v. a.
Placer dans une situation plus haute ce qui est étendu, pendant, etc. Levez cela davantage. On leva la poutre en l'air. Le succin frotté lève la paille. Cela est si pesant, qu'on ne saurait le lever de terre. Fig. Lever la main, lever le bâton, lever le sabre sur quelqu'un, se mettre en devoir de le frapper. Lever la main, la dresser en l'air dans l'acte de prêter serment. Levez la main, et prononcez le serment. Familièrement. J'en lèverais la main, j'en ferais serment. Jouer à lève-cul, jouer les uns après les autres en prenant la place de celui qui perd. Terme de fauconnerie. Voler à lève-cul, se dit de la manière de chasser de certains oiseaux, qui attendent le départ du gibier pour fondre dessus. Fig. Cela lève la paille, voy. PAILLE. Lever la toile, le rideau, retirer la toile, le rideau qui cache le théâtre aux spectateurs. Lever le menton à une jeune fille, lui passer familièrement la main sous le menton en forme de caresse. Fig. Lever le menton à quelqu'un, le protéger, l'aider en ses affaires, en ses entreprises (métaphore tirée de la natation, où, pour aider quelqu'un qui apprend à nager, on lui tient le menton). Dans un langage libre, lever la jupe à une femme, la trousser.
Théodose, apprenant ces heureuses nouvelles, leva les mains au ciel — Fléchier (1632-1710)
Déjà pour la saisir Calchas lève le bras — Jean Racine (1639-1699)
Lever les yeux, les tourner en haut. Lever les yeux au ciel, tourner les yeux vers le ciel, regarder le ciel. Absolument. Lever les yeux, regarder en face, cesser de tenir le regard fixé sur la terre. Fig. Il n'ose pas lever les yeux, se dit d'une personne qui craint de voir et d'être vue, ayant quelque reproche à se faire, ou seulement craignant de rire, de rougir, etc. En un autre sens. Ne pas lever les yeux, ne pas cesser de regarder. Il n'a pas levé les yeux de dessus son livre. Lever les yeux sur quelqu'un, le regarder. Fig. Lever les yeux, être ému. Fig. Lever les yeux sur, aspirer à, prétendre à. Lever un œil présomptueux, téméraire sur..., être présomptueux, téméraire en quelque prétention. Familièrement. Lever le pied, s'en aller, s'enfuir. Il a eu peur, et a levé le pied. Lever le pied pour cause de mauvaises affaires. Lever les épaules, témoigner, en levant les épaules, du mécontentement ou du mépris. C'est à faire lever les épaules. Fig. et familièrement. Lever la crête, s'enorgueillir, s'en faire accroire. Il commence à lever la crête, à vouloir faire l'entendu. Lever la crête signifie aussi, se montrer, paraître avec plus de hardiesse. Fig. Lever la tête, le front, s'enorgueillir.
Je lève, je baisse, je tourne, je roule les yeux — Bossuet (1627-1704)
Le moment du prince n'était pas encore venu [de faire le Tellier chancelier] ; et le tranquille ministre, qui connaissait les dangereuses jalousies des cours et les sages tempéraments des conseils des rois, sut encore lever les yeux vers la divine Providence, dont les décrets éternels règlent tous ces mouvements — Bossuet (1627-1704)
Terme d'agriculture. Lever les guérets, donner le premier labour aux terres qui se reposent depuis quelque temps.
Redresser une personne ou une chose qui était couchée ou penchée. Lever un malade sur son séant. Lever un tonneau. Lever un pont-levis. Lever quelqu'un, l'aider à se lever et à s'habiller. Son valet de chambre le lève, l'aide à se lever. Il est paralytique, il faut le lever.
Terme de chasse. Lever le lièvre, les perdrix, faire partir le lièvre, les perdrix. Fig. Il a levé le lièvre, il a le premier ouvert un avis, donné lieu à une question, à un débat, trouvé un expédient.
Terme de marine. Lever l'ancre, arracher l'ancre du fond de la mer par le moyen de son câble. Lever l'ancre par les cheveux, la tirer du fond de la mer par son orin. Lever les accores, retirer les accores d'un navire dont la construction est achevée. Lever les épontilles, les faire tourner sur les charnières pour les fixer horizontalement, sous le pont supérieur. Lever les lofs, carguer en partie les points des basses voiles pour les dégager en les élevant au-dessus des bastingages, lorsqu'on vire de bord. Lever une garcette ou une bosse, démarrer cette garcette ou cette bosse de dessus le câble, le cordage, ou l'objet sur lequel elle est frappée. Lever un navire, en monter les couples dits de levée, c'est-à-dire les principaux couples. Lever rame, suspendre la nage en élevant au-dessus de l'eau les pales des rames, et en laissant les avirons dans la position horizontale et prêts à fonctionner de nouveau.
Nous n'en étions qu'à une portée de mousquet quand je commandai à nos gens de lever rame et de prendre des pistolets et des mousquetons pour attendre nos ennemis — VILLETTE-MURSAY
Ôter, enlever, écarter. Le chirurgien a levé le premier appareil. Lever le scellé. Lever une serrure. Lorsqu'il arriva pour dîner, le premier service était levé. Lever le masque, voy. MASQUE. Fig. Lever une difficulté, un empêchement, un obstacle, des doutes, un scrupule, les écarter. Lever les défenses ; lever l'interdit, l'excommunication ; lever une opposition ; lever la consigne, etc. ; révoquer des défenses, un interdit, une excommunication, une opposition, une consigne, etc.
En vain à lever tout les valets sont fort prompts, Et les ruisseaux de vin coulent aux environs — Boileau (1636-1711)
Il est des moyens sourds pour lever un obstacle — Pierre Corneille (1606-1684)
Terme de jardinage. Lever de terre, ou, simplement, lever, retirer de terre des plantes, des oignons, lorsque la saison des fleurs est passée. Lever des tulipes, des renoncules. Lever un arbre, une plante en motte, arracher un arbre, une plante, avec la portion de terre qui tient aux racines, afin de les transplanter.
Terme d'imprimerie. Lever la lettre, prendre les lettres les unes après les autres dans les cassetins, et les arranger dans le composteur pour en former des mots et des lignes. Lever la correction d'une épreuve, mettre dans le composteur toutes les lettres nécessaires pour cette opération
Lever le siége d'une place, retirer les troupes qui la tenaient assiégée. Fig. et familièrement. Lever le siége, s'en aller. Lever le camp, s'en aller en parlant d'une troupe. Cette armée a levé le camp. Ces troupes ont levé le piquet, elles se sont retirées avec quelque précipitation (locution qui vient des piquets qui fixent la tente et qu'on ôte pour s'en aller). Lever la garde, lever la sentinelle, retirer des soldats qui sont de garde, retirer un soldat qui est en faction. Terme de marine. Lever la chasse, cesser de poursuivre un bâtiment.
Lever la séance, déclarer que la séance est terminée, que les membres de l'assemblée doivent se séparer. Absolument. Cet emploi a vieilli.
Ma volonté ce soir une fois approuvée, Ma cour la connaîtra ; la séance est levée — Casimir Delavigne (1793-1843)
Il était près de huit heures quand le conseil leva — Saint-Simon (1675-1755)
Terme de trictrac. Lever, mettre sur la bande les dames, après les avoir toutes passées dans le jan de retour. Absolument. J'aurai levé avant vous. Au jeu de cartes, lever les cartes, ou lever la main, faire la main, enlever les cartes jouées, celle que l'on avait étant supérieure. J'ai déjà levé deux mains, trois mains. On dit aussi lever un pli.
Couper une partie sur un tout, en parlant d'animaux que l'on mange. Lever une épaule, un gigot de mouton. Lever une cuisse de poulet. Terme de vénerie. Lever le pied du cerf, le couper pour en faire honneur au maître de la chasse. Il se dit en parlant des étoffes.
Je jetai quelques regards nonchalants sur un poulet d'assez bonne mine, dont je levai nonchalamment aussi les deux ailes — Marivaux (1688-1763)
Ah ! ah ! monsieur le tailleur, voilà de mon étoffe du dernier habit que vous m'avez fait ; je la reconnais bien. - C'est que l'étoffe me sembla si belle, que j'en ai voulu lever un habit pour moi. - Oui, mais il ne fallait pas le lever avec le mien — Molière (1622-1673)
Recueillir. Lever les fruits d'une terre. Percevoir, faire rentrer, en parlant de taxes. On a dit de même autrefois : lever les dîmes, les rentes seigneuriales.
Les rois ne levaient rien sur les terres qui étaient du partage des Francs — Montesquieu (1689-1755)
Ce ministre [Sully], aussi éclairé qu'intègre, trouva qu'en 1596 on levait cent cinquante millions sur le peuple pour en faire entrer environ trente dans le trésor royal — Voltaire (1694-1778)
Enrôler pour le service militaire. Lever des troupes, une armée.
J'ai fait lever des gens par des ordres secrets Qu'à vous suivre en tous lieux vous trouverez tout prêts — Pierre Corneille (1606-1684)
Un des régiments qu'il fait lever en Bretagne — Mme de Sévigné (1626-1696)
Lever un corps, procéder, par autorité publique, à l'enlèvement d'un corps mort. Lever un corps saint, le tirer du tombeau avec cérémonie, pour l'exposer à la vénération des fidèles. Lever un enfant, faire emporter à l'hôpital, par autorité publique, un petit enfant exposé. Toutes ces locutions viennent de ce que, effectivement, on lève de terre le mort, le saint, l'enfant.
Lever un arrêt, une sentence, lever un acte chez un notaire, s'en faire délivrer une expédition. Prendre chez un dépositaire. Lever des titres. Lever cent kilos de tabac.
Lever le plan d'une place, de quelque lieu, prendre les mesures nécessaires pour tracer ce plan, et aussi le tracer.
Des ingénieurs levaient des cartes dans tout l'empire — Voltaire (1694-1778)
Lever boutique, lever ménage, commencer à tenir boutique, à tenir ménage, etc.
Terme de manége. Lever un cheval à cabrioles, à pesades, à courbettes, manier un cheval à cabrioles, etc. Lever le devant, c'est la même chose que lever à courbettes.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).