s. m.
Celui qui juge, qui a le droit et l'autorité de juger. Les jurés ne sont juges que du fait. Dieu le souverain juge. L'Église est juge des choses de la foi. Fig.
La Syrie à vos lois est-elle assujettie Pour souffrir qu'une femme y soit juge et partie ? — Pierre Corneille (1606-1684)
Que je vous fasse vous-même le juge de votre propre cause — Bourdaloue (1632-1704)
Homme préposé par autorité publique pour rendre la justice aux particuliers. Autrefois les juges, n'étant pas salariés par l'État, avaient des bénéfices dans les procès.
Pendant que chacun tâche de vaincre [dans une discussion], on s'exerce bien plus à faire valoir la vraisemblance qu'à peser les raisons de part et d'autre ; et ceux qui ont été longtemps bons avocats ne sont pas pour cela par après les meilleurs juges — Descartes (1596-1650)
Le juge prétendait qu'à tort et à travers On ne saurait manquer, condamnant un pervers — La Fontaine (1621-1695)
Collectivement et absolument, tribunal. Renvoyer devant le juge, par-devant le juge.
Juges de rigueur, les juges qui doivent prononcer suivant la rigueur de la loi ; à la différence des arbitres, qui peuvent se décider d'après l'équité naturelle. Juges de rigueur, s'est dit aussi des juges subalternes ; à la différence des juges qui prononçaient en dernier ressort, et qui se permettaient quelquefois d'adoucir la rigueur de la loi. Juges naturels, ceux que la loi assigne aux accusés, aux parties, suivant leur qualité et l'espèce de la cause. Juges inférieurs, juges qui prononcent en premier ressort.
Juge d'instruction, magistrat établi pour rechercher les crimes et les délits, en recueillir les preuves ou indices, et faire arrêter et interroger les prévenus. Juge-commissaire, juge désigné par le tribunal dont il fait partie pour procéder à certaines opérations, et en faire son rapport s'il y a lieu. Juge de paix, magistrat principalement chargé de juger sommairement, sans frais et sans ministère d'avoués, les contestations de peu d'importance, et de concilier, s'il se peut, les différends dont le jugement est réservé aux tribunaux civils ordinaires. Juges extraordinaires, juges qui ne connaissent que de certaines matières distraites par la loi de la juridiction ordinaire.
Autrefois, juges ordinaires, juges à qui appartenait naturellement la connaissance des affaires civiles ou criminelles ; à la différence des juges de privilége, et de ceux qui étaient établis par commission. On appelait aussi juges ordinaires ceux qui servaient toute l'année, à la différence de ceux qui ne servaient que par semestre. Juges royaux, ceux qui rendaient la justice au nom du roi. Juges des seigneurs, ceux qui la rendaient au nom des seigneurs. Juge d'attribution, juge qui était établi pour connaître de certaines affaires. Juge délégué, celui qui était commis pour connaître d'une affaire particulière, par opposition à juge permanent. Juge botté, juge qui n'était pas gradué. Juge botté ne se dit plus que fig. d'un juge sans lumière et sans capacité. Juge a quo [duquel, sous-entendu on pouvait appeler], juge subalterne, juge dont on appelait. Autrefois juges et consuls, juges-consuls, aujourd'hui juges consulaires, juges pour les affaires commerciales, juges au tribunal de commerce.
Comme les négociants habiles et instruits dans leur art ont acquis par l'habitude et l'usage du commerce une connaissance suffisante pour juger les différends qui concernent le négoce et la marchandise, l'ordonnance [de 1673] a cru devoir ôter la connaissance de ces différends aux juges ordinaires, et en confie la décision aux négociants mêmes, ou du moins aux plus habiles et plus capables d'entre eux, choisis à cet effet dans chaque ville par le corps des négociants, et elle leur a donné la qualité de juges-consuls — POTHIER
Grand juge, titre donné, sous le premier empire, au ministre de la justice.
Juge mage ou maje, titre qu'on donnait, dans quelques provinces méridionales de la France, au lieutenant du sénéchal.
Nom donné à ceux qui sont chargés de prononcer dans un concours. Les juges du concours.
Toute personne ou ensemble de personnes choisies pour prononcer sur un différend, ou dont le jugement, l'opinion a pouvoir de décider. Il se dit, dans le même sens, de toute chose personnifiée.
Puisqu'il veut te choisir pour juge, je n'y recule point — Molière (1622-1673)
Il est donc hérétique, me dit-il, demandez-le à ces bons pères. Je ne les pris pas pour juges — Pascal (1623-1662)
Celui qui est capable de juger d'une chose, de l'apprécier. Se faire, s'établir, se constituer juge de quelqu'un, de quelque chose, se croire capable de juger quelqu'un, quelque chose.
Vous vous êtes, en ma faveur, trompé en une chose de laquelle vous êtes si bon juge — Voiture (1597-1648)
Toutes les vaines excuses dont vous couvrez votre impénitence vous vont être ôtées.... mon discours, dont vous vous croyez peut-être les juges, vous jugera au dernier jour — Bossuet (1627-1704)
Juges du camp, ceux qui, dans les combats judiciaires, dans les joutes et combats de chevaliers, étaient chargés de veiller à ce que tout se passât suivant l'usage et la loyauté.
Francs juges, voy. VEHME.
Titre des magistrats suprêmes des Juifs avant l'établissement de la royauté. Le livre des Juges ou, simplement, les Juges, le septième livre de l'Ancien Testament, qui contient l'histoire des Juifs pendant la domination des juges.
Depuis le temps des juges qui jugèrent Israël — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Juge et garde de la prévôté, juge subalterne du bailli. Juge d'armes, officier qui était chargé de vérifier et de certifier les armoiries et les titres de noblesse. Juge-garde, fonctionnaire qui veillait à la fabrication des monnaies.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).