libre
adjectif, /libʁə/
Définitions
Qui peut agir, penser ou s'exprimer sans contrainte extérieure.
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Qui n'est pas retenu en captivité, qui a recouvré sa faculté d'aller et venir.
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Qui n'est ni occupé ni réservé, dont on peut disposer.
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Se dit d'une personne qu'aucun engagement ne lie à un moment donné.
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Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (25 sens) — Académie 1935 (37 sens)
Littré (1873)
adj.
Qui a la jouissance de sa personne, qui n'est soumis à aucun maître. Dans l'antiquité la population se divisait en personnes libres et en esclaves. Par opposition à servile. Condition libre. Profession libre. La secte libre, secte anabaptiste qui ne reconnaissait ni autorité ecclésiastique, ni autorité civile. La femme libre, mot qui s'est introduit dans ces derniers temps pour caractériser, souvent avec dérision, les femmes qui ont voulu réformer la société dans les rapports actuels des femmes avec les hommes.
Les Juifs, qui ont été appelés à dompter les nations et les rois, ont été esclaves du péché ; et les chrétiens, dont la vocation a été de servir et d'être sujets, sont les enfants libres — Pascal (1623-1662)
Voilà les habits de sept conditions différentes pour les hommes libres ; tous les esclaves seront habillés de gris brun — Fénelon (1651-1715)
Qui est digne d'un homme libre. Une âme noble et libre.
Et surtout, redoutant la basse servitude, La libre vérité fut toute mon étude — Boileau (1636-1711)
C'est que tu regardais l'œuvre du créateur De l'œil d'un homme libre, adorant son auteur — PONSARD
Qui n'est pas captif, prisonnier. Il y a eu échange des prisonniers, et le voilà libre. Libre sur parole, celui qui, prisonnier, jouit de sa liberté, à condition de se reconstituer prisonnier quand il en sera sommé.
Tu céderas.... Alger, riche des dépouilles de la chrétienté ; tu rends déjà tes esclaves ; Louis a brisé les fers dont tu accablais ses sujets, qui sont nés pour être libres sous son glorieux empire — Bossuet (1627-1704)
Mais si tout est fini, si mon époux est sauvé, si je suis libre, pourquoi ces pleurs et ce mystère ? — Chateaubriand (1768-1848)
Qui jouit de la liberté politique. Un État libre. Une nation libre. Les pays libres. Villes libres en Allemagne, villes qui, n'étant soumises à aucun prince, sont gouvernées par leurs propres magistrats. Les villes hanséatiques sont des villes libres.
Non, crois-moi, l'homme est libre au moment qu'il veut l'être — Voltaire (1694-1778)
Qui n'est pas soumis à des entraves. Presse libre, presse qui publie sans passer par l'examen d'une censure préalable, et sans être arbitrairement réprimée. Assemblées libres, assemblées représentatives qui ont le droit de contrôle sur le gouvernement. Commerce libre ou libre échange, commerce qui n'est point soumis à des lois prohibitives. Libre-échangiste, voy. ÉCHANGISTE. N'être pas libre, se dit de choses où règne une oppression. Les votes ne furent pas libres. Les suffrages ne sont pas libres dans cette assemblée, on n'y peut pas voter selon sa conscience.
Qui a le pouvoir de vouloir ou de ne pas vouloir, de se déterminer dans un sens ou dans un autre. Libre arbitre, faculté de choisir entre deux partis, sans aucun motif déterminant et par la seule force de la volonté ; on a dit aussi franc arbitre qui est très peu usité, et libéral arbitre qui ne l'est plus du tout.
Nous trouvons que le premier libre c'est Dieu, parce qu'il possède en lui-même tout son bien, et, n'ayant besoin d'aucun des êtres qu'il fait, il n'est porté à les faire ni à faire qu'ils soient de telle façon que par sa seule volonté indépendante — Bossuet (1627-1704)
Que chacun s'écoute et se consulte soi-même, il sentira qu'il est libre, comme il sentira qu'il est raisonnable — Bossuet (1627-1704)
Libre à, qui a la faculté, le pouvoir de.
Car enfin je suis libre à disposer de moi — Pierre Corneille (1606-1684)
Je sais.... Que jamais par la force on n'entra dans un cœur, Et que toute âme est libre à nommer son vainqueur — Molière (1622-1673)
Dont l'âme ne se laisse pas vaincre, soumettre.
François 1er : Est-on libre en prison ? - Charles V : Les hommes faibles n'y sont pas libres ; mais, quand on a un vrai courage, on est libre partout — Fénelon (1651-1715)
Qui parle, agit franchement.
Et comme la jeunesse est vive et sans repos, Sans peur, sans fiction et libre en ses propos — Mathurin Régnier (1573-1613)
Qui n'est pas amoureux.
Mais ne parlons encor ni d'amant ni d'amour ; Vivre libre et sans soins est un grand avantage — Hauteroche (1617-1707)
Les hommes souvent veulent aimer, et ne sauraient y réussir ; ils cherchent leur défaite sans pouvoir la rencontrer ; et, si j'ose ainsi parler, ils sont contraints de demeurer libres — La Bruyère (1645-1696)
Avoir l'esprit libre, être dégagé de toute préoccupation.
Je n'avais pas l'esprit assez libre pour lui répondre — Fénelon (1651-1715)
Pour former de grands desseins, il faut avoir l'esprit libre — Fénelon (1651-1715)
Libre de, devant un substantif, exempt, affranchi de. Libre de sa parole, s'est dit pour peu attaché à ses promesses. Libre de, devant un verbe à l'infinitif, qui a la liberté de. Impersonnellement. Il est libre à.... de..., il est permis, loisible à.... de.... Libre à vous de sortir ou de rester.
Mon cœur, exempt de soins, libre de passion, Sait donner une borne à son ambition — Boileau (1636-1711)
Heureux qui, satisfait de son humble fortune, Libre du joug superbe où je suis attaché, Vit dans l'état obscur où les dieux l'ont caché ! — Jean Racine (1639-1699)
Qui n'est sous aucune dépendance, qui n'a aucune fonction assujettissante. Il ne veut prendre aucun emploi, il veut demeurer libre. Particulièrement. Qui n'est pas marié. Un commerce entre personnes libres, par opposition à adultère, qui est un commerce entre personnes dont une au moins est mariée.
Il n'est pas bon d'être trop libre — Pascal (1623-1662)
Ils verraient par ce coup [la mort de Britannicus] leur puissance abaissée ; Vous seriez libre alors, seigneur, et, devant vous, Ces maîtres orgueilleux fléchiraient comme nous — Jean Racine (1639-1699)
Qui n'éprouve pas de contrainte. On est fort libre dans cette maison. Être libre avec quelqu'un, être assez lié avec lui pour lui parler librement, pour ne pas se contraindre avec lui. Je ne suis pas assez libre avec lui pour entamer un chapitre aussi délicat. Il se dit aussi des choses.
Maître de mon destin, libre dans mes soupirs — Jean Racine (1639-1699)
Votre douleur est libre autant que légitime — Jean Racine (1639-1699)
Spontané, qui n'est pas produit par la contrainte.
Il jouissait du fruit de sa réputation, n'entendant partout que des éloges d'autant plus doux pour lui, qu'ils étaient plus libres — Bourdaloue (1632-1704)
Qui ne présente aucun obstacle. Les mers sont libres, on peut y naviguer sans aucune crainte des corsaires ou des ennemis. La mer est libre, se dit des mers de l'extrême Nord, quand les glaces y fondent. Au delà de la banquise on trouva une mer libre. La campagne est libre, les ennemis ne l'occupent plus. Les passages, les chemins sont libres, on peut y aller sans y rencontrer empêchement ou danger. Fig. et familièrement. Les chemins sont libres, se dit à une personne qui veut s'en aller et qu'on ne désire pas retenir.
Espace libre, espace qui n'est point occupé, rempli. Fig. Avoir le champ libre, avoir la liberté de faire une chose ; locution tirée des jeux de course. On dit dans le même sens : avoir la scène libre. Laisser à quelqu'un le champ libre, ne point s'opposer à ses prétentions, ne point se mettre en concurrence avec lui. Cette place est libre, on peut la prendre, s'y mettre, personne ne l'occupant. À l'air libre, en plein air. Feu libre, feu qui touche immédiatement le corps soumis à son action. Calorique libre, se dit, par opposition à calorique latent, du calorique qui agit sur le thermomètre.
Voici le stratagème dont il se servit enfin, pour avoir la scène libre, en éloignant l'amant et le mari tout à la fois — Antoine Hamilton (1646-1720)
L'action du feu ne suffit pas seule pour décomposer le sel ammoniac ; il se volatilise à l'air libre ou se sublime comme le soufre en vaisseaux clos, sans perdre sa forme et son essence — Buffon (1707-1788)
Avoir ses entrées libres chez quelqu'un, avoir la facilité d'entrer à toute heure chez lui. Avoir libre accès, un libre accès auprès de quelqu'un, être reçu chez lui quand on veut. Libre pratique, voy. PRATIQUE.
La poésie latine fut portée à la dernière perfection par Virgile et par Horace, que ce prince [Auguste] n'excita pas seulement par ses bienfaits, mais encore en leur donnant un libre accès auprès de lui — Bossuet (1627-1704)
Qui n'est pas tenu à des occupations obligées. Avoir son temps libre. Dans le même sens, être libre, n'avoir plus rien qui occupe. Venez dîner chez moi si vous êtes libre, c'est-à-dire si vous n'êtes pas retenu par quelque autre invitation.
Les heures qu'il avait libres furent remplies de bonnes lectures — Bossuet (1627-1704)
Quand elle [Votre Majesté] sera un peu plus libre, j'aurai l'honneur de lui écrire plus au long, et de donner un libre cours aux témoignages d'admiration — D'Alembert (1717-1783)
Vers libres, ceux où différentes mesures sont mélangées, et qui ne sont pas soumis au retour d'un rhythme régulier ; dans ce sens on dit mieux vers mêlés. Les fables de la Fontaine sont en vers libres. Traduction libre, traduction où l'on ne suit pas exactement le texte, et où l'on imite autant que l'on traduit.
Étymologie : Provenç. livre, liure ; catal. llibre ; esp. libre ; port. livre ; ital. libero ; du lat. liber ; osque, loufir ; anc. latin, loebesum pour liberum, de même racine que libere ou lubere, voy. LIBIDINEUX. La forme loebesum offre un renforcement (gouna) de la racine, d'où l'allongement de l'ī de liber, qui en provient, comparé à lĭbet.
Historique : XVIe s. Il a esté toujours libre à Dieu de faire grace à qui bon lui a semblé Ilz avoient accoustumé de vivre en air libre, pur et ouvert Il leur demanda s'ilz avoient libre puissance et plein pouvoir de traitter et accorder de toutes choses L'amour, les vins libres [généreux] et toute bonne chere Il vaudroit beaucoup mieux ne rymer point, mais faire des vers libres [blancs], comme a fait Petrarque en quelque endroit Que l'on voise [aille] sautant, Que l'on voise hurtant D'un pié libre la terre Arrivez à Tyr, libres de crainte, ils eurent.... Aucuns trouvent ce livre trop hardy et trop libre à…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
adj. des deux genres
Qui a le pouvoir de faire ce qu’il veut, d’agir ou de ne pas agir. L’homme est né libre. La volonté est libre, est une faculté libre.
Les volontés sont libres, se dit pour exprimer qu’On laisse à quelqu’un la liberté de faire ou de ne pas faire telle chose. Allez-vous-en si cela vous plaît, les volontés sont libres. On dit de même Les opinions, les goûts sont libres.
L’homme a son libre arbitre, Il est maître de choisir entre le bien et le mal.
Il se dit souvent par opposition à Esclave, servile. C’est un homme de condition libre. être né libre. Libre de sa personne.
Il se dit également par opposition à Captif, prisonnier. Il était prisonnier, mais à présent il est libre.
Il se dit encore pour Indépendant. Il est libre et ne dépend de personne. Il ne veut prendre aucun engagement, il veut demeurer libre. Fam., Libre comme l’air.
Membre libre d’une académie, Membre appartenant à l’Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, à l’Académie des Sciences, à l’Académie des Beaux-Arts ou à l’Académie des Sciences morales et politiques, qui, tout en jouissant en général des mêmes droits que les académiciens ordinaires (membres ordinaires) n’en a cependant pas tous les privilèges.
LIBRE signifie particulièrement Qui n’est pas marié.
Il se dit aussi en parlant des états où le peuple participe à la puissance législative, soit par lui-même, soit par ses mandataires, et où les droits civils et politiques sont garantis par la constitution. Un état libre. Un peuple libre. Une nation libre.
Villes libres, en Allemagne, Villes qui, n’étant soumises à aucun prince, étaient gouvernées par leurs propres magistrats. Les villes hanséatiques étaient des villes libres.
LIBRE signifie aussi quelquefois Qui n’éprouve aucune contrainte, aucune gêne. On est fort libre dans cette maison.
Il signifie encore Qui est hardi, indiscret, inconvenant. Il est trop libre avec les femmes. Par extension, Il a des manières, un ton, il tient des propos bien libres. Il est trop libre dans ses paroles. Il a fait des chansons, des contes, des vers très libres.
LIBRE a, dans les phrases ou locutions qui suivent, des acceptions plus ou moins voisines de ces divers sens :
Le vote n’est pas libre dans cette assemblée, On n’ose y dire son avis, y voter selon sa conscience.
Le commerce est libre dans ce pays, Il n’y est point entravé par des lois prohibitives.
La presse est libre dans ce pays, Les écrits destinés à l’impression n’y sont point soumis à une censure préalable.
Les mers sont libres, On peut y naviguer, sans crainte; et aussi, en parlant des Mers polaires, On y peut naviguer sans en être empêché par les glaces.
Les passages, les chemins sont libres, On peut y aller sans rencontrer aucun embarras, aucun empêchement, aucun danger. On dit de même La campagne est libre, Les ennemis ne l’occupent plus.
En termes de Chemins de fer, La voie est libre, se dit d’une Voie où un train peut s’engager sans risques. Le signal de la voie libre.
Espace libre, Espace qui n’est point occupé, rempli. On dit de même Cette place est libre, Personne ne l’occupe, on peut la prendre, s’y mettre. Par analogie, Appartement libre.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- libres — pluriel — /libʁə/
- libre — singulier — /libʁə/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée libre#36837.