. Il s’emploie aussi pour exprimer Une certaine étendue à peu près d’une lieue de rayon. Ce bruit a été entendu une lieue à la ronde. On dit également à une lieue à la ronde.

  5. Fig. et fam., être à cent lieues d’une chose, n’en pas approcher de cent lieues, En être fort éloigné.

  6. Fig. et fam., Il n’écoute pas, il est à mille lieues d’ici, se dit de Quelqu’un qui est distrait, qui ne fait pas attention à ce qu’on lui dit.

  7. Fig. et fam., Elle sent son aventurière d’une lieue, On juge aisément à ses manières, à son air que cette femme est une aventurière.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • lieues — pluriel — /ljø/
  • lieue — singulier — /ljø/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée lieue#36916.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.