justice

justice

nom, féminin, /ʒystisə/

Définitions

  1. Principe moral qui exige le respect du droit de chacun et l'équité.

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  2. Pouvoir de trancher les litiges et de sanctionner selon la loi.

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  3. Institution chargée d'appliquer le droit, ensemble des tribunaux et des magistrats.

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Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (14 sens) — Académie 1935 (22 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Règle de ce qui est conforme au droit de chacun ; volonté constante et perpétuelle de donner à chacun ce qui lui appartient. Justice commutative, celle qui regarde le commerce, les ventes, etc. et qui, dans l'échange d'une chose contre une autre, oblige à rendre autant qu'on reçoit. Justice distributive, celle par laquelle on adjuge à chacun ce qui lui appartient, on distribue les récompenses et les peines. Chevaliers de justice, chevaliers de Malte qui appartenaient à la première des cinq classes de l'ordre. Un chevalier de justice est celui qui a fait exactement ses preuves de noblesse, Trévoux.

    La justice n'est pas une vertu d'État — Pierre Corneille (1606-1684)

    La justice n'est qu'une vive appréhension qu'on ne nous ôte ce qui nous appartient ; de là vient cette considération et le respect pour tous les intérêts du prochain — La Rochefoucauld (1613-1680)

  2. Terme de théologie. La justification que Dieu met dans l'âme par sa grâce. Persévérer dans la justice. Première innocence de l'homme avant son péché. Adam perdit sa justice originelle par son péché.

    Il [Dieu] a promis d'accorder la justice aux prières — Pascal (1623-1662)

    On demande à M. Jurieu et aux calvinistes si la certitude du salut, l'inamissibilité de la justice.... — Bossuet (1627-1704)

  3. Dans le style de l'Écriture, observation exacte des devoirs de la religion. Marcher dans les voies de la justice. Des œuvres de justice et de charité.

    La charité ne détruit pas ce que la justice édifie — Massillon (1663-1742)

  4. La Justice (avec un J majuscule), divinité.

    La Justice passa la balance à la main — Boileau (1636-1711)

  5. Au plur. Justices, actes de justice. Les justices du ciel, les punitions qu'il inflige.

    Il [le prince de Conti] jette l'argent héroïquement ; il a des bontés d'Henri IV, des procédés du chevalier Bayard, et des justices de Sylla — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Cette lettre [une lettre de Bussy au roi] a été reçue, et ce n'est pas la faute de votre pauvre ami ni la vôtre, si elle ne vous attire pas des justices et des grâces — Mme de Sévigné (1626-1696)

  6. Le pouvoir de faire droit à chacun, de récompenser et de punir ; l'exercice de ce pouvoir. La justice humaine. Rendre la justice, exercer le pouvoir judiciaire. Avoir justice d'un juge, obtenir qu'il s'occupe de l'affaire, qu'il la juge. Déni de justice, le refus qu'un juge fait de juger. Il n'y a pas de justice en ce pays ; n'y a-t-il donc plus de justice ? se dit fig. et familièrement pour se plaindre des injustices qu'on éprouve.

    Par toute l'étendue du royaume chacun peut faire ses plaintes, assuré de la protection du prince ; et la justice ne fut jamais ni si éclairée ni si secourable — Bossuet (1627-1704)

    Ils [les conquérants] ne sont pour la plupart que des instruments de la vengeance divine ; Dieu exerce par eux sa justice, et puis il l'exerce sur eux-mêmes — Bossuet (1627-1704)

  7. Action de reconnaître le droit de quelqu'un à quelque chose, d'accueillir sa plainte, etc. Obtenir justice. Soyez certain que justice vous sera faite. Demander justice, réclamer devant qui de droit réparation d'un tort. Rendre justice, redresser un tort. Faire justice, prononcer un juste arrêt. Fig. Faire justice de quelqu'un, punir, châtier, traiter quelqu'un comme il le mérite. Fig. Faire justice de quelque chose, infliger à quelque chose un juste blâme, une juste réprobation. L'opinion publique a fait justice, bonne justice de ces impostures. Faire justice à quelqu'un, examiner sa cause, prononcer en sa faveur un arrêt. Fig. Faire justice au mérite, le reconnaître. Se faire justice à soi-même, se venger soi-même, se payer par ses mains, etc. sans avoir recours aux voies ordinaires de la justice. Absolument. Se faire justice, se condamner quand on a tort.

    Chimène : Il a tué mon père. - Don Diègue : Il a vengé le sien. - Chimène : Au sang de ses sujets un roi doit la justice — Pierre Corneille (1606-1684)

    On ne voit dans ses jugements [du juge ambitieux] qu'une justice imparfaite, semblable, je ne craindrai pas de le dire, à la justice de Pilate — Bossuet (1627-1704)

  8. Action d'accorder à une personne ce qu'elle demande et qu'il est juste qu'elle obtienne. Rendre justice à quelqu'un, lui rendre la justice qui lui est due ; reconnaître en lui ce qui est bon. On dit aussi rendre justice au mérite, au courage, etc. de quelqu'un. Rendre justice à, signifie aussi être équitable pour. Se rendre justice à soi-même, apprécier ce qu'on vaut. Se rendre justice à soi-même, signifie aussi confesser ses torts. Faire justice, reconnaître le mérite, les bonnes qualités, etc.

    Une circonstance de la justice qu'on doit aux autres, c'est de la faire promptement et sans différer ; la faire attendre, c'est injustice — La Bruyère (1645-1696)

    Mme de Chevreuse me rendait justice ; elle ne put jamais persuader au cardinal de me la rendre — Cardinal de Retz (1613-1679)

  9. Bon droit, raison. Il comptait sur la justice de sa cause. Pris sans article, justice s'emploie pour raison, convenance. On le nomma à un poste plus élevé ; c'était justice. Voltaire a dit, en cet emploi, la justice ; ce qui est peu usité. Sans justice, sans raison. Avec justice, avec raison, avec droit. En bonne justice, selon ce qui est de droit. De toute justice, selon toute justice, même sens.

    Il vaut mieux n'avoir pas la vue si bonne et si pénétrante dans la discussion de ses droits, de peur d'y découvrir trop de justice — Guez de Balzac (1597-1654)

    J'ai pour moi la justice, et je perds mon procès — Molière (1622-1673)

  10. Juridiction considérée, quant aux personnes chargées de rendre la justice ; les tribunaux, les officiers et magistrats. Un repris de justice. Les gens de justice. Un homme de justice. (règle de notre ancien droit public signifiant que toute juridiction dépendait du roi et rendait la justice en son nom ; cette règle est encore suivie aujourd'hui à l'égard du souverain). Gens de justice, se dit quelquefois des officiers inférieurs de la justice. Familièrement. Se brouiller avec la justice, s'exposer aux poursuites des magistrats pour quelque méfait. On dit dans un sens analogue : Ce qu'il a fait pourrait le brouiller avec la justice. Terme de marine. Barre de justice, barre de fer employée pour infliger la peine des fers à bord. Pavillon de justice, pavillon rouge qu'on arbore en tirant un coup de canon lorsqu'on inflige une peine afflictive.

    Toute justice émane du roi — LOYSEL

    Tirer quelqu'un de la justice du gouverneur de Rome — PERROT

  11. Juridiction considérée quant à la nature des causes. Justice civile. Justice criminelle. Justice de paix, fonction de juge de paix. Le lieu où le juge de paix se tient. Se rendre à la justice de paix.

    Avez-vous lu un très bon discours sur l'administration de la justice criminelle, prononcé au parlement de Grenoble par un jeune avocat général nommé Servan ? — D'Alembert (1717-1783)

  12. La Justice (avec un J majuscule), le ministère chargé des sceaux en France. Employé à la Justice. Bureaux de la Justice.

  13. Justice seigneuriale, celle qui s'exerçait au nom des seigneurs, dite aussi justice subalterne, par opposition à la justice exercée au nom du roi, qu'on appelait justice royale. On disait de même : La justice de ce seigneur, de cette terre s'étend sur tant de paroisses. Justice réglée, tribunal qui avait droit de contraindre. Par extension, on appelait aussi justice, les fourches patibulaires. Il s'est dit pour exécution. Au plur. Les justices, les juridictions seigneuriales. Les justices seigneuriales étaient de trois sortes : la haute, la moyenne et la basse. La haute justice est celle d'un seigneur qui a pouvoir de faire condamner à une peine capitale, et de juger de toutes causes civiles et criminelles, excepté des cas royaux. La moyenne justice a droit de juger des actions de tutelle et injures dont l'amende ne peut excéder 60 sous. La basse justice connaît des droits dus au seigneur, du dégât des bêtes et injures dont l'amende ne peut excéder 7 sous 6 deniers, et on l'appelle autrement justice foncière. Fig. Les hautes justices du ciel, les fléaux que le ciel envoie. Justice manuelle, droit que le seigneur avait de saisir les meubles de ceux qui lui devaient des arrérages de rentes.

    On voit leurs armes sur le pilier de leur haute justice — La Bruyère (1645-1696)

    Louer une fenêtre pour cette justice — Molière (1622-1673)

  14. S. m. Le justice, haut magistrat espagnol.

    Le nouveau roi d'Espagne prête le serment entre les mains du justice qui lui dit cette formule.... — Saint-Simon (1675-1755)

Étymologie : Bourguig. jeustice ; provenç. et espagn. justicia ; portug. justiça ; ital. giustizia ; du lat. justitia, de justus, juste.

Historique : XIe s. E si n'ert faite la justice de larun Livrez le moi, j'en ferai la justise Quand l'emperere a faite sa justice XIIe s. À Loon tint sa court Charles, nostre justice [magistrat suprême] Le premier roi de France fist Diex par son commant Couronner à ses anges dignement en chantant, Puis le comanda estre en terre son sergent, Tenir droite justice et la loi mettre avant E quant il s'en parti de la cambre le rei, Justices [magistrats] et baruns, tels que numer ne dei, L'escrierent en haut à hu e à desrei XIIIe s. Pierres Randoufles et Lieteris sa fame vindrent par devant la joutise et requenur…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Vertu morale qui fait que l’on rend à chacun ce qui lui appartient, que l’on respecte tous les droits d’autrui.

  2. Il désigne aussi la Rectitude que Dieu met dans l’âme par sa grâce. La justice originelle. Persévérer dans la justice.

  3. Il se prend aussi, dans le style de l’écriture, pour l’Observation exacte des devoirs de la religion. Souffrir persécution pour la justice. Marcher dans les voies de la justice. Des oeuvres de justice et de charité.

  4. Justice commutative. Voyez

  5. COMMUTATIF.

  6. Justice distributive. Voyez

  7. DISTRIBUTIF.

  8. JUSTICE signifie aussi Bon droit. Ne comptez pas sur la justice de votre cause. J’ai la justice de mon coté. Il a reconnu la justice de mes prétentions. On le nomma à un poste plus élevé, c’était justice, Il a bien servi, il faut le récompenser, c’est justice. Votre réclamation est de toute justice. Et ce sera justice, Formule qui termine certains actes de procédure.

  9. Il se dit encore du Pouvoir de faire droit à chacun, de récompenser et de punir, ou l’exercice de ce pouvoir. La justice divine. La justice humaine. Avoir droit de justice. L’administration de la justice. Le garde des sceaux, ministre de la Justice. Il y a bonne justice en ce pays. La justice suivra son cours. Les magistrats chargés de rendre la justice.

  10. Avoir justice d’un juge, Obtenir qu’il s’occupe de l’affaire, qu’il la juge.

  11. Déni de justice. Voyez

  12. DÉNI.

  13. Faire justice de quelqu’un, Punir, châtier, traiter quelqu’un comme il le mérite. Il se dit au propre et au figuré. On a fait justice de ces bandits. On dit de même Faire justice de quelque chose, surtout au figuré. La comédie fait justice des ridicules et des travers de la société. L’opinion publique a fait prompte justice de ces impostures. La critique a fait bonne justice de ces doctrines absurdes.

  14. JUSTICE signifie particulièrement Action de reconnaître le droit de quelqu’un à quelque chose, d’accueillir sa plainte, etc.; et, dans une acception plus étendue, Action d’accorder à une personne ce qu’elle demande et qu’il est juste qu’elle obtienne. Faire justice à quelqu’un. Soyez certain que justice vous sera faite. Demander, obtenir justice. Se faire rendre justice. Nous ne pouvons obtenir justice. On dit à peu près dans le même sens : Il n’y a plus de justice en ce pays. N’y a-t-il donc plus de justice?

  15. Se faire justice à soi-même, Se venger soi- même, se payer par ses mains, etc., sans avoir recours aux voies ordinaires de la justice. On ne doit pas se faire justice à soi-même. Absolument, Se faire justice, Se tuer pour se punir soi-même d’un crime, d’une mauvaise action dont on se reconnaît coupable. Le meurtrier se fit justice.

  16. Rendre justice à quelqu’un, lui rendre la justice qui lui est duc, etc., Apprécier ses bonnes qualités, sa conduite, etc. Je lui rends justice, il a fait tout ce qu’il pouvait faire. Le public lui rendra tôt ou tard justice. Au fond de son coeur, il me rend justice. Les historiens n’ont pas assez rendu justice à ce prince. On doit lui rendre cette justice, ou, simplement, On lui doit cette justice. C’est une justice que j’aime à lui rendre. On dit aussi Rendre justice au mérite, au courage, aux bonnes intentions de quelqu’un, etc.

  17. JUSTICE désigne aussi les Tribunaux, les officiers et magistrats qui sont chargés d’administrer la justice. Les gens de justice. Un homme de justice. La justice en connaîtra. Déférer quelqu’un à la justice. Appeler en justice. La justice est descendue en tel endroit. La justice est à sa recherche. Un homme repris de justice ou, ordinairement et par ellipse, Un repris de justice. Traduire en justice. Avoir affaire à la justice de son pays.

  18. Bois de justice Voyez

  19. BOIS.

  20. Fam., Se brouiller avec la justice, S’exposer par quelque méfait aux poursuites de la Justice. On dit, dans un sens analogue, Ce qu’il a fait pourrait bien le brouiller avec la justice.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • justices — pluriel — /ʒystisə/
  • justice — singulier — /ʒystisə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée justice#35775.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.