licence

licence

nom, féminin, /lisɑ̃sə/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (7 sens) — Académie 1935 (6 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Liberté de faire donnée par permission. Il vieillit en ce sens. Cependant on dirait encore très bien, comme Racine, pleine licence.

    N'ai-je point à rougir de cette déférence Qui d'un combat illustre achète la licence ? — Pierre Corneille (1606-1684)

    Faites parler les droits qu'on a dessus mon cœur, Je vous en donne la licence — Molière (1622-1673)

  2. Permission spéciale pour exporter ou importer ou pour vendre certaines marchandises. Lors du blocus continental, Napoléon 1er donnait des licences pour introduire les marchandises anglaises. Terme de pêche. Concession faite de gré à gré par les agents de l'administration des eaux et forêts, du droit d'exploiter un cantonnement de pêche sur un fleuve ou sur une rivière navigable.

  3. Terme universitaire. Degré entre celui de bachelier et celui de docteur. Aujourd'hui, on ne dit plus ses licences, on dit sa licence, à moins qu'il ne s'agisse collectivement de la licence ès lettres, de la licence ès sciences, etc. Les quatre licences. Temps que l'on passait sur les bancs avant de pouvoir devenir licencié. Licence, nom donné, dans la faculté de théologie, aux deux ans que les bacheliers passaient sur les bancs, pour fournir des preuves de leur capacité avant d'être reçus docteurs. Les licences universitaires ont été ainsi nommées parce qu'elles donnaient la licence, la permission d'enseigner, de plaider, de traiter les malades, etc.

    Enfin, à force de battre le fer, il en est venu glorieusement à avoir ses licences — Molière (1622-1673)

    Le cardinal de Guise n'a jamais été que sous-diacre et n'avait jamais songé à entrer en licence — Saint-Simon (1675-1755)

  4. Trop grande liberté, contraire au respect, à la retenue, à la modestie.

    Il faut qu'enfin quelqu'un réprime ses licences — Rotrou (1609-1650)

    Qui donc est ce coquin qui prend tant de licence Que de chanter et m'étourdir ainsi ? — Molière (1622-1673)

  5. Déréglement moral, insubordination.

    Arrêter la licence par la terreur des supplices — Olivier Patru (1604-1681)

    La licence qu'on a prise d'ébranler les règles — Pascal (1623-1662)

  6. Terme de littérature. Ce qui se fait contre les règles exactes de l'art. Il y a d'heureuses licences qui plaisent plus que l'observation des règles. Licence poétique, impropriété dans les termes, irrégularité dans la construction, la dérivation et la syntaxe qu'on tolère chez les poëtes, comme : Fig. et familièrement. Il se dit avec le même sens, en peinture, en sculpture, en architecture, en musique. Les colonnes accouplées ont été une licence en architecture.

    Alors qu'une œuvre brille, et d'art et de science, La verve quelquefois s'égare en la licence — Mathurin Régnier (1573-1613)

    C'est sur ces exemples [de Grotius et la Passion, de Buchanan et l'histoire de Jephté] que j'ai hasardé ce poëme, où je me suis donné des licences qu'ils n'ont pas prises — Pierre Corneille (1606-1684)

  7. Au plur. Traits de plume hardis, composés pour orner les pages d'écriture.

Étymologie : Provenç. licencia ; catal. llicencia ; espagn. licencia ; ital. licenzia ; du lat. licentia, de licere, être permis (voy. LICET).

Historique : XIIe s. Madoc bailla les lettres, qui de l'aler contence ; Il les bailla la pape [au pape] quant il en out licence XIIIe s. Li rois commende que nus ne soit semons qui n'ait licence de venir à son jor Dame, à moi vous serez confesse, Car cil freres n'a pas licence De vous enjoindre penitence XIVe s. Et en toutes autres commutacions, desqueles faire la loy donne licence Lesquels se complegnoient les uns aus autres, de ce dont il avoient perdu celle licence et maniere de vivre XVIe s. Ilz abandonnerent de tout poinct la ville, appellans servitude le non avoir pleine licence de pouvoir vivre enti…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Permission. Ce religieux était sorti sans en avoir demandé la licence à son supérieur. Dites ce que vous avez à dire, je vous en donne pleine licence.

  2. Il désigne plus ordinairement une Permission spéciale, accordée par le gouvernement, pour exporter ou pour vendre certaines marchandises. Il obtint une licence pour expédier du vin en pays étranger. Licence pour le débit du tabac en détail. Un nouveau cabaret ne peut ouvrir sans une licence.

  3. Il se dit aussi, dans les Facultés de lettres, de sciences, de droit, du Degré qui est entre celui de bachelier et celui de docteur. Il a passé brillamment ses examens de licence en droit. Licence d’histoire. Licence libre. Licence d’enseignement.

  4. Il signifie encore Liberté trop grande, contraire au respect, à la retenue et à la modestie. C’est un homme qui prend des licences, qui se donne de grandes licences. Prendre bien des licences avec quelqu’un.

  5. Il signifie aussi Liberté excessive, dérèglement, insubordination. La licence des moeurs. Une licence effrénée. Réprimer la licence. Agir ainsi, c’est ouvrir la porte à la licence. La licence n’a plus de frein, n’a plus de bornes. Une liberté qui dégénère en licence.

  6. En poésie, il se dit de Toute liberté que le poète se donne dans ses vers contre la règle et l’usage ordinaire. Licence poétique.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • licences — pluriel — /lisɑ̃sə/
  • licence — singulier — /lisɑ̃sə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée licence#36870.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.