langueur

langueur

nom, féminin, /lɑ̃ɡœʁ/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (2 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Etat d'une personne affaiblie, malade. Maladie de langueur. Être en langueur. Langueur d'estomac, état d'un estomac qui a perdu le ton nécessaire pour bien faire ses fonctions. Fig. Tenir en langueur, faire languir.

    Il est revenu un gentilhomme de Commerci qui m'a fait peur de la santé du cardinal de Retz : ce n'est plus une vie, c'est une langueur — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Ma tante est toujours très mal ; laissez-nous le soin de partir, nous ne souhaitons autre chose ; et même, s'il y avait quelque espérance de langueur, nous prendrions notre parti — Mme de Sévigné (1626-1696)

  2. Fig. Sorte d'affaiblissement moral et physique causé par les fatigues de l'esprit, par les peines de l'âme. L'excès du travail l'a mis dans un état de langueur dont il a peine à se tirer.

    La reine, qui se trouva grosse, et qui ne put par tout son crédit faire abandonner ces deux siéges qu'on vit enfin si mal réussir, tomba en langueur, et tout l'État languit avec elle — Bossuet (1627-1704)

    L'état de langueur qui me menaçait d'une mort prochaine — Fénelon (1651-1715)

  3. Il se dit, dans un sens analogue, de la passion de l'amour.

    Moi qui m'étais défendu toute ma vie des tristesses, des langueurs et des inquiétudes de l'amour — Voiture (1597-1648)

    De mes yeux interdits la confuse langueur Trahirait, malgré moi le secret de mon cœur — TH. CORNEILLE

  4. État de l'âme qui se laisse aller à un état comparé à la langueur physique. Les langueurs d'une vie sans occupation.

    Je ne vous dirai pas avec quelles langueurs D'un si cruel exil j'ai souffert les longueurs — Pierre Corneille (1606-1684)

    Ce n'est pas que j'aie sur le cœur de n'avoir pas senti le plaisir d'être avec vous ; je vous jure et je vous proteste que je ne vous ai jamais regardée avec indifférence ni avec la langueur que donne quelquefois l'habitude — Mme de Sévigné (1626-1696)

  5. Absence d'intérêt, de chaleur, de mouvement dans les productions de l'esprit. Il y a de la langueur dans cet ouvrage.

    Cette chaleur ou se communique aux auditeurs, ou du moins les préserve d'une langueur involontaire qui aurait pu les gagner — Fontenelle (1657-1757)

    Le spectateur pardonne tout, hors la langueur ; et, lorsqu'il est une fois ému, il examine rarement s'il a raison de l'être — Voltaire (1694-1778)

  6. Il se dit des choses qui n'ont point d'activité, de développement. La langueur du commerce, des affaires.

    Les sept cent cinquante-neuf plantations distribuées dans soixante-une vallées sortaient de leur langueur, et il s'en formait d'autres — Raynal (1713-1796)

Étymologie : Provenç. languor, langor ; espagn. languor ; ital. languore ; du lat. langorem.

Historique : XIIe s. De le [la] enferteit [infirmité] de ceste languor ne muert nulz, se cil non ki est encor floibes [faible] Si chaï [il chut, il tomba] en langur grevuse à desmesure XIIIe s. Sire, fai me dire à ton devin, de mon seigneur, que ge gart ci en langor, quant il morra, ne se il garra jamès de ceste maladie Et avint que maladie li prist ; et moult fu grant pieche en langour XIVe s. Comme dit Tulles, vice est langour de l'ame XVIe s. Refus, oubly, jalousie et langueur Suyvent amours Les douces passions, les delectables peines, Et les cheres langueurs dont les amours sont pleines

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. état d’abattement d’une personne faible et malade. être en langueur. Maladie de langueur. On l’employait dans ce sens au pluriel. Il ne sent point les langueurs de l’âge.

  2. Il se dit plus ordinairement d’une Sorte d’abattement physique et moral causé par les fatigues de l’esprit, par les peines de l’âme, et principalement par celles qui viennent de l’amour. L’excès du travail l’a mis dans un état de langueur dont il a peine à sortir. La mort de sa femme l’a jeté dans une langueur d’où rien ne peut le tirer. Une secrète langueur s’est emparée de son âme. Des yeux pleins de langueur, d’une amoureuse langueur.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • langueurs — pluriel — /lɑ̃ɡœʁ/
  • langueur — singulier — /lɑ̃ɡœʁ/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée langueur#36371.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.