le · lé · LE

le

déterminant, /lə/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (18 sens)

Littré (1873) — entrée 1

article.

  1. Le est l'article du nom masculin au singulier ; l'e s'élide devant une voyelle ou une h muette. Le livre, l'homme, l'épi. La est l'article du nom féminin au singulier ; l'a s'élide devant une voyelle ou une h muette. La lune, l'âme, l'heure. Les est l'article du pluriel ; et il est commun aux deux genres. Les livres, les roses.

    Ah ! ruban tant qu'il vous plaira ; mais ce le où elle [Agnès] s'arrête n'est pas mis pour des prunes ; il vient sur ce le d'étranges pensées, ce le scandalise furieusement ; et, quoi que vous puissiez dire, vous ne sauriez défendre l'insolence de ce le — Molière (1622-1673)

  2. Si la préposition de ou à se trouve devant l'article masculin au singulier, et que le nom suivant commence par une consonne ou par une h aspirée, on change de le en du, et à le en au : du mois ; au mois ; du héros ; au héros. Si le nom commence par une voyelle ou par une h non aspirée, la préposition et l'article n'éprouvent aucun changement ; mais l'article, soit masculin, soit féminin, s'élide : de l'enfant ; à l'enfant ; de l'honneur ; à l'honneur ; de l'amitié ; à l'amitié. Au plur. Pour de les on dit des, et pour à les on dit aux : des héros ; aux héros ; des enfants ; aux enfants ; des femmes ; aux femmes.

  3. On répète l'article devant des substantifs qui sont unis par la conjonction et : le père et la mère. Cependant, on dit quelquefois, sans le répéter : les père et mère.

    Les père et mère ont pour objet le bien — La Fontaine (1621-1695)

  4. On répète l'article avant plusieurs adjectifs qui modifient un substantif. Cette répétition est obligatoire quand les adjectifs expriment des idées tout à fait distinctes : Les bonnes et les mauvaises actions qu'il a faites. Mais elle n'est pas obligatoire quand les idées exprimées par les adjectifs n'ont rien qui se contredise ou s'oppose : Voilà l'unique et grande règle qu'il suivait. L'utile et louable pratique. L'humble et timide innocence.

    Voilà l'unique et la grande règle qu'il suivait — Bourdaloue (1632-1704)

    L'utile et la louable pratique, de perdre en frais de noces le tiers de la dot qu'une femme apporte ! — La Bruyère (1645-1696)

  5. On peut mettre l'article devant un adjectif avec le substantif sous-entendu, quand le substantif vient d'être énoncé avec un autre adjectif.

    On ne vous a pas laissé ignorer l'histoire grecque ni la romaine — Bossuet (1627-1704)

    L'un a les affaires de la terre et l'autre les maritimes — La Bruyère (1645-1696)

  6. Les se met devant les nombres de jours, d'heures, etc. pour indiquer une certaine approximation ou latitude.

    Dans ces étranges sublimités, où ils [les mystiques] passent tranquillement les dix et les vingt ans sans seulement penser à lui [Jésus-Christ] ni à aucun de ses états — Bossuet (1627-1704)

    Le vent étant tombé vers les huit heures du soir — Chateaubriand (1768-1848)

  7. L'article au pluriel peut se mettre devant les noms propres d'une façon emphatique, sans idée de pluralité, et alors en effet on ne leur donne pas la marque du pluriel. Les Bossuet, les Racine ont été la gloire du siècle de Louis XIV. Il s'y joint aussi avec le sens de pluralité ; alors on leur donne la marque du pluriel. Les Virgiles sont rares, c'est-à-dire les poëtes tels que Virgile. Il se met devant un nom de famille, pour indiquer la famille entière. Les Stuarts. Les Bourbons. Les Corneilles étaient frères. (voy. NOM PROPRE).

    Je connais les Brassacas ; c'est une des meilleures familles de la Garonne — Dancourt (1661-1725)

  8. L'article se met encore devant un nom propre pour l'indiquer comme un type, un représentant d'une classe.

    Personne ne respecte plus que moi saint François Xavier ; c'était un Espagnol animé d'un zèle intrépide ; c'était le Fernand Cortez de la religion — Voltaire (1694-1778)

  9. L'article se met devant plusieurs noms italiens. Le Titien, le Corrége, le Tasse, l'Arioste. On dit aussi le Poussin, bien qu'il soit français ; mais son long séjour en Italie a fait que l'article s'est joint à son nom. Ne dites pas le Dante ; les Italiens ne mettent l'article qu'avec le nom de famille : le Tasse, l'Arioste, et non avec le nom de baptême ; or Dante, abrégé de Durante, est un nom de baptême ; quand les Italiens mettent l'article au nom de ce poëte, c'est qu'ils le nomment de son nom de famille : l'Alighieri.

    Cela soit dit pourtant sans offenser le Tasse, que je ne puis oublier sans être une ingrate — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Les Italiens sont le seul peuple de la terre chez qui on accorde l'article le aux auteurs : le Pulci, le Bojardo, l'Arioste, le Tasse ; mais on n'a jamais dit, chez les Latins, le Virgile ; ni chez les Grecs, l'Homère ; ni chez les Asiatiques, l'Ésope ; ni chez les Indiens, le Brama ; ni chez les Persans, le Zoroastre ; ni chez les Chinois, le Confutzé — Voltaire (1694-1778)

  10. L'article se joint quelquefois aux noms propres quand on parle soit familièrement, soit légèrement, de personnes qui ont une notoriété.

    La l'Esvile lui dit qu'au lieu de lui faire des excuses.... — Scarron (1610-1660)

    Quittons la Bretagne, et parlons de Grignan, parlons de ces frères qui reviennent toujours au gîte ; ce qui m'étonnait, c'est que le Carcassonne en fût sorti — Mme de Sévigné (1626-1696)

  11. Quand on cite en latin un titre d'ouvrage qui est féminin en cette langue, plusieurs y joignent néanmoins l'article masculin le. D'autres suivent le genre du latin : la Gallia christiana. Les naturalistes sont convenus de mettre toujours le devant les noms latins de plantes et d'animaux, lors même que ces noms sont féminins en latin : le nymphaea alba, L.

    Ils [Scévole et Louis de Sainte-Marthe] composèrent ensemble le Gallia christiana — Voltaire (1694-1778)

  12. À la, à la façon de. À l'anglaise.

    Pour parler à la Montesquieu — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

  13. L'article se dit quelquefois au vocatif, familièrement, et quand on s'adresse à quelqu'un dont on ne sait pas le nom. Hé ! l'homme, venez ici.

  14. Le, la, les, sert à former le superlatif. Le plus sage des hommes. Le meilleur des hommes. La pire des conditions. La plus douce consolation d'un homme de bien affligé est la pensée de son innocence. Quoique cette femme montre plus de fermeté que les autres, elle n'est pas la moins affligée. Les animaux les plus féroces. Dans ce superlatif le devient invariable, formant avec plus ou moins une sorte d'adverbe, quand le superlatif indique excès, non comparaison. Cette scène est une de celles qui furent le plus applaudies. La lune n'est pas aussi éloignée de la terre que le soleil, lors même qu'elle en est le plus éloignée. Dira-t-on : les opinions les plus ou le plus généralement suivies ? La réponse dépend de l'intention de celui qui parle, ou de ce qu'il veut faire entendre. Des opinions peuvent être plus ou moins généralement suivies ; si c'est là ce que vous entendez, le, relatif à l'adverbe, sera invariable comme lui, et le plus signifiera le plus qu'il est possible. Si vous avez en vue d'autres opinions plus suivies que celles-là, et que vous vouliez indiquer cette comparaison, c'est au nom que doit se rapporter l'article, et vous direz : les plus suivies. Par suite de ce qui vient d'être établi, ce sera une faute de dire : les opérations le mieux combinées de la campagne, par cela même qu'il y a ici comparaison ; il faudra dire : les mieux combinées (LAVEAUX). Ainsi on dira : Les arbres les plus hauts sont les plus exposés à la tempête, parce que le rapport du superlatif est déterminé ; mais on dira : On a abattu les arbres le plus exposés à la tempête, parce que le rapport n'est pas déterminé. C'est par la même raison qu'on dira : Les parures les plus à la mode sont celles dont je viens de vous parler, et Les parures le plus à la mode ne conviennent pas aux femmes âgées. On dira : Les Égyptiens et les Chaldéens sont les nations les plus anciennement policées ; mais on dira : Les monuments des nations le plus anciennement policées. Si le superlatif relatif précède son substantif, un seul article suffit pour l'un et pour l'autre : Le plus célèbre orateur qu'aient eu les Romains est Cicéron. Mais si c'est le substantif qui précède le superlatif, il faut mettre un article à l'un et à l'autre : le triomphe le plus beau. Par licence poétique, Molière et Racine n'ont pas observé cette règle : Quand il y a deux superlatifs de suite, on répète l'article : les plus méchants et les plus décriés personnages. Cependant on peut quelquefois supprimer le second article.

    Il ne faut pas se flatter, les plus expérimentés dans les affaires font des fautes capitales ; mais que nous nous pardonnons aisément nos fautes quand la fortune nous les pardonne ! et que nous nous croyons bientôt les plus éclairés et les plus habiles quand nous sommes les plus élevés et les plus heureux ! — Bossuet (1627-1704)

    La honte suit toujours le parti des rebelles ; Leurs grandes actions sont les plus criminelles — Jean Racine (1639-1699)

  15. Au singulier, l'article s'emploie pour parler en général. L'homme est le roi des animaux. La bête n'est point, comme le prétendait Descartes, un automate. La plante meurt sur le lieu où elle a vécu.

  16. Au sens général, l'article se supprime quelquefois. Contentement passe richesse. Cette suppression se fait surtout dans des locutions proverbiales ; on ne peut guère s'en servir ailleurs que par assimilation à ce genre de locutions. Au contraire, dans l'ancienne langue, elle était de règle.

  17. L'on, voy. ON.

  18. L'un ou un, voy. UN.

Étymologie : Provenç. lo, le, los, les, la, las, et aussi li au pluriel masculin ; espagn. lo, los, las ; port. o, os, a, as ; ital. lo, la, i, gli (anciennement li), le ; du lat. ille, illa, illi, illae, illos, illas. Il est singulier que ille ait laissé tomber la syllabe accentuée pour ne garder que celle qui ne l'était pas ; peut-être cela s'explique-t-il parce que, passant au rôle d'article, il est toujours proclitique et non accentué dans la phrase.

Historique : IXe s. Viam de l'estege. - Quinque jugera ad la rochere. - Infra rivulum del brol Xe s. Voldrent la veintre li deo inimi Elle n'out eskoltet les mals conselliers Si escit [sortit] foers [hors] de la civitate. Si astreient [seraient] li Judei perdut, si cum il ore sunt XIe s. Salvez serez de Deu le glorius Li reis Marsiles est moult mis enemis Les diz mulez fait Charles establer Ce dist li reis : al [au congé de] Jhesu et al mien Des douze pairs li diz en sont ocis XIIe s. Entr'eux sont bien li mille chevalier Si combatrai as [avec les] doze compeignons Par la Deu grace qui en la crois fu mis E…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Grammaire et formes (7)
  • les — pluriel masculin — /le/ ou /lɛ/
  • aux — pluriel — /o/
  • la — singulier féminin
  • au — singulier masculin — /o/
  • l — singulier masculin
  • le — singulier masculin — /lə/
  • l' — singulier — /l/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée le#36640.

nom, masculin, /le/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (1 sens) — Académie 1935 (1 sens)

Littré (1873)

s. m.

  1. Largeur d'une étoffe entre ses deux lisières. Un lé de velours, de satin, etc. Draps de lit de deux lés, de trois lés. Prendre un lé de plus. Ce lé est de 75 centimètres. Demi-lé, la moitié de la largeur d'un lé. Cette jupe a quatre lés et demi. Fig. Tout du long et du lé, locution vieillie qui signifie absolument, entièrement.

    M. de Bussy perdit hier son procès tout du long et tout du lé — Mme de Sévigné (1626-1696)

Étymologie : Provenç. lat ; espagn. et ital. lato ; du lat, latus, large, stlatus dans le vieux latin, ce qui écarte le rapprochement avec πλατὺς, large. En substituant à l'l une r primitive, Corssen y trouve stratus, étendu, ce qui donne un sens très-clair.

Historique : XIe s. Granz [ils] ont les nés et lées les oreilles [Il] Pent à son col un sien grant escut let XIIe s. Et de long et de lé En haute tour se siet bele lsabel ; De lermes mouille le lai de son mantel XIIIe s. [Elle] Vit la cit de Paris, qui est et longue et lée Chascuns toisserans de lange de Paris puet avoir en son hostel deux mestiers lés et un estroit XVe s. Il conta à son maistre, tout du long et du lé, la verité de son aventure Et je vous demande Combien vous en fault-il avoir [de ce drap] ? Il est bien aysé à sçavoir ; Quel lé a-il ? Lé de Brucelle

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. m.

  1. Largeur d’une étoffe entre ses deux lisières. Un lé de velours, de taffetas, de toile. Draps de lit de deux lés.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • lés — pluriel — /le/
  • — singulier — /le/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée lé#37828.

LE

nom, masculin

Grammaire et formes (2)
  • LEs — pluriel
  • LE — singulier

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée LE#118136.

le

pronom, /lə/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (8 sens) — Académie 1935 (5 sens)

Littré (1873) — entrée 2

pronom.

  1. Le premier (le) est pour le genre masculin, le second (la) pour le féminin, le troisième (les) pour les deux genres au pluriel ; ils accompagnent toujours un verbe, et se distinguent en cela de l'article, qui accompagne constamment un nom. Connaissez-vous cet homme ? je le connais. Voyez-vous cette dame ? je la vois.

    On dit que l'abbé Roquette Prêche les sermons d'autrui : Moi qui sais qu'il les achète, Je soutiens qu'ils sont à lui — Boileau (1636-1711)

  2. Le, la, devant un verbe qui commence par une voyelle ou une h muette, s'élident. Je le vis, je l'aimai. Je la reconnus, je l'appelai. Je l'honore beaucoup. Si les particules en et y suivent le ou la, on y met toujours l'apostrophe, comme : Il est en peine, ou elle est en peine, ne l'y laissez pas, tirez l'en au plus tôt.

  3. Ce pronom précède toujours le verbe dont il est le régime : je le vois, je l'ai vu ; excepté à l'impératif, ou il se place après : prends-le, lisez-le, aimez-les. Mais, si l'impératif est accompagné d'une négation, le pronom se place devant le verbe : ne le donnez pas. Quand le pronom le, la, les, se trouve régime d'un même verbe avec les pronoms me, te, nous, vous, il se met après ces pronoms : je me le promets ; je te l'assure ; il nous la rendra. Avec lui il se met avant : je le lui promets. Avec y et en il se met avant : je l'y laisserai ; je l'en chasserai.

  4. Le, la, les, se répètent avant chacun des verbes dont ils sont les régimes. Il y a pourtant quelques exemples où il n'est pas répété.

    Un fils ne s'arme point contre un coupable père : Il détourne les yeux, le plaint et le révère — Voltaire (1694-1778)

    Songez-vous que je tiens les portes du palais ? Que je puis vous l'ouvrir ou fermer pour jamais ? — Jean Racine (1639-1699)

  5. Lorsqu'il tient la place d'un nom, soit commun, soit propre, il se présente sous les mêmes formes que ce nom ; c'est-à-dire qu'on met le si le nom est masculin, la s'il est féminin, et les s'il est au pluriel. Est-ce là votre voiture ? oui ce l'est, c'est-à-dire c'est elle. Est-ce votre livre ? oui ce l'est, c'est-à-dire c'est lui. Est-ce là votre maison ? ce la fut, c'est-à-dire elle m'appartenait jadis. Est-il sept heures ? il les est.

    Infidèles témoins d'un feu mal allumé, Soyez-les de ma honte — Pierre Corneille (1606-1684)

    Je plains cette abusée, et c'est moi qui la suis Peut-être, et qui me livre à d'éternels ennuis — Pierre Corneille (1606-1684)

  6. Le pronom le étant placé après un verbe à l'impératif, l'e muet se prononce, quand il suit un verbe dont la finale est muette ou fait entendre un son autre que celui de l'é fermé ; le a alors le son des monosyllabes me, te, se, etc. Imite-le, rends-le, faites-le se prononcent i-mi-te-leu, ren-leu, fai-te-leu. Mais, lorsque la finale du verbe fait entendre le son d'un é fermé, alors on distingue : si c'est dans le parler ordinaire, on prononce le comme précédemment : promettez-le (promè-té-leu) ; si c'est dans la récitation des vers, l'e muet s'élide quand une voyelle suit, ou il se prononce comme dans fidèle : gardez-le auprès de vous (gardè-l' auprès de vous) ; servez-le (sèr-vé-l') ; aussi il s'élide en vers : Autrefois, cet e s'élidait en toute circonstance, comme on le voit par ce vers : Cela n'est plus guère reçu. Dans le même cas, la ne souffre pas d'élision. Ramenez-la à son devoir.

    Mais, mon petit monsieur, prenez-le un peu moins haut — Molière (1622-1673)

    Condamnez-le à l'amende, ou, s'il le casse, au fouet — Jean Racine (1639-1699)

  7. Dans un emploi particulier, le, toujours du masculin et du singulier, signifie cela, ceci, et ne se rapporte pas à un nom substantif, mais est un substantif lui-même. Il peut tenir la place d'une proposition ou d'un verbe. Il peut tenir la place d'un adjectif. Avec un substantif pris adjectivement, le suit la même règle. Si on demande à une femme : êtes-vous mère ? elle répondra : Oui je le suis ; parce que mère est ici pris adjectivement. - Mais si l'on dit : êtes-vous la malade dont on m'a parlé ? ou êtes-vous la mère de cet enfant ? Malade et mère étant ici des noms déterminés, la femme répondra : Oui, je la suis. Molière n'a pas tenu compte de cette règle : Il est vrai que la nuance entre mère pris substantivement et mère pris adjectivement est légère, et que la pensée peut facilement se mettre au-dessus. C'est adjectivement que sont pris bonnes choses, grands hommes, dans les exemples suivants : La règle qui prescrit de représenter en tout cas un adjectif par le invariable est récente ; autrefois avec les adjectifs on employait l'article comme on l'emploie aujourd'hui avec les substantifs.

    Va, je ne te hais point. - Tu le dois. - Je ne puis — Pierre Corneille (1606-1684)

    J'aime donc sa victoire, et je le puis sans crime — Pierre Corneille (1606-1684)

  8. Dans plusieurs locutions le joue le rôle d'un nom vague. Je vous le donne en cent. Le prendre haut (voy. DONNER et PRENDRE). La a quelquefois un emploi semblable. Il me la payera (voy. PAYER).

Étymologie : Le même que l'article le, la, les ; prov. lo, los, la, las.

Historique : IXe s. Et Karlus meos sendra [mon seigneur], de suo part, non lo [le serment] stanit, si io [je] returnar [détourner] non l'int pois [puis] Xe s. Voldrent [voulurent] la veintre li Deo inimi Chi sil [si le] fient [font] cum faire lo deent [doivent] e cum cil lo fisient [faisaient], dunt ore aveist odit [avez ouï] XIe s. Vus le suivrez à feste Saint Michel XIIe s. [Il] Secourra le, moult en est desirant Mais prent batisme [baptême], jel [je le] te di sans contraire Et li François les suigent [suivent] sans doutance. Ou veuil ou non, servir la me convient Et tel i a, qui cuide avoir amie Bone et…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

pron. pers. masc.

  1. (fém. : LA. Devant une voyelle ou une h muette : L’. Pluriel des deux genres : LES.) Il sert, comme complément d’objet direct ou attribut, à rappeler un être ou une chose dont il a été question. Il se place devant le verbe dont il est complément ou attribut, sauf quand ce verbe est à l’impératif présent. Voilà un bon livre, je vous engage à le lire. Dès que ma soeur sera arrivée, j’irai la voir. Il avait mille francs, et il les a dépensés. Vous avez mon chapeau, rendez-le-moi. Ces livres sont dérangés, mettez- les chacun à sa place. Je me regarde comme la mère de cet enfant; je la suis de coeur, je la suis par ma tendresse pour lui.

  2. Quand LE fait partie d’une locution composée d’un verbe à un mode personnel, et d’un infinitif, il se place entre le verbe et l’infinitif s’il est complément de l’infinitif : Je vais le chercher. Si, au contraire, LE est le complément du premier verbe, il se place entre le sujet et le verbe : Nous le voyons venir.

  3. LE s’emploie aussi comme pronom neutre invariable quand il rappelle un adjectif ou une proposition déjà exprimés. Cette femme est belle et le sera longtemps. Je n’ai pas été enrhumé de l’hiver, et je le suis depuis les chaleurs. Nous devons défendre l’honneur et l’intérêt de nos parents, quand nous le pouvons sans injustice. Il a vécu plus longtemps qu’on ne l’aurait cru. La présence de LE dans ce cas n’est pas toujours obligatoire. As-tu raison? Je ne sais. Je ne serais pas venu si j’avais su. Vous voudriez, j’imagine, être à ma place.

  4. Il peut servir encore à annoncer une proposition qui suit. Tu l’as vu, comme il m’a traité.

  5. Uni à certains verbes, il sert à indiquer un sens plus ou moins distinct, plus ou moins différent de celui du verbe seul. L’emporter. Le céder. Le disputer. Voyez ces mots.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (3)
  • les — 3ᵉ pers. pluriel
  • la — 3ᵉ pers. singulier féminin
  • le — 3ᵉ pers. singulier masculin

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée le#144737.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.